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Patrick Hansen face au coronavirus

Le CEO de Luxaviation lance une initiative inédite



Parmi les leaders mondiaux de l’aviation d’affaires, Luxaviation subit la crise du coronavirus de plein fouet. Mais son CEO, Patrick Hansen, propose à 300 concurrents européens de profiter de son know-how pendant trois mois gratuitement. Pour sauver l’industrie. (Photo: Luxaviation)

Parmi les leaders mondiaux de l’aviation d’affaires, Luxaviation subit la crise du coronavirus de plein fouet. Mais son CEO, Patrick Hansen, propose à 300 concurrents européens de profiter de son know-how pendant trois mois gratuitement. Pour sauver l’industrie. (Photo: Luxaviation)

Fâché de lire ici ou là que l’aviation d’affaires profite de la crise du coronavirus, le CEO de Luxaviation, Patrick Hansen, remet les points sur les «i». Le Luxembourgeois lance même une initiative inédite.

Loin de l’image glamour de VIP, stars de la musique, de la mode, du sport ou de la politique, qui tenteraient de fuir les pays contaminés par le coronavirus, le CEO de Luxaviation  Patrick Hansen  évoque plutôt une crise qui touchera tout le monde, dans tous les secteurs et dont on ne pourra ressortir qu’avec de nouvelles formes de solidarité.

À l’issue d’une journée tendue lundi, le dirigeant de l’un des plus gros opérateurs mondiaux d’aviation d’affaires et dont le QG est au Luxembourg répond comme toujours, cash.

M. Hansen, certains articles disent que le coronavirus dope le secteur du jet privé parce qu’un certain nombre de VIP et d’executives se dépêchent de bouger et de déplacer leurs familles. Tout va bien, donc?

Patrick Hansen . – «J’ai lu ces articles sur le FT ou sur CNN. J’étais presque enragé! Je vois parfois des pics de demandes. Ce sont des exceptions. On est dans une industrie qui est énormément affectée par cette crise du coronavirus. Ça a commencé avec des pays qui ont fermé en Asie, avec des événements qui ont été annulés et ça continue maintenant en Europe. Bien qu’on puisse se dire parfois ‘Tiens, j’ai eu de jolis vols’, en général, c’est une catastrophe qui engloutit cette industrie.

Au milieu de tout cela, il y a des gens qui pensent qu’ils doivent faire n’importe quoi pour entrer dans les médias avec de bonnes nouvelles. La situation est catastrophique. Dans les mois à venir, ce secteur, comme tous les autres secteurs, va être très négativement affecté par les conséquences de ce virus.

C’est trop facile de dire que vous avez des demandes. Tant mieux, mais il faut les assurer ! Lorsque les pays se ferment, vous ne pouvez pas les assurer .
Patrick Hansen

Patrick Hansen,  CEO de Luxaviation

Moi, je vois ces articles et je vois des gens qui travaillent, difficilement, depuis chez eux, de longues journées au cours desquelles le service au client doit continuer tout en protégeant et la famille et les équipages et les clients. Dans ces temps-là, entendre des gens qui jubilent parce qu’ils ont fait trois ou cinq vols, ça me fâche! Le moral des gens est bas, ne nous réjouissons pas.

C’est trop facile de dire que vous avez des demandes. Tant mieux, mais il faut les assurer! Lorsque les pays se ferment, vous ne pouvez pas les assurer. Pour des raisons réglementaires, pour des raisons de santé. Vous travaillez pour des meetings et des événements. Mais les meetings et les événements sont annulés, les gens n’y vont pas!

Ce soir, le président français a annoncé une fermeture de l’espace aérien européen. Si c’était vrai, ça vous inspirerait quoi?

«C’est bien! C’est ça, le paradoxe, je trouve que c’est bien. Nous devons agir de manière drastique. Ce n’est pas pour semer la panique. Mais c’est pour faciliter le travail dans nos infrastructures hospitalières. Pour prévenir des morts. Plus c’est drastique, mieux c’est!

Ça nous arrange tous à moyen terme. Mais c’est vrai qu’à court terme, ça veut aussi dire qu’on souffre, qu’on a besoin de toutes les aides, de nos clients, de nos employés, des États, des banques. De l’autre côté, serrons-nous les coudes et passons à travers cela ensemble.

Aujourd’hui, on est une société globale. On voit les activités reprendre en Asie, justement parce que la Chine a pris des mesures drastiques tout de suite.
Patrick Hansen

Patrick Hansen,  CEO de Luxaviation

Aujourd’hui, on est une société globale. On voit les activités reprendre en Asie, justement parce que la Chine a pris des mesures drastiques tout de suite. On a encore des vols en Afrique. Heureusement, dans notre business model, il y a la partie ‘aviation’, mais on a une partie de hangars, de garages et de terminus d’affaires. Quand l’avion ne vole pas, il est dans un hangar. Et quand il est dans un hangar, ça nous ramène un peu d’argent. Je suis content que nous ayons ce réseau de 52 terminaux d’affaires, sur lesquels on peut un peu se reposer pour continuer à servir nos clients. Nous avons 1.500 à 1.700 employés, donc 5.000 personnes, qui dépendent de la poursuite de notre activité.

Nos valeurs sont autour de la passion pour le travail, du respect et de la responsabilité. Dans ces moments-ci, je dois être aux commandes. Mais ce qui est formidable, c’est que je regarde autour de moi et j’ai toute une équipe qui reste passionnée pour le service au client. Pendant ce temps-là, on améliore nos procédures, on fait de la communication, tout ce qu’on peut pour nos clients.

Justement, je me suis laissé dire que vous prépariez une opération spéciale. De quoi s’agit-il?

«Comme nous sommes un des plus grands acteurs de notre industrie, on a un certain nombre de ressources, aussi bien administratives, que financières ou organisationnelles, que d’autres opérateurs, plus petits, n’ont pas.

Nous mettons tout cela gratuitement à disposition pendant trois mois à nos 300 concurrents partenaires, qui ont parfois un à six avions.

Que ce soit des lettres qu’on doive envoyer aux banques, aux autorités ou à toute institution, nous sommes disponibles.
Patrick Hansen

Patrick Hansen,  CEO de Luxaviation

Que ce soit des lettres qu’on doive envoyer aux banques, aux autorités ou à toute institution, nous sommes disponibles.

Tous les résultats de nos négociations avec nos fournisseurs, depuis des semaines, pour arranger les calendriers de paiement ou pour les prix, tout cela sera accessible à ceux qui le souhaitent.

Ce n’est qu’en aidant tout le monde que cette industrie pourra espérer se relancer après trois mois. Si je ne fais rien, il n’y a plus de concurrents, il y a une industrie qui est mal. Je livre mes propres secrets aux autres, sur lesquels mes équipes de négociations ont passé des semaines! Je sais que j’ai les meilleurs, les autres le savent aussi. C’est un petit monde. Je ne peux pas faire plus que proposer!»