POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

pandémie

Covid-19: les annonces du gouvernement en 5 questions



Vendredi, la ministre de la Santé et le Premier ministre ont annoncé de nouvelles mesures à la sortie du conseil de gouvernement. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Vendredi, la ministre de la Santé et le Premier ministre ont annoncé de nouvelles mesures à la sortie du conseil de gouvernement. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures, vendredi à la sortie du conseil qui réunissait les ministres. Les voici, résumées en 5 questions.

Pourquoi prendre de nouvelles mesures?

Car la situation se dégradait depuis plusieurs jours et continue à se dégrader. Et s’il n’y a «pas de raison de paniquer dans l’immédiat» face à la capacité de prise charge hospitalière (86 personnes hospitalisées samedi, dont 10 en soins intensifs, ndlr) qui demeure suffisante, le scénario pourrait être bien différent d’ici peu. Sur RTL ce samedi, Paul Junck, le directeur de la Fédération des hôpitaux, en appelait ainsi à la solidarité de chacun et invitait à respecter les mesures édictées, sous peine de quoi «la situation pourrait dérailler».

De plus, le nombre de personnes infectées augmente, avec un record de 862 cas vendredi. La moyenne mobile est logiquement repartie à la hausse, et le taux de reproduction (le nombre de personnes qu’un malade infecte, ndlr) est de 1,69.

Mais d’autres indicateurs ont incité à tirer, comme l’a dit la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP), «le frein à main». Dont le taux d’infections chez les plus de 65 ans qui est très élevé et ne cesse aussi d’augmenter. Or, cette population est très exposée aux complications de la maladie. Mais aussi, les résultats des tests dans les eaux usées tendent à démontrer que la propagation du Covid-19 est bien plus importante que ce que laissent deviner les seuls «testings». À ce niveau, la ministre a aussi expliqué que les «chiffres ne mentent sans doute pas, il n’y a pas lieu de le croire». Et sous-estimer la menace pourrait rendre la pandémie incontrôlable.

En conclusion, le gouvernement n’avait plus d’autre choix que de serrer à nouveau la vis.

Quelles sont les nouvelles mesures?

Elles s’ajoutent évidemment à celles qui existaient déjà, sont de trois ordres et seront applicables durant un mois.

1) Un couvre-feu sera appliqué entre 23h et 6h. Il faudra à ce moment être à son domicile. Les habitants devront donc s’organiser: 23h ne sera pas l’heure à laquelle on quittera la table du restaurant, mais celle à laquelle on est présent chez soi.

2) Les compétitions dans le sport amateur sont suspendues. Ce week-end, en BGL Ligue, seulement 4 des 8 rencontres prévues auraient pu avoir lieu. La FLF a donc aussi décidé de tous les remettre à plus tard.

3) La bulle sociale est resserrée à 4 personnes. C’est le nombre maximal de convives que vous pourrez recevoir sous votre toit en même temps et sans masque. Concrètement, vous pourrez accueillir chez vous 4 personnes qui vivent dans 4 foyers différents. Ou plus de 4 personnes si elles appartiennent au même foyer. Mais pas 4 groupes de 4 personnes venant de foyers différents.

4, c’est désormais aussi le nombre maximal de personnes autorisées à une même table de restaurant ou de café, sauf si elles font partie de la même famille.

Quand ces mesures seront-elles d’application et seront-elles sanctionnables?

Les souhaits du gouvernement doivent être traduits en un texte de loi. Dans les ministères, les équipes ont travaillé dessus tout le week-end. Il sera présenté en commission de la santé ce lundi à 16h et ensuite envoyé au Conseil d’État qui sera sans doute prié de faire preuve de célérité. Il sera probablement voté en milieu de semaine, au pire à la fin de celle-ci.

Dans l’attente, Paulette Lenert a de nouveau appelé les Luxembourgeois et ceux qui travaillent dans le pays à faire preuve d’un excès de zèle. Et à d’ores et déjà mettre en pratique ces mesures. 

Des sanctions seront applicables envers ceux qui enfreindront les mesures. Là aussi, elles devaient être discutées ce week-end.

D’autres mesures pourraient-elles encore être prises?

La réponse est évidente: oui, si rien ne s’améliore. Le Premier ministre Xavier Bettel (DP)  n’en fait pas mystère. Mais tout est mis en œuvre pour éviter un reconfinement «dont on devine les effets désastreux sur les plans économique, psychiatrique…», a souligné la ministre de la Santé. Les effets des nouvelles décisions pourront être évalués d’ici deux semaines.

Néanmoins, il ne semble plus faire de doute que les hôpitaux passeront sous peu en phase orange. Les interventions non urgentes seront alors reportées. Les modalités de visite auprès de proches hospitalisés, très propices à la contamination, pourraient aussi être revues.

Ce dimanche, la Direction de la santé a aussi relancé un appel afin que les personnes testées positives se mettent de suite en isolement, et celles qui ont eu un contact avec une personne positive se placent d’initiative en autoquarantaine. Afin de soulager l’équipe de tracing, deux nouveaux formulaires de déclaration ont été mis en ligne ce week-end.

Le gouvernement a-t-il agi trop tard?

Le Premier ministre a annoncé vendredi espérer que la situation sanitaire ne deviendrait pas un terrain de guérilla politique, osant même espérer un vote des nouvelles mesures à l’unanimité. Il peut sans doute en faire déjà son deuil.

Sur sa page Facebook, le président du CSV,  Frank Engel , a en effet éreinté le gouvernement, lui reprochant sa passivité et déplorant qu’aucun texte n’était prêt. Il juge même l’attitude de la coalition irresponsable face au récent rebond des chiffres sanitaires. Alors que la seconde vague pandémique déferlait déjà sur nombre de pays voisins.

Sur RTL, Paulette Lenert a expliqué pour sa part que ce rebond avait été plusieurs fois prévu, mais que systématiquement la courbe se tassait ensuite. Il est donc devenu de plus en plus difficile d’anticiper une vraie nouvelle flambée épidémique. Des experts pointent aussi la météo des derniers jours, très favorables à la propagation de la maladie. Et l’apparition de clusters dans les hôpitaux, ce qui a rendu la situation encore plus délicate à gérer.

Le débat, sur cette question, ne fait donc sans doute que commencer.