POLITIQUE & INSTITUTIONS — Education

Claude Meisch (ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse)

«Formuler des réponses politiques à l’échelle de la famille»



Pour éviter les inégalités sociales qui touchent les jeunes, Claude Meisch compte sur une réponse globale, et pas uniquement axée sur cette partie de la population. (Photo: Paperjam)

Pour éviter les inégalités sociales qui touchent les jeunes, Claude Meisch compte sur une réponse globale, et pas uniquement axée sur cette partie de la population. (Photo: Paperjam)

Le ministère de la Jeunesse vient de publier la dernière édition de son «Rapport national sur la jeunesse au Luxembourg». Il fait état d’un relatif bien-être, qui cache des inégalités sociales. Claude Meisch veut développer des méthodes pour tenter de les gommer.

Comment vont les jeunes? Tous les cinq ans depuis 2010, le ministère de la Jeunesse prend leur pouls via son «Rapport national sur la situation de la jeunesse». La troisième édition a été présentée par le ministre Claude Meisch (DP) lors d’une conférence de presse mercredi 16 juin. Les travaux de recherche ont été menés par l’Université du Luxembourg au cours des trois dernières années. 14.000 jeunes de 12 à 29 ans ont été sondés, par rapport à une population de 140.000 personnes, un chiffre jugé significatif par le professeur Robin Samuel. Le ministre de la Jeunesse nous en dit plus sur les conclusions de l’enquête et les actions qui pourraient être mises en place.

Quelles leçons tirez-vous des près de 250 pages de ce rapport?

Claude Meisch . – «Il y a des aspects très positifs. Apparemment, beaucoup de jeunes au Luxembourg se sentent très à l’aise, optimistes. Ils étaient aussi très résilients lors de la crise sanitaire, ils ont bien respecté toutes les mesures et bien compris pourquoi elles étaient nécessaires, bien qu’elles aient eu un impact sur leur vie quotidienne. Ils sont très confiants en eux-mêmes, dans la possibilité de prendre leurs propres décisions pour construire leur vie d’adulte.

Mais nous ne devons pas négliger qu’il y a aussi certains publics cibles qui ont de vrais problèmes. Des personnes d’un très jeune âge qui sont moins optimistes, qui ont des problèmes à l’école et se sentent moins bien. Très souvent, l’un entraîne l’autre. Un jeune qui ne se sent pas à l’aise produit peut-être un échec scolaire, et un jeune en échec scolaire ne se sent pas à l’aise.

Nous avons également constaté que, très souvent, c’est en relation avec la situation familiale et socio-économique de la famille. Donc il faudra plutôt formuler des réponses politiques globales. Pas trop ciblées uniquement sur les jeunes, mais peut-être aussi sur toute la famille, la situation sociale de la famille.

Quelles actions concrètes comptez-vous mettre en place à la suite de ce rapport?

«Nous travaillons sur une mise en réseau entre les différents services d’aide. Par exemple, le service d’aide psychosocial de l’école et le service d’aide familiale et de jeunesse de l’Office national de l’enfance. Un projet de rapprochement des deux institutions est prévu, avec une intégration d’un agent de l’Office national de l’enfance dans les 15 directions régionales de l’enseignement fondamental. C’est l’une des pistes très concrètes. Il y en a d’autres qui seront évoquées lors du grand débat autour de ce rapport sur la jeunesse, qui aura lieu dans les prochains mois.

À quoi sert ce débat?

«C’est un processus d’échange qui aura lieu au niveau de la Chambre des députés, dans un comité interministériel. Parce que nous avons la compétence dans le domaine de la jeunesse en tant que ministère, mais presque tous les ministères ont également dans leurs compétences des aspects qui concernent directement les jeunes.

Il faut aussi laisser participer les jeunes. Des formules de consultation les approcheront, ainsi que les acteurs qui travaillent avec eux. Par exemple, dans les maisons de jeunes, les associations sur le terrain. Pour analyser le rapport, tirer les bonnes conclusions et proposer des mesures concrètes.

En ce qui concerne le calendrier, pour quand peut-on espérer des mesures concrètes?

«Nous allons présenter ce qu’on appelle le ‘Pacte pour la jeunesse’, qui est réédité tous les cinq ans, en automne, après ces discussions.

Quel budget prévoyez-vous?

«Cela peut aller de… rien à des millions d’euros. Il y a en effet des projets qui ne coûtent rien, et d’autres qui coûtent un peu d’argent. Je crois que ce sera un mélange de tout. Bien sûr, il faudra investir dans des programmes supplémentaires pour les jeunes. Mais il n’y a pas, jusqu’à présent, un budget réservé pour les mesures du Pacte pour la jeunesse.

Comment la situation a-t-elle évolué depuis le précédent rapport, qui date de 2015?

«Ce rapport vise plutôt la problématique du bien-être. Le précédent, publié il y a cinq ans, visait plutôt celle de la transition entre vie scolaire et vie professionnelle. Nous ne pouvons pas vraiment comparer. Bien sûr, il y a aussi d’autres analyses répétées régulièrement, où nous avons constaté que la santé des jeunes et leur comportement se sont améliorés pour une grande majorité. Ils consomment moins d’alcool, de cigarettes, ils se nourrissent mieux, mais d’un autre côté, ils font moins de sport.

On parle de jeunesse sacrifiée par la crise. Y a-t-il un moyen d’y remédier?

«Bien évidemment, et il y a des moyens. Je crois que les jeunes sont très résilients. Ils étaient vraiment conscients de leur responsabilité, ils ont montré beaucoup de solidarité envers les autres générations. Un jeune veut sortir, faire ses expériences, vivre ses contacts sociaux. Tout cela n’était pas possible et pesait lourdement sur leur bien-être, c’est clair. Nous avons vu des groupes de jeunes qui ont bien résisté et qui sont prêts maintenant pour se relancer. Mais il y en a aussi d’autres qu’il faut aider, à qui il faut donner la chance de rattraper un retard scolaire, par exemple. Nous avons des programmes comme la Summer School, des cours de rattrapage organisés pendant l’été. Nous avons lancé déjà l’année dernière des programmes comme Diplom+ . Ce sont des formations supplémentaires pour les jeunes qui n’ont pas eu la possibilité de trouver directement un emploi après leur diplôme, parce que le marché du travail n’est plus le même qu’il y a un ou deux ans. Le but est d’investir dans leurs compétences sociales, la manière dont ils se présentent, la manière dont ils travaillent en équipe, leur créativité: toutes ces soft skills qui sont maintenant demandées par les patrons. Ces programmes ont été bien accueillis par les jeunes et les entreprises.»