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Immobilier (1/5)

La construction: un secteur qui pèse (très) lourd



Le secteur de la construction au sens large permet de générer près d’un emploi sur sept au Luxembourg. (Photo: Matic Zorman)

Le secteur de la construction au sens large permet de générer près d’un emploi sur sept au Luxembourg. (Photo: Matic Zorman)

À travers une série d’articles, Paperjam analyse le secteur de l’immobilier et sa réalité au Luxembourg. S’il est régulièrement question de la flambée des prix des biens, il faut aussi savoir que le secteur de la construction pèse 8,7% de la valeur ajoutée brute et plus de 62.000 emplois.

Avec une hausse des prix de 16,7% sur le dernier trimestre 2020 et une hausse annuelle de 14,5% des prix des appartements et des maisons au Luxembourg  en 2020 aussi, les chiffres de l’immobilier sont à nouveau récemment revenus au-devant de l’actualité. Un  sujet de débat puisque plus de 70% de la population vit dans un logement tout en en étant propriétaire, tandis que l’accessibilité au logement semble de plus en plus difficile. Mais qui dit immobilier dit aussi construction, un secteur qui pèse lourd dans l’économie du pays, au point d’en être un des poumons, a analysé Muriel Bouchet, directeur de la Fondation Idea.

Entre 6 et 9% de la valeur ajoutée nationale

«En considérant les impacts directs et induits de la construction, ce secteur représenterait au total 62.000 emplois, soit pratiquement un emploi sur sept dans le pays. La valeur ajoutée globale du secteur (la richesse produite par les entreprises de ce secteur, ndlr) atteindrait quant à elle 5 milliards d’euros, près de 9% de la valeur ajoutée du pays», analyse Muriel Bouchet dans le «Décryptage» du think tank de la Chambre de commerce du mois de mars dernier. Des chiffres, il faut le préciser, se basant sur des estimations prudentes, n’intégrant que partiellement les intérimaires et les travailleurs détachés. 

Dans son «Décryptage»  et en tenant compte de diverses sources comme Eurostat, en passant par le Statec, l’IGSS, des comptes nationaux et la BCL, Muriel Bouchet chiffre la valeur ajoutée directe du secteur à 3.467 millions d’euros en 2019. Il faut encore y ajouter 608 millions d’euros de valeur ajoutée des divers secteurs fournisseurs de la construction, donc indirects. Enfin, viennent s’additionner aussi 922 millions d’euros d’activités induites par la consommation et l’investissement général par la construction, ses employés et ses fournisseurs. Dès lors, la valeur ajoutée brute du secteur de la construction passe de 6% à 7,1%, puis à 8,7% en considérant les effets directs, indirects, puis induits. 

Un emploi sur sept

Autre élément marquant du secteur: l’emploi. Selon les comptes nationaux de 2019, la construction compte 47.700 emplois. «Ce qui signifie que la création d’un million d’euros de valeur ajoutée requiert 14 emplois dans la construction, contre 8 ‘seulement’ pour l’ensemble de l’économie», indique Muriel Bouchet, avant d’analyser: «Ce qui souligne une caractéristique essentielle de la construction: elle est très intensive en emplois, diversifiés de surcroît, ce qui met en exergue son apport substantiel en termes de cohésion sociale. Cette importante intensité en emplois se traduit mécaniquement par un poids de la construction dans l’emploi intérieur total de 10,3%, soit davantage que sa part dans l’activité totale.»

Il faut également comptabiliser les 5.870 emplois générés par les fournisseurs directs du secteur de la construction. En suivant le même raisonnement, on considère également la création de valeur ajoutée et d’emplois auprès des fournisseurs… des fournisseurs. Après décryptage, Muriel Bouchet estime donc l’emploi total, direct et indirect, à près de 55.000 postes. En y ajoutant les effets induits par la consommation et les investissements, l’emploi total monte à 62.079 postes, soit pratiquement un emploi sur sept au Luxembourg.

Par contre, le secteur de la construction n’est pas des plus rémunérateur. En 2018, le salaire annuel médian du secteur était de 37.857 euros contre 49.548 euros au niveau national. Il faut aller dans les secteurs du commerce, des services administratifs et de soutien, de l’horeca , pour trouver des niveaux de rémunération moins élevés. D’un autre côté, moins de 10% des salariés du secteur de la construction ont un master ou un bachelor.  

Le secteur de la construction est et demeure bel et bien un des poumons de l’économie nationale, en plus de faire vivre directement et indirectement des milliers de ménages. 

Les différents volets de cette série sur l’immobilier au Luxembourg:

2.  Le paradoxe des logements inoccupés

3.  Ces biais qui gonflent les prix de l’immobilier

4. Ce qui fait la valeur d’une maison ou d’un appartement

5.  Acheter un logement: n’oubliez pas les frais annexes