ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Réactions aux nouvelles restrictions

L’horeca déçu mais pas surpris



Dès jeudi, les bars et restaurants luxembourgeois devront fermer. Un coup dur, selon François Koepp. (Photo: Shutterstock)

Dès jeudi, les bars et restaurants luxembourgeois devront fermer. Un coup dur, selon François Koepp. (Photo: Shutterstock)

Le secteur de l’horeca se prépare à une nouvelle fermeture, avec le take-away comme seule alternative. François Koepp, secrétaire général de l’Horesca, regrette de payer pour ceux qui n’ont pas respecté les règles. CLC et FDA sont soulagés, mais attendent le vote de nouvelles aides au plus vite.

L’information a été confirmée ce lundi après-midi : les restaurants, cafés, salles de sport vont devoir fermer à partir de jeudi, et pour au moins trois semaines, tout comme de nombreux lieux culturels. «On s’y attendait», réagit François Koepp , secrétaire général de l’Horesca, qui rappelle que «c’est un coup dur pour le secteur».

La Fédération des hôteliers, restaurateurs et cafetiers a l’impression que son secteur est le «bouc émissaire pour tous les gens qui n’ont pas respecté les gestes barrières», regrette François Koepp. Il espère que les mesures auront pour conséquence une baisse des infections. «Mais je n’en suis pas tout à fait sûr», se projette-t-il, pointant plutôt du doigt les transmissions qui se font dans le cadre privé. «Ce n’est pas parce que je suis déçu qu’on ferme qu’il faut fermer les autres», ajoute-t-il au sujet des commerces, qui restent pour le moment ouverts. «Mieux vaut laisser ouvert ce qui peut l’être.»

Il redemande à ce que les nouvelles aides , comme la prise en charge des coûts non couverts, soient votées rapidement. Surtout qu’il n’est pas certain que tous les restaurants puissent rouvrir dans trois semaines, étant donné que rémunérer les salariés pendant les jours fériés représente un coût supplémentaire, que tous les établissements ne pourront pas assumer.

Les restaurateurs résignés mais préparés

Dans les établissements aussi, cette seconde fermeture des bars et des restaurants était attendue depuis un moment. Ce qui a permis à ces deniers de se préparer en amont de la décision, forts de leur expérience du confinement au printemps dernier.

C’est par exemple le cas pour le restaurant Two6Two, à Strassen, dont la version à emporter du «Menu du marché», Bib Gourmand au guide Michelin, avait bien marché lors de ce confinement. Le restaurant du magasin Smets et du chef Baptiste Heugens réitère donc cette offre et la complétera éventuellement avec une petite carte gastronomique inspirée des tendances de la saison et de la fin d’année et à déguster chez soi.

Si certains restaurants ont par contre décidé de stopper cette fois toute activité jusqu’à réouverture, comme L’Avenue au Kirchberg par exemple, du côté de la gare, au Partigiano, on se prépare depuis déjà plusieurs jours, en planifiant des adaptations en salle afin de pouvoir faire patienter en toute sécurité les clients qui viendront chercher leurs plats et les livreurs. Il faut dire que le take-away et les livraisons avaient été plébiscités pendant le confinement pour cet établissement qui fait souffler un vent branché sur la rue de Strasbourg depuis bientôt un an...

À La Table de la Chapelle à Neudorf, on est même allé encore plus loin: non seulement le restaurant a gardé depuis le déconfinement sa partie épicerie «The Shop’elle», créée pour faire face à la première fermeture, mais celle-ci a aussi été agrandie, complétée avec de bons petits produits, et l’ensemble de l’offre a été digitalisée afin de mieux communiquer avec la clientèle pendant cette nouvelle épreuve.

Les restaurants gastronomiques ne sont pas en reste. Ainsi, conforté par la viabilité d’une solution à emporter au printemps dernier, Louis Linster a déjà préparé un menu ad hoc à emporter pour cette nouvelle phase de fermeture, avec notamment des produits d’exception qui ravissent sa clientèle, même à la maison!

À Neudorf, La Table de la Chapelle joue l’astuce et mise sur son concept d’épicerie fine lorsqu’elle ne peut recevoir ses clients au restaurant.  (Photo: Paperjam.lu)

À Neudorf, La Table de la Chapelle joue l’astuce et mise sur son concept d’épicerie fine lorsqu’elle ne peut recevoir ses clients au restaurant.  (Photo: Paperjam.lu)

Voter les nouvelles aides au plus vite

Concernant les commerces toujours ouverts, «je suis rassuré qu’il n’y ait pas eu de mauvaise surprise», commente Nicolas Henckes , directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC). Même si la fermeture de l’horeca aura selon lui un impact sur la fréquentation du centre-ville et des centres commerciaux, et donc de leurs commerces. Il craint aussi plus de télétravail suite à l’annonce des nouvelles mesures.

Les salles de sport et de fitness se retrouvent en revanche obligées de fermer. «C’est le gouvernement qui a les chiffres et qui estime ce qu’il est nécessaire de faire», dit-il, même si d’un point de vue extérieur, «l’urgence n’était pas évidente au premier abord». Surtout que, contrairement aux restaurants, ils ne pourront pas compter sur la bouée de sauvetage que représente le take-away. «Je ne suis pas sûr que les séances de sport puissent se faire en streaming, tout le monde n’a pas le matériel. C’est un full stop», confirme Nicolas Henckes. «Là, il est vraiment important que les nouvelles aides, comme le financement des frais non couverts, soient vite mises en œuvre. Ils vont avoir besoin de ces aides.» Elles permettront de stopper l’hémorragie. Le bilan se fera ensuite en début d’année prochaine…

De son côté, le secrétaire général de la Fédération des artisans (FDA),  Romain Schmit , «félicite le gouvernement de ne pas avoir cédé au chant des sirènes de tout refermer».

«Le secteur de l’artisanat est touché», regrette-t-il, citant en plus des bars et restaurants, leurs fournisseurs, les traiteurs, l’événementiel… Même pour les salons de coiffure ou d’esthétique, «quand il y a moins d’interaction, il y a moins de soins. Mais on est contents de rester ouverts.» Comme la CLC et l’Horesca, la FDA souligne l’«urgence» de voter les nouvelles mesures, surtout après la revalorisation du salaire minimum qui lui a mis «un coup». Autre demande: le chômage partiel pour les indépendants.