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La situation économique au Luxembourg à la fin du 3e trimestre de 2001



Paperjam

EVOLUTION CONJONCTURELLE RECENTE

L'économie mondiale en panne de croissance dès le 2e trimestre de 2001.

La croissance de l'économie mondiale s'est pratiquement arrêtée au cours des mois d'été de 2001: le ralentissement est brutal et "globalisé", puisqu'il affecte simultanément les trois principales régions économiques du monde. Le fléchissement de la conjoncture et le recul progressif des prix pétroliers ont fait baisser l'inflation au cours des derniers mois. Le chômage a progressé sensiblement aux USA, alors qu'en Europe cette tendance est moins nette pour l'instant. La poursuite de la stagnation conjoncturelle devrait cependant entraîner une détérioration progressive du marché de l'emploi.

Ralentissement perceptible du développement de l'économie luxembourgeoise.

Sur fond d'une conjoncture internationale morose, la plupart des branches économiques au Luxembourg montrent des signes clairs d'un affaiblissement en 2001, faisant suite à deux années de croissance exceptionnelle.

La progression de l'activité dans l'industrie se ralentit par rapport à 2000, même si la production totale reste en hausse.

Dans la construction, l'activité se situe à un niveau élevé. Les premiers signes d'un essoufflement y sont perceptibles cependant.

Le commerce de gros est également touché par le climat conjoncturel défavorable, alors que le commerce de détail et automobile présentent encore une croissance en hausse par rapport à 2000, témoignant d'une consommation des ménages encore robuste.

Le secteur bancaire souffre des turbulences financières internationales et le résultat net avant provisions au premier semestre n'affiche plus qu'une légère croissance en variation annuelle, contrastant avec la forte expansion de 2000. Les résultats provisoires du 3e trimestre font état d'une stagnation du résultat avant provisions et d'une détérioration notable du rythme de croissance de l'emploi.

Globalement, les autres services marchands ne connaissent qu'un faible fléchissement conjoncturel, à l'exception des services fournis principalement aux entreprises, dont l'activité s'accélère même, et de l'HORESCA, où l'activité est carrément en recul.

Ralentissement de l'inflation et accélération de l'évolution salariale.

Depuis janvier 2001, l'inflation s'inscrit en baisse. Ceci est largement attribuable au recul des prix pétroliers, dont l'impact devrait encore se faire sentir au cours des mois à venir. L'inflation sous-jacente, au contraire, s'est accélérée tout au long de l'année pour se stabiliser aux alentours de 3% ces derniers mois. L'écart entre l'inflation au Luxembourg et celle mesurée dans la zone euro s'est nettement amélioré en 2001, de sorte que le  Luxembourg est de nouveau passé en dessous de la moyenne de la zone en septembre. Selon les prévisions du STATEC, aussi bien l'inflation en général que l'inflation sous-jacente devraient s'orienter à la baisse en 2002 (variations annuelles en pourcentage):

 

Dans cette hypothèse, une tranche indiciaire viendrait prévisiblement à échéance au cours du deuxième trimestre de 2002.

L'inflation salariale s'est accélérée au cours du premier semestre de 2001 par rapport à 2000 pour se stabiliser aux alentours de 6%, soit quasiment le double des autres pays de la zone Euro.

Recul de l'excédent courant.

Sous l'influence d'un environnement international moins porteur, l'excédent courant de la balance des paiements a nettement reculé. Les raisons principales en sont la hausse du déficit de la balance des rémunérations des salariés (impact de la croissance du nombre de frontaliers), la nette détérioration du déficit commercial (forte expansion des importations) et la moindre croissance des exportations de services (ralentissement dans le secteur financier). A l'inverse, l'excédent du revenu des investissements s'est légèrement apprécié.

Inflexion des tendances sur le marché de l'emploi.

Au cours du deuxième semestre de 2000, l'emploi salarié intérieur s'était développé à un rythme annuel supérieur à 6%, ce qui constituait une évolution exceptionnelle, à mettre en relation avec le dynamisme de la conjoncture des deux dernières années. Le pic a été atteint en janvier 2001; le rythme s'est tassé ensuite. Si la croissance de l'emploi se ralentit, elle reste forte néanmoins, ce qui contraste avec un taux de chômage qui ne diminue plus. Une autre indication de ralentissement est fournie par l'évolution du travail intérimaire, volet conjoncturel important du marché de l'emploi. Tant la croissance du nombre d'intérimaires que celle des heures travaillées en intérim sont en décélération dès le premier semestre de 2001.

TROIS ETUDES PLUS APPROFONDIES

1. Evolution de l'emploi par branches

En 1999 et 2000, la croissance de l'emploi salarié intérieur a dépassé les 5%, atteignant les taux les plus élevés depuis 1985. Exception faite des industries manufacturières, toutes les branches importantes ont été génératrices d'emplois au cours de cette période. L'emploi est encore en expansion au cours du premier semestre de 2001, mais le ralentissement est perceptible. La branche regroupant l'immobilier, la location et les services aux entreprises affiche au premier semestre de 2001 la plus forte croissance, tout comme en 2000. Elle apporte la contribution la plus importante à la croissance de l'emploi total. L'intermédiation financière et les assurances connaissent une légère accélération dans la croissance de l'emploi au premier semestre de 2001, contribuant également à la croissance globale.

2. Analyse de la productivité multi-factorielle du secteur marchand non-bancaire

Par productivité multi-factorielle, on entend la croissance du PIB générée, non pas par une mise en oeuvre "quantitative" accrue de facteurs de production (capital et travail), mais par une utilisation plus efficiente de ces facteurs (produire plus avec les mêmes inputs). Cette productivité totale des facteurs de l'économie luxembourgeoise a été analysée dans le cadre d'un projet de recherche commun STATEC-CREA (Cellule de recherche en économie appliquée du CRP Gabriel Lippmann).

La principale conclusion de cette étude est qu'on observe ces dernières années un moindre accroissement de la productivité totale des facteurs. Cette constatation rejoint celle avancée par l'OCDE lors de sa récente "Etude économique" relative au Luxembourg. Un facteur explicatif réside dans les investissements massifs entrepris dans l'économie luxembourgeoise au cours de la période étudiée, dont la transposition en "efficience économique générale" prend un certain délai (processus d'apprentissage).

3. Un NAIRU pour le Luxembourg?

La deuxième étude est également le fruit d'une recherche commune STATEC-CREA. Elle est issue du projet MODOFFRE qui vise la détermination d'un PIB "potentiel" (soit les capacités productives maximales) pour l'économie luxembourgeoise. Pour y arriver, il faut en outre déterminer le taux de chômage compatible avec une inflation constante, encore appelé NAIRU (Non accelerating inflation rate of unemployment).

Cette étude, essaye de voir si les modèles théoriques, appliqués usuellement pour déterminer les NAIRU dans les autres pays, valent également au Luxembourg, petite économie ouverte, aux structures très différentes.

La principale conclusion est que ces modèles peuvent bien s'appliquer au Luxembourg, qui se comporte à cet égard - à quelques différences près - comme les grandes économies et le chômage y exerce par conséquent une action statistiquement significative sur l'inflation. Ainsi, trouve-t-on qu'une baisse du taux de chômage de 1% entraîne une hausse temporaire du taux d'inflation de 0.2%.