POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

ROLAND KUHN (FÉDÉRATION DES ENTREPRISES LUXEMBOURGEOISES DE CONSTRUCTION ET DE GÉNIE CIVIL)

«Nous ne voulions pas voler de congés»



«Avec la crise, les entreprises ont des difficultés de cash», et des faillites ne sont pas exclues, prévient Roland Kuhn. (Photo: Mike Zenari / archives Paperjam)

«Avec la crise, les entreprises ont des difficultés de cash», et des faillites ne sont pas exclues, prévient Roland Kuhn. (Photo: Mike Zenari / archives Paperjam)

Malgré quatre réunions entre syndicats et employeurs, aucun accord n’a été trouvé au sujet des congés collectifs. Le président de la Fédération des entreprises luxembourgeoises de construction et de génie civil, Roland Kuhn, craint des difficultés financières, en particulier pour les petites entreprises.

Après quatre réunions avec les syndicats, aucun accord sur les congés collectifs n’a été trouvé. Quel est votre ressenti?

Roland Kuhn. – «Nous sommes très déçus de ne pas avoir trouvé d’accord. Nous ne voulions pas voler de congés, pas une seule journée, en aucun cas. Mais trouver un arrangement pour décaler les congés en 2021 et travailler le mois d’août, exceptionnellement.

Que proposiez-vous?

«Dans un premier temps, nous proposions une semaine de congé à prendre d’ici la fin d’année, puis deux semaines en 2021. Puis, lors de la dernière réunion, deux semaines au mois d’août, puis une semaine au mois de janvier 2021. Enfin, nous avons étendu la possibilité de prendre cette semaine jusqu’au 31 mars 2021. Et de rembourser les billets d’avion des employés qui les avaient déjà achetés pour le mois d’août.

Mais pas question pour les syndicats, car, de leur point de vue, les salariés ont le droit de prendre trois semaines de congés consécutives entre le 15 juillet et le 15 septembre. À la fin, malgré toutes ces discussions, il n’y a pas eu de possibilités d’arrangement.

Pourquoi les syndicats se sont-ils montrés intransigeants, selon vous?

«Les syndicats ont dit qu’ils étaient flexibles en laissant la possibilité de travailler pendant le mois d’août. Mais si nous n’avons pas d’hommes, nous ne pouvons pas travailler.

La difficulté, c’est qu’il y a des personnes-clés et qu’il n’est pas possible de travailler sans elles. Par exemple, les grutiers, ou les machinistes. Or, nous n’avons pas forcément deux grutiers ou deux machinistes. Ou si un chef d’équipe part en vacances: dans ce cas, toute l’équipe doit partir. Ce qui posera d’ailleurs avant tout un problème pour les petites entreprises.

Quelles conséquences craignez-vous?

«Avec la crise, les entreprises ont des difficultés de cash. L’idée était de générer du chiffre d’affaires. Pour ne pas perdre trois semaines de plus, alors que nous n’avons déjà pas pu travailler pendant 23 jours. Nous devons travailler pour récupérer cette absence de travail. Pendant ce temps, les machines, qui représentent 50% du chiffre d’affaires, sont à l’arrêt.

Craignez-vous des faillites?

«Surement l’une ou l’autre entreprise aura des difficultés financières. Elles devront traverser des moments difficiles. Et des faillites ne sont pas exclues.

Allez-vous continuer de tenter de trouver un accord?

«Il faut de l’assurance pour que les gens s’organisent, et aussi pour les entreprises. Nous ne pouvons donc pas discuter encore et encore, puis tout changer au dernier moment.

La reprise potentielle de la tripartite est-elle une bonne nouvelle pour le dialogue social?

«Je ne crois pas que ce soit nécessaire, non. Chacun doit faire des propositions, le patronat d’un côté, les syndicats de l’autre. Et c’est au gouvernement de prendre les décisions.»