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sécurité sanitaire

Voici comment vos masques sont contrôlés



À gauche, des masques de protection. Au milieu, la boîte bleue contient des masques «barrière», qui ont la même forme que les chirurgicaux à leur droite, mais coûtent deux fois moins cher. Malgré le fait qu’ils soient étiquetés comme «barrière», ils portent un marquage CE. Comme les chirurgicaux, étiquetés comme… «de protection » . (Photo: Paperjam)

À gauche, des masques de protection. Au milieu, la boîte bleue contient des masques «barrière», qui ont la même forme que les chirurgicaux à leur droite, mais coûtent deux fois moins cher. Malgré le fait qu’ils soient étiquetés comme «barrière», ils portent un marquage CE. Comme les chirurgicaux, étiquetés comme… «de protection » . (Photo: Paperjam)

Masques chirurgicaux, masques barrières, masques de protection… Difficile de s’y retrouver dans les rayons de votre grande surface ou de votre pharmacie. Certains ont la même apparence, mais pas la même efficacité. Le point avec l’Ilnas, l’organisme qui fait foi au Luxembourg quant à la conformité des produits.

Comment des masques  avec des prix si différents peuvent-ils proposer une protection sanitaire égale? Comment croire que leur qualité soit équivalente? Des questions qui se posent de suite en observant les prix proposés pour un même nombre de masques d’un magasin à l’autre.

Il faut en fait distinguer trois catégories, explique l’Institut luxembourgeois de la normalisation, de l’accréditation, de la sécurité et qualité des produits et services (Ilnas). Il existe en effet les masques «chirurgicaux», ceux dits «barrières» et ceux «de protection».

«Les médecins de la Direction de la santé s’occupent de la surveillance du marché, y compris des importations» en ce qui concerne les «masques chirurgicaux», explique-t-on à Paperjam. Des masques couverts par le règlement grand-ducal du 11 août 1996 relatif aux dispositifs médicaux. Ils doivent porter le marquage CE pour être mis sur le marché. 

Il en va de même pour les masques «de protection», communément appelés FFP 1, 2 et 3, couverts par un règlement européen du 9 mars 2016 relatif aux équipements de protection individuelle (EPI) et qui sont de leur côté contrôlés par l’Ilnas. Ils sont souvent blancs avec une forme de «bec de canard».

Attention à l’appellation

La troisième catégorie, celle des masques «barrières», ne doit en revanche pas porter de marquage CE, ce qui serait «abusif» selon l’Ilnas, qui s’occupe également de leur contrôle. Ils peuvent être en tissu, et donc facilement reconnaissables, mais aussi jetables et ressembler comme deux gouttelettes d’eau aux masques chirurgicaux. Sans réglementation spécifique, ils sont encadrés par la loi du 31 juillet 2006 relative à la sécurité générale des produits. Pour les reconnaître, il faut normalement se référer à l’appellation inscrite sur l’emballage. On peut les appeler masques alternatifs, anti-pollution ou encore de confort.

Les masques barrières, quand ils ne sont pas en tissu, peuvent avoir la même apparence que les masques chirurgicaux, mais ils ne sont pas soumis aux mêmes contrôles. (Photo: Capture d’écran d’un document de l’Ilnas)

Les masques barrières, quand ils ne sont pas en tissu, peuvent avoir la même apparence que les masques chirurgicaux, mais ils ne sont pas soumis aux mêmes contrôles. (Photo: Capture d’écran d’un document de l’Ilnas)

Des tests plus ou moins contraignants

Au-delà de leur nom et de la réglementation qui les encadre, quelle différence entre ces types de masques? Ceux de «protection» sont réputés plus performants, puisqu’ils filtrent de 80% – pour les FFP1 – à 99% – pour les FFP3 – des aérosols d’un diamètre de 0,6 micron. Sur le site gouvernemental dédié au Covid-19, il est écrit qu’ils sont «réservés en principe aux professionnels de la santé ou encore aux personnes vulnérables ainsi qu’aux personnes testées positives».

