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PSD2

Ce que Raoul Mulheims lit dans sa boule de cristal



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Raoul Mulheims s’est distingué par sa lecture de l’avenir de la banque de détail après l’entrée en vigueur de la directive PSD2. (Photo: Matic Zorman)

Que se passera-t-il après le 14 septembre, la date retenue pour l’entrée en vigueur de la deuxième version de la directive européenne sur les services de paiement? Personne ne le sait. Mais jeudi, à la Chambre de commerce, le CEO de Finologee, Raoul Mulheims, avait sorti sa boule de cristal pour l’Apsi.

Les banquiers ont «boudé» le premier Apsi Day de l’année, consacré à l’après 14 septembre. Dans une salle largement dégarnie à la Chambre de commerce, les intervenants avaient des choses à dire, qu’ils soient business developer chez Tesobe à Berlin, fondateur de Budget Insight à Paris, avocat chez Fiorano à Londres, ou CEO de la Lhoft à Luxembourg.

Même sans fichu sur la tête et vilain grain de beauté sur le nez, le CEO de Finologee s’est distingué avec sa lecture de l’avenir de la banque de détail après l’entrée en vigueur de PSD2, la deuxième version de la directive sur les services de paiement, qui était censée donner plus facilement accès aux données des banques pour des prestataires tiers.

Cinq prédictions...

1. «PSD2 ne sera pas un succès pour les consommateurs», a prédit le serial entrepreneur, en assurant que «les banques avaient déjà gagné le jeu» en rendant l’ouverture des données à ces fintech plus compliquée que prévu. «La valeur du compte bancaire, celui qui sert à toucher son salaire, par exemple, est largement surévaluée», a-t-il dit, «parce qu’il existe de plus en plus de moyens de transférer une somme d’un point A à un point B sans passer par ce compte bancaire».

2. «Les banques de détail qui ne saisissent pas cette opportunité vont disparaître», a-t-il poursuivi, en expliquant comment les clients allaient toujours vers les meilleurs produits, comment la régulation apportait quand même de plus en plus de transparence sur les profits, ou encore comment les nouveaux acteurs préféraient investir d’autres pans d’activité que ces comptes bancaires.

3. «Les big tech vont prendre une part de la distribution des services financiers», a assuré le fondateur de Digicash. L’Apple Card, adossée à Goldman Sachs, les services financiers délivrés par Alibaba et Tencent, ou encore Google Maps (qui a fait disparaître ses concurrents). «Les big tech sont devenues des marques dignes de confiance. Et elles ont une expertise dans le service aux clients.»

4. «Les consommateurs n’ont pas besoin d’une banque, mais de services financiers.» Et de nouveaux acteurs se jettent dans de nouveaux services, comme Tesla, qui veut aussi vendre de l’assurance automobile, a-t-il cité en exemple de ces nouveaux appétits.

5. Les banques vont devoir se lancer dans l’assemblage rapide de produits, et donc tout changer de leurs partenaires, dans leur manière de travailler. «L’API sera l’élément-clé», a assuré M. Mulheims.

...et quelques recommandations

Dans cet univers qui change, le «Monsieur Irma de la PSD2» a finalement invité les banques de détail à définir une stratégie précise comprenant le type de produit que la banque veut délivrer, les besoins en infrastructure et les ressources humaines, y compris associées au top management. «Rappelez-vous aussi que même les meilleurs partenaires n’ont pas toujours des résultats ensemble.»

Il a invité les banquiers à se penser comme un canal digital de distribution de services, et pas de gadgets, en baissant les coûts et en optimisant les processus. Ce qui sous-entend, selon lui, de connaître habitudes et besoins des clients, de se souvenir que «pour les gadgets, les autres seront toujours meilleurs», et que «c’est difficile d’imaginer de nouveaux produits».

Enfin, à ces banquiers absents, l’orateur a conseillé de «se préparer au changement. Il arrive plus lentement que vous ne l’imaginez, mais a plus d’impact que vous ne le pensez!»