POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

ENTRE DIFFERDANGE ET TROIS COMMUNES FRANÇAISES

Une coopération frontalière au service de l’environnement



Le TNT organise depuis plus d’un an diverses activités rapprochant les habitants de part et d’autre de la frontière autour de la biodiversité, comme cet atelier de fabrication d’un hôtel à insectes. (Photo: Ville de Differdange)

Le TNT organise depuis plus d’un an diverses activités rapprochant les habitants de part et d’autre de la frontière autour de la biodiversité, comme cet atelier de fabrication d’un hôtel à insectes. (Photo: Ville de Differdange)

L’achat de terrains français par Differdange s’inscrit dans une démarche mûrement réfléchie au sein de l’asbl Territoire naturel transfrontalier de la Chiers et de l’Alzette.

Si l’achat par la commune de Differdange de 116 hectares de terrains à Saulnes  a intrigué ou amusé depuis lundi , il vise plus loin que le simple évitement d’un projet de décharge, même si ce dernier a en fin de compte contribué à resserrer les liens entre ces deux communes et celles de Hussigny-Godbrange et Hersérange, toutes membres de l’asbl Territoire naturel transfrontalier de la Chiers et de l’Alzette couvrant un territoire de 37.000 habitants.

Le conseiller communal de Differdange, Fränz Schwachtgen (Déi Gréng), portait en effet depuis plusieurs années l’idée d’un parc naturel transfrontalier à cheval sur la frontière franco-luxembourgeoise. «Toute la zone de Differdange du côté de Lasauvage est classée Natura 2000, alors qu’aucune zone protégée n’existe côté français», explique Anne-Bénédicte Culot, chargée de mission au sein du Territoire naturel transfrontalier de la Chiers et de l’Alzette (TNT).

L’idée est de créer des interactions entre les communes en utilisant la nature et l’environnement comme levier de changement et comme principe de rapprochement entre les habitants des différentes localités.

Anne-Bénédicte Culot,  chargée de mission ,  Territoire naturel transfrontalier de la Chiers et de l'Alzette

«Un parc naturel transfrontalier étant très compliqué à organiser, la coopération s’est appuyée sur le principe du bien vivre ensemble avec la nature qui nous réunit», poursuit Mme Culot. «L’idée est de créer des interactions entre les communes en utilisant la nature et l’environnement comme levier de changement et comme principe de rapprochement entre les habitants des différentes localités.» Des localités qui partagent une histoire commune autour de la mine de Hussigny-Godbrange notamment, mais au destin bien différent puisque Differdange est la troisième ville du Grand-Duché tandis que ses trois partenaires lorraines ont décliné depuis les années 1970.

La charte a ainsi mené à la fondation de l’asbl TNT fin 2017. Celle-ci mène plusieurs projets autour de la biodiversité: atelier de fabrication d’un abri à hérisson ou d’un hôtel à insectes en passant par une initiation à la cuisine sauvage. Des jumelages entre classes maternelles ont également permis à des enfants français de découvrir l’École nature de Lasauvage. Sans oublier des actions plus ambitieuses, comme le projet Interreg sur la pollution lumineuse déposé par le TNT afin d’observer les dispositifs lumineux et leur impact sur les espaces naturels, ou encore la mise à niveau de l’inventaire de la faune et de la flore côté français grâce à celui achevé côté luxembourgeois.

La coopération transfrontalière prend une autre dimension avec l’achat de terrains par Differdange. «Saulnes a fait appel à Differdange lorsqu’a émergé un projet industriel d’enfouissement de déchets inertes provenant sans doute de chantiers de la Grande Région et surtout du Luxembourg et qui seraient déversés dans la carrière qui se trouve au seuil de la ville», rappelle Mme Culot. Toutes les communes se sont mobilisées pour «sensibiliser» le ministère du Développement durable et les autorités françaises. «Le TNT n’a pas fait de lobbying, mais est un outil pour faire passer une information», précise Mme Culot.

C’est vraiment de l’innovation territoriale.

Anne-Bénédicte Culot,  chargée de mission,  TNT

Non seulement le projet industriel a été retoqué, mais il a aussi permis au TNT d’aller plus loin dans la coopération transfrontalière. «Nous nous sommes dit que ce serait bien que cet espace soit préservé de manière durable», se souvient Mme Culot. Il a fallu plus d’un an pour définir l’action concertée des quatre communes et pour que chacune la valide en conseil communal. Differdange a donc acquis 116 hectares pour la modique somme de 2,5 millions d’euros, tandis que Saulnes a «sécurisé» son stade de football en le rachetant également. «Les membres du TNT – les communes – s’accordent sur l’entretien des forêts, l’amélioration des terrains, et c’est le TNT qui s’en chargera en tant que structure juridique habilitée à intervenir en France. Aucun modèle analogue n’existe: c’est vraiment de l’innovation territoriale.»

Le TNT a donc reçu pour mission de «veiller à la gestion soutenable des terrains». En commençant par celle des 51 hectares de terres agricoles actuellement exploitées. Le TNT discute avec l’agriculteur d’une évolution vers la permaculture. «Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde bénéficie à terme de cet achat dans un esprit de coopération au-delà de la frontière», plaide encore Mme Culot. La procédure d’achat sera finalisée fin février.