POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Sécurité des jouets

Comment internet menace la magie de Noël



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Si l’Union européenne a su se doter d’un système de surveillance harmonisé des jouets, ceux qui sont vendus sur internet y échappent encore. (Photo: Shutterstock)

À sept semaines de la Saint-Nicolas et dix de Noël, la Commission européenne et le Centre européen des consommateurs ont fait le point, ce mardi à la Maison de l’Europe, sur la manière dont les jouets étaient surveillés en Europe.

La magie de Noël ne dure que quelques phrases: risque d’étouffement, risque d’incendie, présence de phtalates, d’arsenic ou de plomb. L’industrie du jouet, qui réalise 90% de son chiffre d’affaires au cours des six dernières semaines de l’année, est parfois prête à sacrifier la santé de nos enfants pour réaliser son chiffre d’affaires.

Dans une spectaculaire opération, révélée en France en décembre 2018, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes publiait la liste des 16 jouets achetés sur internet qui présentent un risque pour le consommateur et qui échappent à tout contrôle avant d’arriver sur le marché européen.

Combien sont-ils? Personne n’en sait rien. Les seules statistiques disponibles au Midi du consommateur, mercredi à la Maison de l’Europe, portent sur les alertes, 2.257 en 2018, dont 17 depuis le Luxembourg, et sur les actions de suivi, 4.050, dont 129 au Luxembourg. 53% des alertes luxembourgeoises concernent les jouets, contre 31% au niveau européen.

80% des produits signalés sont chinois.

«On a un problème...»

Le problème, selon les autorités françaises, l’an dernier, réside dans le fait que quatre jouets sur dix fabriqués en dehors de l’Union européenne et vendus sur des plates-formes comme Amazon, Cdiscount, Aliexpress ou Wish, présentent ces risques. Or, les parents, grands-parents, marraines et autres amis s’épargnent la cohue des magasins et achètent de plus en plus sur internet.

«On a un problème...», reconnaît Simone Wagner, une inspectrice de l’Ilnas, en charge de la surveillance de ce marché, ce mardi à la Maison de l’Europe. «Il est impossible de sanctionner les fabricants et difficile de bloquer les sites internet qui commercialisent ces produits.»

Bien conscients que le moindre décès d’un enfant étouffé par l’œil d’un ours en peluche pourrait avoir des effets catastrophiques sur leur réputation, quatre géants de l’e-commerce (Alibaba, Amazon, eBay, et Rakuten France) ont accepté de collaborer au «Product Safety Pledge» de l’Union européenne et font depuis plus d’un an des efforts pour empêcher la commercialisation de produits douteux.

Nouveau texte européen l’an prochain

«Sans vouloir stigmatiser aucune communauté, il suffit de se rendre sur un marché chinois dans une capitale française ou espagnole pour trouver toutes sortes de produits qui ne respectent pas les normes européennes», se désole Mme Wagner. 

«Nous espérons que le futur texte européen qui entrera en vigueur l’an prochain responsabilisera les plates-formes numériques autant que les fabricants, les importateurs et les distributeurs», ajoute le chef de département de l’Ilnas, Alexis Weber. 

Car l’Europe lutte. Plus de 25 ans après l’établissement de la norme «CE», une directive européenne de 2009, transposée au Luxembourg en 2010 et entrée en vigueur en juillet 2011, organise une surveillance du marché des jouets pour les enfants jusqu’à 14 ans, y compris les jouets à double usage (comme un porte-clé avec une peluche) et à l’exception d’un certain nombre d’articles (comme les fléchettes à bout pointu, les figurines de collection ou les puzzles de plus de 500 pièces, par exemple).

Les exigences actuelles

Pour qu’un jouet puisse être commercialisé, le fabricant doit:

- obtenir un certificat de conformité (visible, lisible et indélébile);

- apposer le sigle «CE» sur le jouet même, sauf s’il est trop petit;

- inscrire clairement une raison sociale et une adresse sur son emballage;

- respecter au minimum une des trois langues administratives du pays (allemand, français ou luxembourgeois);

- prévoir des avertissements de sécurité en cas de besoin (comme la mention «ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois» avec le petit picto spécialement prévu pour ça) ou les avertissements de sécurité (sur le poids limite pour jouet avec l’objet);

- prévoir des instructions de montage en cas de besoin.

De nouveaux risques

Comme l’ont souligné deux personnes dans le public de ce rendez-vous d’échanges, de nouveaux risques apparaissent. Dont celui des objets connectés. 

En 2017, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), l’équivalent français de la Commission nationale pour la protection des données (CNPD), avait émis une alerte sur la poupée Cayla et le robot I-Que , mal sécurisés et qui auraient pu être hackés par des pédophiles ou réseaux de pédophiles. 

L’an dernier, la CNIL avait publié un deuxième avis, pour expliquer aux parents comment mettre en place la protection de leurs enfants à qui l’on aurait offert ce genre d’objets. 

Au Luxembourg, la responsabilité de surveiller ces objets connectés est partagée entre l’Ilnas et la CNPD, ont répondu les deux orateurs de l’institut.

Un autre intervenant, archéologue, s’est alarmé du fait que des enfants puissent utiliser des détecteurs de métaux, présentés comme des jouets, sur des sites dangereux. «J’ai une centaine de cas» d’enfants qui auraient été blessés en s’étant mis à la recherche de grenades ou de bombes de la Seconde Guerre mondiale, a-t-il expliqué. Là aussi, ajouter une mention «à ne pas utiliser sans la présence d’un adulte» est le seul moyen d’agir, a indiqué Mme Wagner.

Le magasin, meilleur conseil

Quel conseil donner à l’acheteur de jouet? «D’aller dans un magasin», a dit Mme Wagner. «Il est possible de voir directement si le jouet porte la norme ‘CE’, mais aussi de vérifier si l’adresse et les avertissements sont bien présents. Même si parfois ils sont en néerlandais parce que nous sommes dans le Benelux...»

Mardi après-midi, la Chine avait vendu près de 30 milliards de jouets depuis le début de l’année, selon Planetoscope .

Pour aller plus loin: l’Ilnas publiera un dépliant spécial dans quelques semaines sur son portail . Le portail comporte une page avec les bases de données des produits qui posent un problème