Les «chirurgicaux» subissent également des «tests contraignants» selon l’Ilnas. Selon le type (de I à IIR), ils doivent filtrer entre 95 et 98% des aérosols de 3 microns. Mais on parle ici de filtration «bactérienne». Or le Covid-19 est un virus. Par rapport à la pandémie, ils «évitent les projections», selon l’Ilnas.

Les masques «barrières», pour leur part, ne doivent pas respecter de tels critères, mais sont contrôlés, comme tout produit, sur d’autres aspects, comme l’absence de matières cancérigènes, le traçage, la lisibilité de la notice… «Cela ne veut pas dire qu’ils ne protègent pas», insiste cependant l’Ilnas. Comme les masques «chirurgicaux», ils «évitent les grosses projections».

Dans les lieux où le masque est obligatoire au Luxembourg, ceux réputés comme «barrières» sont aussi bien acceptés que les chirurgicaux ou FFP2. Dans un avis du 6 janvier 2021 , le ministère de la Santé précisait tout de même que, «de manière générale, il est recommandé de privilégier les masques chirurgicaux aux masques alternatifs», définissant les alternatifs comme ceux en tissu.

En France , les masques en tissu ne doivent plus être portés à l’école ou en entreprise. L’Autriche a quant à elle décidé de rendre obligatoires les FFP2 dans les transports en commun ou les commerces.

Du contrôle administratif au laboratoire

En quoi consistent les contrôles de l’Ilnas? Ils se font «par échantillonnage, dans les différents points de vente qui proposent des masques», précise son département «Surveillance du marché». Les magasins, les pharmacies, les marchés, les sites internet… Il détermine les lieux précis «suite à des analyses effectuées sur base de l’expérience de l’Ilnas, des actualités, des échanges avec les autres États membres de l’UE, etc.». Ou de manière réactive quand elle reçoit des notifications externes, du système d’alerte européen Safety Gate ou d’utilisateurs.

L’institut vérifie la plupart du temps que les masques de protection portent bien la norme CE. Si ce n’est pas le cas, ils doivent être retirés de la vente. Le vendeur qui ne respecterait pas la demande de l’Ilnas risque une amende pouvant aller jusqu’à 15.000 euros. L’Ilnas procède à des contrôles administratifs, en demandant la documentation technique de ces masques. Uniquement en cas de doute, ils peuvent être envoyés en laboratoire pour des tests supplémentaires.

«Un autre aspect important est de vérifier que les produits ne contiennent pas des informations trompeuses qui puissent induire l’utilisateur en erreur. Par exemple, il ne faut pas que sur un masque barrière en tissu, des indications laissent croire qu’il s’agit d’un équipement de protection individuelle.»

42 irrégularités sur 166 points de vente contrôlés

Sur 166 points de vente contrôlés, dont 56 pharmacies, 42 interdictions de vente ont été prononcées depuis le début de la crise. L’Ilnas contrôle aussi la vente en ligne, mais n’a pas pu donner les chiffres demandés à ce sujet par Paperjam.

Il effectue, en plus, des contrôles sur des produits importés provenant de pays tiers, en collaboration avec l’Administration des douanes et accises. 216 demandes d’importation ont été reçues, dont 122 pour des masques de «protection», 80 pour des masques «barrières» et 14 pour d’autres équipements de protection individuelle, comme des gants. 17 fois, la demande a été refusée.

Pour traiter ces sollicitations en hausse, le département de la surveillance du marché a augmenté son effectif de deux à huit salariés dans le domaine des équipements de protection individuelle.

Un arrêté ministériel autorisait, pendant l’état de crise qui a duré jusqu’en juin 2020 , la mise à disposition sur le marché d’équipements de protection individuelle, «même s’ils ne sont pas conformes aux dispositions du règlement (UE) 2016/425 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 relatif aux équipements de protection individuelle et abrogeant la directive 89/686/CEE du Conseil, à la condition toutefois qu’ils ne présentent pas de risque pour la santé et la sécurité». Ce qu’assure avoir surveillé l’Ilnas.