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Vendredinnovation (2/10)

Chacun son «vaccin» contre le cancer



Au royaume de l’infiniment petit et tout aussi précieux, la technologie développée au List permettrait de corriger le dysfonctionnement des cellules et d’éviter des maladies comme le cancer. (Photo: Shutterstock)

Au royaume de l’infiniment petit et tout aussi précieux, la technologie développée au List permettrait de corriger le dysfonctionnement des cellules et d’éviter des maladies comme le cancer. (Photo: Shutterstock)

Tout au long de cet été «pas comme les autres», Paperjam vous emmène dans les travaux de recherche qui vont changer notre quotidien. Aujourd’hui, le Luxembourg Institute of Science and Technology (List) travaille à de très petits capteurs capables d’analyser les protéines de notre corps en temps réel.

La médecine personnalisée est née presque sans le savoir. En 1988, sous la direction de Francis S. Collins, médecin chercheur et directeur à l’époque du National Human Genome Research Institute (NHGRI) et des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis, le projet de génome humain change la donne.

«L’histoire de la biologie a été transformée à jamais par l’audacieuse décision de lancer un programme de recherche qui caractériserait, jusqu’aux derniers détails, l’ensemble des instructions génétiques de l’être humain…», expliquera le scientifique une dizaine d’années plus tard . «Les scientifiques voulaient cartographier le terrain génétique humain, sachant que cela les conduirait à des connaissances précédemment inimaginables et de là au bien commun. Ce bien comporterait une nouvelle compréhension de l’apport de la génétique aux maladies humaines et l’élaboration de stratégies rationnelles pour minimiser ou prévenir complètement les phénotypes des maladies.»

Les très petits capteurs permettront de voir quelles protéines ont une mauvaise influence sur les cellules. Et donc d’espérer les corriger. (Photo: List)

Les très petits capteurs permettront de voir quelles protéines ont une mauvaise influence sur les cellules. Et donc d’espérer les corriger. (Photo: List)

Demain, le Luxembourg pourrait se retrouver à la pointe de cette médecine personnalisée avec des transistors à effet biologique. Capables en temps réel d’établir un diagnostic chimique de nos cellules, ces très petits capteurs permettraient aux médecins d’adapter immédiatement le traitement du cancer ou de certaines maladies auto-immunes.

Voire de détecter les OGM ou les dioxines dans le secteur agroalimentaire ou les agents de guerre biologique dans le secteur de la défense.

Au Luxembourg Institute of Science and Technology, Cesar Pascual Garcia travaille sur Electromed, un laboratoire sur puce, en collaboration avec Elvesys, une start-up française qui construit des appareils de mesure des microfluides  pour la recherche, et les universités de Copenhague (DK), de Pompeu Fabra (ESP), de Glasgow (Royaume-Uni) et de Twente (NL).

Des milliers de fois plus petits qu’un cheveu

Habituellement, les cellules sont extraites dans le cadre d’une biopsie et une sorte de «lavage» permet de séparer protéines et ADN après un passage en centrifugeuse.

Avec les très petits capteurs (des milliers de fois plus petits qu’un cheveu), dans une puce, elle-même dans une sorte de «bain» de fluide contrôlé par un ordinateur, les chercheurs pourraient comparer les cellules malades et les cellules saines et voir quelles protéines ont quel impact négatif sur la cellule. La particularité du projet luxembourgeois est de permettre de créer des protéines «customisées» directement dans les capteurs pour agir correctement dans l’organisme.

La situation sera unique pour chaque patient. Autrement dit, les chercheurs – ou les soignants quand les processus seront au point – pourront adapter le soin à chaque individu malade. «Si tout se passe comme prévu», explique le chercheur, soutenu d’abord par le Fonds national de la recherche et maintenant aussi par le Conseil européen de l’innovation, «nous pourrions imaginer que cette technologie soit utilisée d’ici 10 ans, mais il y a beaucoup de facteurs qui pourraient ralentir ou accélérer l’accès de patients à cette technologie», explique M. Garcia.