Yves Cruchten est le nouveau président du parti socialiste luxembourgeois. (Photo: Maison Moderne)

Yves Cruchten est le nouveau président du parti socialiste luxembourgeois. (Photo: Maison Moderne)

Yves Cruchten est le nouveau président du LSAP, élu dimanche dans son fief de Käerjeng. Le parti socialiste luxembourgeois compte visiblement réorienter son cap vers la gauche, et va se servir de la prochaine réforme fiscale pour l’affirmer.

 est le nouveau président du LSAP. Élu dans son fief de Käerjeng où avait lieu dimanche le congrès national du parti, lors de la Journée internationale du droit des femmes. Symboliquement, le bureau du congrès était donc totalement féminin, présidé par .

Avec près de 99% de votes favorables, le nouveau président dispose de la légitimité pour commencer son travail de rénovation, avec comme objectif de mettre le LSAP en ordre de marche pour les scrutins de 2023. Cela passera évidemment par un rôle plus important donné aux jeunes et aux femmes, avec un coup de barre à gauche.

Plus de jeunes et une communication plus professionnelle

Première étape significative vers ce renouveau: dans la matinée, la motion «L’égalité est social(iste)» a été votée à l’unanimité. Défendue par Maxime Miltgen, présidente des Femmes socialistes, et Tina Koch, la vice-présidente, la motion engage le LSAP à défendre une meilleure représentation des femmes en politique et dans les postes de direction, à faciliter une meilleure conciliation vie professionnelle-vie privée, à lutter contre les violences envers les femmes ou encore à «s’opposer aux efforts de droite qui visent à restreindre l’égalité», sans oublier une rémunération égale à travail égal. Pour les prochaines élections communales, le LSAP s’est fixé comme ambition un quota minimal de 40% de candidats d’un sexe ou l’autre sur chaque liste.

. De fait, prenant le relais de , devenu , il veut avant tout poursuivre les mutations engagées. Ce qui ne l’a pas empêché de définir ses premiers objectifs de manière très concrète, dont la poursuite de la réforme du secrétariat général du parti et une plus grande intégration des jeunes. «Mon premier entretien de président sera d’ailleurs avec . Ils ont de bonnes idées, et moi aussi. Il faut les mettre en commun», a annoncé Yves Cruchten.

Le président veut aussi moderniser la communication du parti, «annoncé depuis 10 ans. C’est un vrai métier, et on doit se doter de moyens professionnels. Le temps est fini où l’on communiquait auprès de trois journaux et d’une radio.»

La lutte contre la pauvreté et la séparation des mandats, la reconquête de la ville d’Esch «où la majorité en place ne sait même pas chauffer les bâtiments publics», une plus forte présence au conseil de la Ville de Luxembourg feront l’objet de toute son attention. «Il nous faut des candidats partout, et nos districts doivent travailler dès maintenant pour renforcer les sections. Je vais encore, avant l’été, rencontrer tous les présidents de section pour voir où nous avons des problèmes et comment recruter de nouveaux talents. Le but étant d’avoir des listes partout lors des élections communales», a encore dit Yves Cruchten.

À gauche toute avec Dan Kersch

Il ne doit en tout cas nourrir aucune crainte pour le volet idéologique qui sera parfaitement assumé par d’autres, dont . Le ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire, des Sports, mais aussi vice-Premier ministre est sans aucun doute un des hommes qui comptent désormais le plus au sein du LSAP. Et son discours lors du congrès n’a laissé aucun doute sur la stratégie future qu’il souhaite voir adopter par le LSAP, qui mettra évidemment la barre à gauche. «Nous sommes ceux sans qui ce pays serait beaucoup plus pauvre. Non seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan humain. Nous, on ne veut mettre personne de côté. Ceux qui pensent que notre modèle va disparaître n’ont rien compris du tout», a-t-il lancé.

La prochaine réforme fiscale sera sociale ou ne sera pas. Nous ferons en sorte qu’elle adopte une position socialiste.
Dan Kersch

Dan Kerschvice-Premier ministre

Le parti qui se voit «jeune, dynamique, composé de gens différents... nous sommes le parti de tous, de la femme de ménage et du banquier» ne fera pas de concession sur le plan social. Le vice-Premier ministre prévient donc déjà que «dans un pays où le risque de pauvreté augmente, la réforme fiscale à venir sera sociale ou bien ne sera pas. Nous allons évidemment faire en sorte que cette réforme adopte une position socialiste.»

La bataille sera aussi menée pour «tous ceux qui travaillent ou qui veulent travailler, pour la mobilité des travailleurs, plus de télétravail, plus d’avantages sociaux, plus d’aides à l’emploi, plus de logements dans la main publique», a pour sa part indiqué , président de la fraction socialiste à la Chambre. En phase donc avec Dan Kersch qui voit son parti «comme la meilleure assurance-vie, pour 40 euros par an (le montant maximal de la cotisation, ndlr). On fait ce qu’aucune autre assurance ne sait faire.»

Coups de griffe au CSV et à l’ADR

Si un congrès est toujours un grand moment de thérapie collective et de remobilisation, c’est aussi l’occasion de donner l’un ou l’autre coup de griffe. Dan Kersch ne s’en est pas privé. D’abord à l’égard du CSV «qui, sur chaque sujet important pour le pays, a autant de bonnes idées que de lettres dans son nom». Ensuite envers l’ADR, pointé comme étant le transporteur du «virus du populisme dans ce pays, qui est bien présent, mais qui a juste un temps d’incubation un peu plus long qu’ailleurs». Voulant «faire tomber les masques», il demande aux dirigeants responsables de ce parti de «se séparer de ceux qui sèment la zizanie. Ou bien qu’eux quittent le parti pour éviter que l’ADR ne devienne le cheval de Troie du populisme. Hindenburg n’était pas un nazi, mais sans lui, il n’y aurait pas eu de nazis».