(À nos lecteurs: la rédaction de Paperjam a pris ses quartiers à Dudelange, ces jeudi et vendredi, à la rencontre d’acteurs politiques, sociaux et économiques de cette commune de 22.000 habitants. Cet article s’inscrit dans cette démarche «concentrée». Bonne lecture. Le rédacteur en chef)
Cela fait tout juste un an que Gabriel Mjahed, 26 ans, a ouvert sa première boutique permanente, RG Chocolaterie, à Dudelange. Loin des grandes enseignes, ce jeune chocolatier construit progressivement sa marque en misant sur son authenticité et une approche passionnée de son métier.
Originaire de France, Gabriel n’était pas destiné à suivre les sentiers battus. «Je ne suis pas quelqu’un qui va étudier ou lire. Pour apprendre, j’ai besoin de pratiquer», confie-t-il. Pendant son CAP pâtisserie, il découvre la chocolaterie et se passionne pour cette matière qu’il trouve «très agréable à travailler».
Sa curiosité et son désir d’aller au-delà des techniques classiques le poussent à voyager à travers la France, puis jusqu’au Mexique, où il passe six mois à travailler dans des plantations de cacao. «J’ai exploré tous les maillons de la chaîne, de l’agriculteur qui récolte les fruits à la transformation du produit fini.» Cette expérience lui permet de réaliser que pour maîtriser pleinement son art, il doit comprendre le cacao dans son intégralité, de la fève à la tablette.
Attiré par le Canada, c’est finalement le Luxembourg qui devient son port d’attache en 2020, en pleine crise sanitaire, grâce à une opportunité chez le chocolatier Genaveh. Mais son esprit entrepreneurial et son besoin de liberté finissent par prendre le dessus. Après une autre expérience chez Oberweis, il décide de se lancer à son compte.
Gabriel commence par ouvrir des pop-up stores, notamment à Esch et Dudelange, faute de moyens pour louer un local permanent. Finalement, il trouve un emplacement dans la Forge du Sud, où il installe sa boutique en janvier 2024.
L’authenticité comme maître mot
RG Chocolaterie se distingue avant tout par la qualité de ses produits, explique Gabriel Mjahed. Le maître chocolatier privilégie des ingrédients simples, sans conservateurs ni excès de sucre. Au cœur de son art, des fèves de cacao soigneusement sélectionnées, principalement auprès de petits producteurs malgaches.
«Nous avons tissé une véritable relation avec les producteurs. On dort chez l’habitant, on partage leurs repas. Un véritable lien s’est créé», raconte-t-il. Cette démarche va bien au-delà de la quête de saveurs exceptionnelles. Elle lui permet de garantir le respect d’une éthique rigoureuse dans les processus de production, notamment sur la délicate question du travail des enfants, qui lui tient particulièrement à cœur.
Mais Gabriel ne se contente pas de produire du chocolat de qualité: il cherche aussi à raconter une histoire à travers ses créations, inspirées par ses voyages, ses expériences et ses rencontres. Il a notamment conçu des moules sur mesure, offrant une identité visuelle unique à sa chocolaterie. Parmi ses préférés? Les modèles en origami.
Cette approche innovante et cette authenticité sont particulièrement appréciées par ses clients, qui valorisent également la personnalisation et l’expérience offerte en boutique. Ils peuvent notamment déguster ses nouveautés lors de leurs visites, renforçant ainsi le lien unique entre le chocolatier et sa clientèle.
Malgré des débuts prometteurs, Gabriel Mjahed garde les pieds sur terre face aux défis qui l’attendent. La hausse des prix du cacao ainsi que la concurrence des grandes entreprises demeurent des obstacles majeurs. Conscient qu’il ne peut se reposer sur ses lauriers, il ambitionne d’élargir sa gamme, avec notamment des ballotins personnalisables et une gamme dédiée au Luxembourg alors même que ses oursons en guimauve, ses pralinés et ses orangettes rencontrent déjà un franc succès.
Un ambassadeur du chocolat
Plus qu’un simple artisan, Gabriel Mjahed est un véritable ambassadeur de son métier. Il s’efforce d’éduquer ses clients sur les enjeux de la filière cacao et de les sensibiliser à l’importance d’une production plus responsable. «Les gens sont très peu informés», constate-t-il.
Pour cela, il ne se contente pas de vendre des chocolats d’exception. Il propose également des ateliers le dimanche, permettant de découvrir le cacao et de transmettre son savoir-faire. À cela s’ajoutent des team buildings personnalisés pour les entreprises, qui apprécient l’originalité de l’expérience.
Et pourquoi avoir choisi RG Chocolaterie comme nom? «Le G, c’est pour Gabriel, mon prénom, et le R pour rêve, car mes proches m’ont toujours considéré comme un grand rêveur», explique-t-il. Son rêve ultime? Conquérir le marché japonais, «un pays très friand de chocolat».
Mais chaque chose en son temps. Pour l’instant, Gabriel investit dans l’avenir: un nouvel équipement pour son laboratoire, une devanture repensée pour attirer les passants… et, surtout, un enthousiasme intact pour la création.
Une aventure chocolatée qui ne fait que commencer.