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Comment se passe la reprise dans les agences de voyages



Les clients reviennent lentement dans les agences de voyages. Les réservations pour les croisières ou les destinations lointaines restent à l’arrêt. (Photo: Shutterstock)

Les clients reviennent lentement dans les agences de voyages. Les réservations pour les croisières ou les destinations lointaines restent à l’arrêt. (Photo: Shutterstock)

Les clients se font rares dans les agences de voyages, malgré la reprise des vols depuis quelques semaines. Ils semblent attendre les premiers retours pour réserver leurs vacances en Europe. Pour les destinations plus lointaines, c’est encore plus compliqué.

Les avions volent , les frontières s’ouvrent … Comme un air de vacances? «Ça reprend lentement» dans les 14 agences de Voyages Flammang, selon son directeur, Berny Ley. «Les gens viennent réserver, ce qu’ils n’ont pas pu faire pendant la fermeture. Mais beaucoup attendent. Il faut maintenant qu’ils voient qu’il y a une certaine normalité qui s’applique dans les hôtels», détaille-t-il. Des agents sont donc allés tester des établissements au Portugal pour savoir si les mesures de sécurité permettaient d’y envoyer des clients. «L’espace est le nouveau luxe», conclut Berny Ley. Il s’attend à une vraie reprise à partir du 15 juillet, après les retours des premiers voyageurs. Le groupe a quand même enregistré 300 réservations cette semaine. La plupart pour le Portugal, la Grèce et l’Italie.

Malgré cette reprise, certes timide, le voyagiste s’attend toujours à une baisse de 70% de son chiffre d’affaires en 2020. Pour l’été, «avec un peu de chance, on pourra arriver à un peu plus de 50% de ce qu’on avait fait l’année dernière», espère-t-il. Car certaines destinations sont toujours inaccessibles: «États-Unis, Asie… Même en août, la totalité des pays n’auront pas rouvert leurs frontières», prévoit-il. Heureusement, l’Europe et le Maroc représentent 75% des réservations estivales en temps normal.

Du côté de Sotour, les clients restent aussi «très prudents pour l’instant», témoigne Vera Rech, employée dans l’agence de 15 salariés. «On a quelques demandes pour l’Europe», se rassure-t-elle, bien qu’on soit encore à moins de la moitié de réservations par rapport à 2019. Les destinations les plus prisées sont le Portugal, la Bulgarie, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. «La difficulté, c’est que nous ne savons pas encore quand vont reprendre les vols lointains pour Singapour, Bangkok, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis… Nous avons encore des réservations pour fin juillet et pour la fin de l’année qui risquent de s’annuler.»

Plus d’annulations que de nouvelles réservations

En plus d’être légère, la reprise semble inégale. Chez Lux Voyages, «ça n’a pas beaucoup changé depuis la réouverture, c’est toujours très calme». L’entreprise Invitation au Voyage confirme: «En ce moment, nous gérons encore les annulations.» Pour l’été, elle compte encore une quinzaine de réservations, effectuées avant la crise. Soit cinq fois moins que l’année dernière. Sa propriétaire, Sabine Schaeffer, garde espoir: «Les clients veulent partir, mais j’ai l’impression qu’ils attendent de voir comment se passent les premiers départs.» Elle s’attend tout de même à une baisse de 80% de son chiffre d’affaires, qui atteignait 400.000 euros en 2019. L’indépendante, qui gère seule l’agence avec son mari, ne craint pas pour ses revenus puisqu’elle exerce une autre activité à côté, dans le domaine des ressources humaines. Les subventions reçues par l’État aident à la survie de son entreprise.

La crise donne encore moins de répit aux agences spécialisées, comme Sense of Japan, qui organise des excursions sur mesure au pays du Soleil levant. «Ses frontières sont encore fermées», s’attriste Harumi Hayashi, propriétaire de l’entreprise qui emploie deux personnes. «Mars-avril est la saison de floraison des cerisiers au Japon, elle représente 70% de notre activité.» Totalement perdue cette année à cause du Covid-19. «Je pense qu’entre mars et septembre, mon chiffre d’affaires aura baissé de 100%», se projette-t-elle. Il était de 5.000 euros en 2019. Quelques réservations subsistent pour la fin de l’année: «Cinq à six familles», calcule-t-elle. Reste à savoir si elles pourront voyager d’ici là. Le retour à la normale pourrait encore prendre un ou deux ans, selon Harumi Hayashi, qui compte surtout sur un vaccin. Pour survivre à la situation, Sense of Japan a pu s’appuyer sur les aides directes de l’État et son activité de vente de saké, même si elle a aussi diminué pendant la crise.

Les croisières tombent à l’eau

L’horizon est aussi lointain pour Cruisopolis, qui propose uniquement des croisières. Elles sont toujours «à l’arrêt», selon Marc Darnich, directeur. «Il y a seulement une petite reprise du fluvial sur le Rhin.» Ce qui ne suffit pas à combler le vide: «Nous enregistrons encore des annulations de croisiéristes pour des voyages en août. C’est assez flou.» Si son chiffre d’affaires s’élevait à 10 millions d’euros l’année dernière, l’entreprise de 10 salariés espère «terminer 2020 avec 3,5 millions d’euros».

«Le problème, c’est que nous allons être obligés de rembourser les clients après l’état de crise», s’inquiète Marc Darnich. Le gouvernement avait suspendu les remboursements pour la période, n’obligeant pas les clients à accepter les vouchers . «Or, nous avons déjà payé les croisiéristes. Nous allons voir apparaître de gros problèmes de cash-flow.»

Et même si l’activité reprend en 2021, «une partie des voyageurs ont reporté leurs croisières, ce qui veut dire que nous aurons déjà encaissé ces revenus pour l’année prochaine, avant même qu’elle ne commence». Il faudra donc encore du temps avant de voir le bout du tunnel.