POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Dépistage du Covid-19

Comment les labos gèrent l’explosion du nombre de tests



Avec l’explosion du nombre de cas de Covid-19 à la mi-octobre, la demande de tests PCR a fortement augmenté, provoquant de longues files d’attente devant les centres de dépistage, comme ici, le 29 octobre, devant les Hôpitaux Robert Schuman. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne / Archives)

Avec l’explosion du nombre de cas de Covid-19 à la mi-octobre, la demande de tests PCR a fortement augmenté, provoquant de longues files d’attente devant les centres de dépistage, comme ici, le 29 octobre, devant les Hôpitaux Robert Schuman. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne / Archives)

Devant l’augmentation du nombre de tests à effectuer et les longues files d’attente observées, les laboratoires d’analyses ont réagi et se sont organisés. Augmentation des capacités, nouvelles plages horaires, ticketing intelligent: les solutions sont variées. Mais le personnel de santé manque toujours.

«J’espère que cela va rester du passé», déclare le directeur des Laboratoires Réunis, Bernard Weber, à propos des longues files d’attente devant les laboratoires d’analyses observées lors de l’explosion du nombre de cas de Covid-19 à la mi-octobre.

Les laboratoires d’analyses se sont retrouvés sous pression face à cette soudaine augmentation de la demande de tests PCR. «L’augmentation a été très forte», reconnait Bernard Weber. «Et nous avons eu ce problème de longues files d’attente.» Les laboratoires d’analyses ont alors tâché de s’organiser pour faire face à ce problème. Avec des solutions différentes de l’un à l’autre.

De 53.000 à 75.000 tests par semaine

Les Laboratoires Réunis se concentrent ainsi sur l’augmentation de leur capacité. En charge des tests sur invitation du «large-scale testing», leur capacité est, dans ce cadre, d’environ 53.000 tests par semaine. Ce qui inclut les 500 tests par jour des équipes mobiles qui vont dans les maisons de retraite ou autres institutions fermées, ou les tests réalisés à l’aéroport. Une capacité qui devrait augmenter d’ici décembre à environ 75.000 tests par semaine.

En outre, environ 45 de leurs centres sont à disposition du public pour effectuer des tests diagnostic (sur ordonnance). Ce qui offre une capacité de 4.000 tests par jour. Qui devrait être étendue à 6.000 d’ici une à deux semaines, après la livraison de nouvelles machines pour analyser les résultats. Et l’ouverture d’un nouveau centre à Strassen, en coopération avec la commune. Sans compter un projet de «drive-in» supplémentaire, qui pourrait aussi voir le jour d’ici décembre.

Adaptation des horaires

Chez Bionext Lab, neuf nouveaux centres ont ouvert le 2 novembre pour le dépistage du Covid-19, pour un total de 22 centres. Une quatrième machine pour traiter les résultats a été livrée fin octobre. Ce qui offrirait une capacité de dépistage atteignant 2.000 tests par jour.

Mais pour absorber le volume croissant de tests, le directeur de Bionext Lab, Jean-Luc Dourson , a davantage joué sur la réorganisation. Avec notamment une adaptation des horaires: ainsi, le matin, de l’ouverture jusqu’à 9h, les centres sont réservés pour les prises de sang. Ce n’est qu’ensuite que des tests PCR sont proposés, avec maintien en parallèle des autres analyses.

Le nouveau centre ouvert à Esch-sur-Alzette est quant à lui géré par Bionext Lab et propose de nouveaux horaires, tous les jours de la semaine, de 10h à 17h. Et pour les patients âgés et isolés, une équipe mobile peut effectuer jusqu’à 150 tests par jour à domicile.

Ticketing intelligent

Mais surtout, Bionext Lab a déployé un système de ticketing intelligent. La réservation se fait par internet, permet de connaître en temps réel le temps d’attente et ainsi de rester dans son véhicule, sur le parking, jusqu’à son tour. En évitant ainsi le froid et la pluie de novembre et de l’hiver à venir. Mis en place dans un centre à Dudelange, le système doit être rapidement étendu à l’ensemble des laboratoires.

Devant l’afflux dans les Laboratoires Ketterthill, son CEO, Stéphane Gidenne , a choisi une méthode plus radicale pour protéger ses employés qui, selon lui, subissaient trop de pression en termes de volume de travail et de tension avec les patients. «J’ai décidé d’agir, et les tests ne se font plus que sur rendez-vous», déclare-t-il. La capacité de tests est donc limitée à 1.000 par jour. «On ne répond pas à la demande, on pourrait en recevoir deux fois plus, mais le danger était de mettre les laboratoires sous tension», estime Stéphane Gidenne. «Nous allons tout de même augmenter en puissance doucement.»

L’État a aussi réagi en ouvrant deux nouveaux centres: un au sein du Centre de consultation Covid-19 (CCC) dans le site de l’ancienne Bibliothèque nationale, où sont réalisés en moyenne 55 tests par jour; un autre sur le site du Laboratoire national (LNS) à Dudelange, où une centaine de prélèvements sont effectués par jour.

Le personnel manque

Tous ces éléments ont permis d’améliorer la situation dans les laboratoires. «Nous observons des signes de diminution du temps d’attente», remarque ainsi Jean-Luc Dourson. Et s’il faut parfois attendre 15 à 20 minutes dans le «drive-in», voire 30 minutes dans les centres, cela reste tout de même bien moins que les unes à deux heures d’il y a quelques semaines. «Cela s’est calmé», estime ainsi Bernard Weber.

Mais, si des solutions à court terme ont pu être trouvées, tout le monde s’accorde sur la difficulté majeure qui limite in fine l’augmentation des capacités: la disponibilité en personnel. «C’est ce qui nous fait mal», assure Jean-Luc Dourson. «On manque de ressources en professionnels de santé, en particulier d’infirmiers pour effectuer les prélèvements. C’est le vrai enjeu.»

«Jusqu’à présent, nous avions un réservoir avec l’intérim», explique Bernard Weber. Mais il faut désormais compter sur les volontaires. Ou attendre des dérogations pour certaines professions de santé. «Nous sommes en contact avec la réserve sanitaire, pour trouver des solutions afin de les intégrer», assure Jean-Luc Dourson. «Mais il faut une formation préalable.»

Intégrer les professionnels de santé

Lors de la première vague, les kinésithérapeutes avaient ainsi pu contribuer. Et le directeur de la Santé, Jean-Claude Schmit , a à nouveau soumis cette idée. «L’idée serait de former des gens et de créer des dérogations pour des catégories professionnelles ayant des connaissances médicales de base, les pharmaciens, les orthophonistes, les kinés par exemple, ou les secouristes, comme en France», avait-il ainsi déclaré. Mais sans que pour l’instant cela ait abouti à du concret.

Sans confinement, les professionnels de santé susceptibles de participer ne sont d’ailleurs pas disponibles pour participer, rappelait le président du Syndicat des pharmaciens, Alain de Bourcy, à Paperjam.

Les tests antigéniques, plus rapides à effectuer , pourraient faire partie de la solution. Et permettre d’éviter un effet entonnoir dans les laboratoires, alors que le dépistage reste un élément essentiel pour tenter de contrôler la pandémie de Covid-19. 900.000 devraient être livrés d’ici la fin du mois de novembre.