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Un déluge de données crée une nouvelle vague de risques commerciaux pour le secteur des télécoms en 2010



Olivier Lemaire, responsable Technology, Communications & Entertainment (EY Lux) (Photo: Ernst & Young)

Olivier Lemaire, responsable Technology, Communications & Entertainment (EY Lux) (Photo: Ernst & Young)

L’étude d’Ernst & Young démontre que la pénétration et les ventes unitaires des médias numériques sont en plein essor malgré le recul des bénéfices.

D’après un nouveau rapport d’Ernst & Young, les opérateurs télécoms du monde entier connaissent une hausse explosive du trafic de données sur leurs réseaux, ce qui engendre risques et pressions dans toutes leurs activités.

Le rapport Top ten risks in telecommunications 2010 (Top 10 des risques en matière de télécommunications) explique que cette explosion numérique survient en pleine intensification de la bataille intersectorielle pour maintenir leurs relations-clients, alors que des fournisseurs d’équipements et de technologies innovants pénètrent le marché-clé des opérateurs.

C’est la principale raison pour laquelle la ‘perte de propriété du client’ est le risque majeur encouru par les opérateurs et que ‘la non-maximisation de la valeur du client’, nouveauté de cette année,
arrive en deuxième position.

Olivier Lemaire, responsable du secteur « Technology, Communications & Entertainement » d’Ernst & Young au Luxembourg commente: “C’est un environnement difficile où les fournisseurs d’équipements et de technologies tels qu’Apple et Google ont fixé le rythme du renouveau industriel, en s’alignant sur les véritables souhaits des consommateurs et en innovant pour y répondre.

“La demande de services Internet plus rapides engendre une augmentation du transfert de données dans les réseaux fixes à large bande, tandis que le trafic de données mobiles affiche une augmentation exponentielle reflétant l’essor des ‘smartphones’ et services Internet mobiles.

“Pour les opérateurs, l’enjeu consiste désormais à monétiser les volumes de trafic grandissants et à faire évoluer leurs modèles commerciaux des formules forfaitaires ‘à volonté’ axées sur la fidélisation - qui ne sont pas optimisées pour l’explosion du trafic de données - vers une pratique d’utilisation graduelle fondée sur des services de types gratuit et ‘premium’.

“Les opérateurs doivent aussi reconnaître leur potentiel en tant que moteurs de changement dans d’autres industries. Les initiatives s’articulent sur les capacités des opérateurs, tandis que le lancement de services mobiles de transfert de fonds dans les marchés émergents montre comment l’infrastructure de télécommunications peut être reciblée en vue d’une transformation sociétale.”

Pressions réglementaires

Les défis générés par l’explosion du trafic numérique sont renforcés par la progression du principe de ‘neutralité du réseau’ en tête des difficultés réglementaires mondiales - ‘l’accroissement des pressions réglementaires’ étant cité comme troisième risque par ordre d’importance.

“Le principe de neutralité du réseau implique que les opérateurs ne pourront guère obtenir d’avantages financiers de l’augmentation des volumes de données sur leurs réseaux. Ils se retrouvent donc face à une impasse, devant investir dans la mise en place de la nouvelle génération d’accès pour satisfaire les besoins de leur clientèle, sans être certains qu’ils obtiendront un rendement financier suffisant pour justifier les capitaux déboursés”, explique Olivier Lemaire.

Parallèlement, le fardeau réglementaire s’alourdit à mesure que les marchés des réseaux fixes et mobiles à large bande convergent et qu’Internet change la façon de fournir du contenu. La mise en place de conditions équitables pour les différents acteurs du marché tout en veillant aux droits des consommateurs dans le monde numérique est loin d’être évidente.

Attentes des investisseurs

Si les opérateurs télécoms ont bénéficié de leur statut de ‘refuge’ pour les investisseurs durant la crise, cette position défensive ne suffit plus pour attirer l’argent des investisseurs en 2010, et donc ‘l’inaptitude à gérer les attentes des investisseurs’ compte également parmi les nouveaux risques de cette année, se classant en septième position.

Brice Lecoustey, Senior Manager en charge de l’initiative «Enterprise Risk Management» pour le secteur des Télécommunications, ajoute: “au lieu d’avancer des arguments à court terme sur la réduction des coûts et la solidité du cash-flow, à mesure que les marchés se redressent, les opérateurs télécoms doivent à présent convaincre les investisseurs qu’ils ont une stratégie de croissance et d’innovation à long terme”.

“Pour combler ce fossé d’innovation par rapport aux entreprises telles qu’Apple et Google, les opérateurs doivent tirer le meilleur parti de leurs propres atouts – y compris de leurs bases de données-clients – et puiser dans leurs meilleurs talents internes et externes. Pour réaffirmer la valeur de leurs réseaux et dire aux investisseurs ce qu’ils veulent entendre, les opérateurs télécoms devront rendre la priorité à la R&D et offrir une innovation permanente aux consommateurs.

L’établissement des partenariats adéquats, le dialogue avec les décideurs politiques et les recrutements stratégiques dans les secteurs des technologies et médias joueront un rôle crucial s’ils veulent récupérer leur part du gâteau.”

Les dix principaux risques commerciaux pour le secteur des télécoms en 2010 sont les suivants :
1. Perte de propriété du client
2. Non-maximisation de la valeur du client
3. Intensification des pressions réglementaires
4. Investissement dans des infrastructures inefficaces
5. Incapacité à réduire les coûts
6. Manque de talent et d’innovation
7. Inaptitude à gérer les attentes des investisseurs
8. Systèmes et processus inappropriés
9. Mauvaise gestion des partenariats F&A
10. Vie privée, sécurité et piratage