POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

MONARCHIE

Une interview royale qui fait désordre



Alors que la réforme de la monarchie se poursuit, une interview du couple royal a jeté un petit coup de froid sur le palais. (Photo: Archives Maison Moderne)

Alors que la réforme de la monarchie se poursuit, une interview du couple royal a jeté un petit coup de froid sur le palais. (Photo: Archives Maison Moderne)

Un an après le rapport Waringo et la réforme de la monarchie, la Cour est au cœur d’une nouvelle polémique suite à une interview du Grand-Duc Henri et de la Grande-Duchesse Maria Teresa accordée au magazine français Paris Match.

Depuis le rapport Waringo de 44 pages éclairant sur les divers dysfonctionnements au sein de la Cour, notamment au niveau de la gestion du personnel, on pensait le calme revenu au palais. C’était sans compter sur une interview du couple royal publiée dans Paris Match la semaine dernière.

Pour mémoire, il y a un peu plus d’un an, l’ancien directeur de l’Inspection générale des finances avait reçu la complexe tâche de remettre un rapport au Premier ministre,  Xavier Bettel (DP), sur les dysfonctionnements au sein de la Cour grand-ducale. Le but étant de faire toute la lumière sur les diverses rumeurs concernant le climat délétère dans lequel travaillaient les collaborateurs de la Cour . Il faut dire qu’en cinq ans, 51 personnes avaient quitté leur poste sur un total de 110.

Jeannot Waringo n’avait pas été tendre avec la Grande-Duchesse . «D’après les informations concordantes que j’ai pu recueillir, au cours de ma mission, auprès de très nombreux collaborateurs anciens et actuels de la Cour, les décisions les plus importantes dans le domaine de la gestion du personnel, que ce soit au niveau du recrutement, de l’affectation aux différents services ou encore au niveau du licenciement, sont prises par S.A.R. la Grande-Duchesse», écrivait-il dans son rapport, avant d’ajouter: «Je voudrais dire très honnêtement et au risque d’être mal compris que dans la chaîne décisionnelle du palais, et surtout dans le domaine de la gestion du personnel, le rôle de la Grande-Duchesse, qui exerce une fonction purement représentative, ne devrait pas être un sujet de discussion. Il n’y a, à mon avis, pas d’autre solution.»

Peu de temps après, Xavier Bettel et son gouvernement adoptent le «projet d’arrêté grand-ducal portant institution de la Maison du Grand-Duc». La réforme de la Cour est lancée. Au programme, plus de clarté sur le budget de la monarchie, le rappel à Son Altesse Royale la Grande-Duchesse que la loi ne lui prévoit aucune fonction officielle, des changements dans l’organigramme de la Cour et, surtout,  la nomination de Yuriko Backes , une proche de Xavier Bettel, à la fonction de maréchale de la Cour.

Son Altesse Royale le Grand-Duc Henri , très apprécié de la population, a ensuite réagi en acceptant la réforme dans «un esprit d’ouverture, de transparence et de modernité», pose-t-il en son temps dans un communiqué officiel. Pour autant, le chef d’État s’est interrogé sur les attaques, qu’il juge injustifiées, envers son épouse .

La polémique est clôturée et la réforme mise en place.

L’interview qui fait désordre

Mais, à peine un peu plus d’un an après, une interview du couple royal dans le magazine Paris Match réactive les discussions. Une interview qui passe mal, d’autant plus qu’elle n’a pas été approuvée par la maréchale de la Cour, Yuriko Backes, qui, sur RTL, a indiqué que si elle en avait été informée, elle n’y aurait pas donné son aval.

Tout cela fait un peu désordre, et le couple royal semble bel et bien avoir semé le trouble en répondant à une question portant sur le rôle de l’épouse du chef d’État. «Nous sommes un couple, mais aussi un binôme au service du pays. (…) L’apport du conjoint, en l’occurrence de l’épouse, est extrêmement important dans la fonction royale et dans la mission du chef d’État. (…) On a changé d’appellation pour focaliser sur la fonction constitutionnelle du chef de l’État, mais, pour moi, la monarchie doit être portée par le couple régnant de la famille grand-ducale», peut-on lire.

Des réponses qui auraient été peu appréciées par le Premier ministre, Xavier Bettel, qui s’est exprimé sur l’avancement de la réforme de la Cour grand-ducale en commission de la Chambre cette semaine.

Une réforme qui se poursuit

Toujours sur les ondes de RTL, Yuriko Backes a assuré que cette réforme ne visait pas «à mettre de côté» la Grande-Duchesse. L’ancienne diplomate a rappelé que le travail déjà entrepris visait «à donner le soutien nécessaire au Grand-Duc, afin qu’il puisse remplir ses fonctions à l’aide d’un personnel moderne et d’une gestion budgétaire moderne». De plus, Yuriko Backes a assuré qu’elle travaille en étroite collaboration avec le Grand-Duc et le gouvernement, afin de mettre en œuvre la réforme de la monarchie sur base du rapport Waringo.

Diplomate, Yuriko Backes a répondu aux questions de Paperjam en soulignant que «tout changement demande un certain temps d’adaptation. L’arrêté grand-ducal portant institution de la Maison du Grand-Duc du 9 octobre 2020 est en vigueur depuis quatre mois seulement, et la mise en place et la mise en œuvre des réformes prendront certainement encore un peu de temps.»

Elle a également souligné, sur les ondes de RTL, que, depuis son arrivée en tant que maréchale de la Cour, «il n’y a eu aucun départ parmi le personnel», avant d’ajouter que «le bien-être du personnel était un aspect extrêmement important».

À noter que la Cour dispose encore de six postes vacants sur les 15 postes ouverts depuis le début de la réforme. Des postes qui séduisent puisque la Cour a reçu 900 candidatures.