ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

à la rencontre des jeunes artisans (8/10)

Constantin Jacques: du bois aux écrans



«On a l’impression parfois que les artisans sont un peu en arrière, mais je peux vous le dire: on a assuré là-dessus, on a joué le digital», assure Constantin Jacques  (Photo: Steffen Löffler)

«On a l’impression parfois que les artisans sont un peu en arrière, mais je peux vous le dire: on a assuré là-dessus, on a joué le digital», assure Constantin Jacques  (Photo: Steffen Löffler)

L’Atelier de menuiserie Constantin Jacques a vécu un confinement chargé en commandes et riche en enseignements. Rencontre avec son fondateur et directeur.

Le travail du bois l’a toujours fasciné: à l’époque où ses camarades de classe vivaient des vacances scolaires reposantes, Constantin Jacques passait l’été dans la menuiserie voisine à son habitation. «Créer ses propres choses, c’est ce qui me plaît. C’est vraiment dans le bois que l’on peut créer ce que l’on veut», explique l’artisan aujourd’hui âgé de 40 ans.

Il a concrétisé son souhait et a repris l’affaire de son patron en 2001. Aujourd’hui, Constantin Jacques emploie 15 salariés au service surtout de particuliers – mais aussi dans une moindre mesure d’architectes ou promoteurs – à la recherche d’aménagements et de mobilier hors du commun et autres éléments sur mesure.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les aménagements intérieurs ont occupé l’esprit des prospects et clients pendant le confinement. «Le téléphone n’arrêtait pas de sonner», se souvient l’entrepreneur qui était seul au bureau alors que son staff était confiné chez lui. Pour faire face à la demande, le patron a usé de systèmes D, D comme digital. «Vu qu’il n’était pas possible d’organiser des visites du showroom, j’organisais des rendez-vous sur Facetime et WhatsApp», se souvient-il. «On a l’impression parfois que les artisans sont un peu en arrière, mais je peux vous le dire: on a assuré là-dessus, on a joué le digital», souligne l’ancien président de l’association Jonk Handwierk.

Vu qu’il n’était pas possible d’organiser des visites du showroom, j’organisais des rendez-vous sur Facetime et WhatsApp.
Constantin Jacques

Constantin Jacques,  fondateur et directeur,  Atelier de menuiserie Constantin Jacques

Un carnet de commandes bien rempli, mais des blessures

Pourtant habitué à la communication à distance entre son showroom de Bertrange et son atelier de Mondercange, Constantin Jacques a cette fois dû composer avec le télétravail de son personnel: «C’est franchement embêtant parce que tout devient plus long et plus compliqué. On est très manuel, très visuel quand on explique. Certaines choses sont très compliquées à expliquer par téléphone ou Facetime.»

«Le capital humain, c’est ce qui fait fonctionner la chose», estime l’entrepreneur qui dit avoir aussi appris de la crise l’importance de faire des réserves. Désormais prêt à l’imprévu, Constantin Jacques n’en est pas moins touché par la crise et ses conséquences. Il regrette l’arrêt forcé des activités et aurait préféré une limitation du nombre d’ouvriers par atelier par exemple afin de ne pas devoir brusquement interrompre la production.

Car son carnet de commandes est pour l’instant bien rempli, mais le contexte incite à la prudence, quitte à mettre les projets d’investissement en sourdine. «On vit dans l’incertitude», dit-il. Et puis, les propos du ministre du Travail Dan Kersch au sujet des indépendants lui restent en travers de la gorge: «C’était une claque pour nous, une déception, une frustration», au sujet du refus d’octroyer une aide directe non remboursable aux indépendants, car «ceux qui ont les épaules larges doivent percevoir moins que les autres». «C’est une remarque tout à fait déplacée», complète l’artisan qui salue tout de même l’aide octroyée aux entreprises de petite taille et les prêts à conditions avantageuses.

L’atelier de menuiserie réalise des aménagements intérieurs sur mesure (Photo: Steffen Löffler)

1 / 3

Les clients sont des particuliers mais aussi des architectes et promoteurs (Photo: Eta Carinae Photography)

2 / 3

L’atelier situé à Mondercange est déjà éloigné du showroom de Bertrange, mais le télétravail et la distanciation sociale ont compliqué la communication entre les entités au printemps dernier (Photo: Steffen Löffler)

3 / 3

Lui qui, d’un point de vue personnel, dit avoir mal vécu le confinement, veut désormais aller de l’avant et honorer les commandes: «J’essaie de rester positif de nature, mais franchement, j’ai peur de ce qu’il va se passer. Je crains la guerre des prix et j’ai la trouille du premier qui ramènera le Covid-19 ici, nous allons subir involontairement des quarantaines, etc. Cela va coûter cher en matière de productivité.»