POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

Une bataille en coulisse

Comment les anti-vaccins tentent de vacciner contre le vaccin



Des habitués de la lutte contre les vaccins ont demandé à la justice, luxembourgeoise et européenne, de faire cesser la diffusion des vaccins contre le Covid-19. Sans succès jusqu’ici. (Photo: Shutterstock)

Des habitués de la lutte contre les vaccins ont demandé à la justice, luxembourgeoise et européenne, de faire cesser la diffusion des vaccins contre le Covid-19. Sans succès jusqu’ici. (Photo: Shutterstock)

Une avocate luxembourgeoise tente, au nom de l’European Forum for Vaccine Vigilance, de faire annuler la diffusion du vaccin contre le Covid-19 de Pfizer-BioNtech. Début juin, le Tribunal administratif a rejeté son recours. La justice européenne ne s’est pas encore prononcée. 

(Cet article a été modifié le mardi 24 août avec les précisions de Me Nuria Iturralde)

Elle est entrée par une fenêtre à 9h19. Nuria Iturralde est ressortie par le même endroit une heure et 27 minutes plus tard. Dans un message sur Linkedin, l’avocate luxembourgeoise dit avoir «des informations très importantes et relevantes pour le public concernant les ‘vaccins Covid-19’, lesquels, selon des documents, preuves et études scientifiques que j’ai à ma disposition, présentent des problèmes de santé à plusieurs niveaux».

Elle ne donnera jamais ses informations. L’équipe de fact-checking de l’AFP s’est déjà chargée de démonter, un à un, les arguments de l’avocate, selon laquelle ce vaccin est une «thérapie génique», il entraîne un «risque de modification génétique (…) pouvant se transmettre à la descendance», il accroît le «risque de contamination aux personnes non vaccinées» et celui de «création de pandémies virulentes», ou il peut également provoquer la création «de mutants et de variants» du virus. 

Faux, faux, faux, faux et encore faux, répond l’AFP, dans un billet de blog assez détaillé , auquel nous avons confronté Me Iturralde. «Ce sont des experts dans le domaine pour déterminer si mes affirmations et celles des scientifiques de haut niveau qui travaillent là-dessus correspondent à la réalité?», interroge-t-elle, avant d’en conclure que nous n’allons pas diffuser ses informations sans les challenger. Elle disparaît purement et simplement après un «Je vous remercie de m’ouvrir les yeux. Bonne journée.».

L’avocate dit vrai sur au moins un point: l’association dont elle dit défendre les intérêts a effectivement déposé au moins un recours, devant le Tribunal administratif de Luxembourg. Le 8 juin, son président, Marc Sünnen, a rejeté la requête en obtention de mesures provisoires .

Le forum, défendu par Mes Iturralde et Christian Bock – tous les avocats n’étant pas supposé adhérer aux théories qu’ils défendent – , conteste l’existence du virus, le lien entre le virus et les effets de la pandémie, reproche aux journalistes d’avoir «terrorisé la population en publiant un décompte quotidien des cas d’infection et des morts ‘via des articles alarmants et angoissants’», critique la mise sur le marché de vaccins qui ne seraient pas des vaccins mais de la thérapie génique, suspecte les vaccinés d’être des usines à reproduction du virus, etc.

Dans le courrier qu’elle nous a adressé fin août, l’avocate explique «qu’aucun consensus n’existe dans la communauté scientifique autour de nombreuses questions et sujets Covid-19» et donc que personne ne détient la vérité. «Ni moi ni mon confrère n’avons nié l’existence du virus Sras-CoV-2. Nous avons dit que le virus n’avait pas été isolé ni purifié suivant les procédures scientifiques applicables, notamment les procotoles de Koch tels qu’actualisés, ce qui est tout à fait vrai. De fait, l’existence scientifique du virus n’a pas été établie. Personne n’a nié non plus les effets de la pandémie qui sont une réalité.»

Pour simplifier à l’extrême, le président du Tribunal administratif explique que la possibilité de se faire vacciner a été mise en place par l’Union européenne et que des recours doivent être engagés auprès du Tribunal de l’Union européenne, que les avocats de l’association sont en dehors de l’objet social même de l’association et que celle-ci ne peut défendre que l’intérêt de ses membres et non l’intérêt général, et même qu’elle ne peut exiger de l’État luxembourgeois qu’il demande la suspension du vaccin de Pfizer.

Surtout que la campagne de vaccination ne repose que sur une base volontaire, «les autorités se contentent de manière générale de recommander le suivi du schéma vaccinal national, de sorte que les quelques membres, personnes physiques, de l’association requérante ne sont et seront manifestement, en l’état actuel de la législation, pas d’office soumis à la vaccination et pourront, dans le cadre d’un choix éclairé, décliner l’invitation éventuellement adressée; ils ne sont dès lors pas exposés aux éventuels effets indésirables invoqués et prétendument liés au vaccin».

Dans son courrier, l’avocate indique qu’«au sujet du caractère volontaire de la campagne de vaccination, il y aurait lieu à discuter longuement vu l’imposition progressive du passeport sanitaire dans la société».

Le Forum européen pour la vigilance vaccinale, né en 2019 à Mamer, a pour point de contact luxembourgeois Aegis, pour Aktives Eigenes Gesundes Immun-System Luxembourg, et toutes les deux sont hébergées à la même adresse. En octobre dernier, au nom du forum et de toute une série d’associations actives depuis parfois très longtemps contre les vaccins, un avocat de Montélimar, dans le sud de la France, a introduit auprès du Tribunal de l’Union européenne un recours contre le règlement de juillet 2020 adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne et qui permet aux producteurs de vaccins et de traitements anti-Covid-19 contenant des OGM de se passer de produire une étude d’impact environnemental et de biosécurité avant le démarrage d’essais cliniques.

L’affaire n’est toujours pas plaidée. Son caractère urgent n’a même pas été requis par l’avocat… tandis que la vaccination continue.