POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

un an de pandémie au Luxembourg

Ce qu’il reste des élans de solidarité liés à la crise



Tout un réseau solidaire s’est tissé au début de la crise. Par exemple, CFL Flex et l’ACL ont proposé de s’occuper gratuitement de la livraison des visières de sécurité, produites par l’asbl Letzprint. (Photo: Letzprint)

Tout un réseau solidaire s’est tissé au début de la crise. Par exemple, CFL Flex et l’ACL ont proposé de s’occuper gratuitement de la livraison des visières de sécurité, produites par l’asbl Letzprint. (Photo: Letzprint)

Beaucoup d’initiatives lancées au début de la pandémie se sont arrêtées une fois la production et l’acheminement d’équipement de protection organisés. D’autres perdurent, mais plus discrètement ou à un rythme moins élevé. Le point, à l’occasion de notre série «Un an de pandémie au Luxembourg».

L’arrivée du Covid-19 s’était accompagnée d’élans de solidarité . Dons de matériel aux hôpitaux, services aux personnes isolées… Et ce, autant de la part d’entreprises et d’institutions que de citoyens qui ont décidé de se réunir. Mais un an plus tard, que sont-ils devenus?

Mohammed Al-Hashimi produit toujours des masques

Mis en lumière au début de la pandémie, plusieurs ont poursuivi leurs tâches dans l’ombre. Comme  Mohammed Al-Hashimi, réfugié arrivé au Luxembourg depuis l’Iraq deux ans plus tôt, qui souhaitait «rendre au Luxembourg ce qu’il lui avait donné» . Il s’était alors lancé, avec toute sa famille, dans la confection de masques.

Depuis, il en a produit 17.000, selon Gaby Heger, l’ancienne bourgmestre de Vianden qui l’appuie dans ses démarches et son engagement bénévole. Offerts à des maisons de soins, des cabinets médicaux, des hôpitaux, des entreprises et associations, ou même à la Maison du Grand-Duc et à l’Archevêché. En échange, certains leur ont fait cadeau de machines à coudre. «Les étoffes pour la majorité des masques ont été fournies, suite à mon appel sur les réseaux sociaux», ajoute Gaby Heger. Le jeune homme continue d’en faire «sur demande et de manière gratuite. Pour des requêtes spéciales, il faut lui fournir le matériel.» Même s’il doit en ce moment gérer un problème «majeur»: «La maison dans laquelle sa famille a loué un appartement a été vendue et le nouveau propriétaire a besoin de toute la maison». Ils sont donc à la recherche d’une nouvelle location.

Mohammed Al-Hashimi et sa famille ont déjà produit plus de 17.000 masques. (Photo: DR)

Mohammed Al-Hashimi et sa famille ont déjà produit plus de 17.000 masques. (Photo: DR)

Solidar-IT cherche des fonds pour distribuer ses tablettes

Dans un autre domaine, Solidar-IT distribuait des tablettes programmées avec son propre logiciel de visioconférence aux maisons de soins, pour briser la solitude des résidents. Même si elles ont pu rouvrir leurs portes au public, l’association – dont l’enregistrement comme asbl a été officialisé en septembre 2020 – poursuit sa mission qui est de «permettre à l’IT de créer du lien». Elle a donc continué d’offrir ces appareils jusqu’à la fin de l’année 2020, incluant également les enfants des centres spécialisés, pour personnes handicapées par exemple. Environ 500 tablettes ont été fournies au total.

Les bénévoles de Solidar-IT distribuaient leurs tablettes dans les maisons de soins, aux couleurs des personnages de la série «La Casa de Papel» pour véhiculer les valeurs du travail d’équipe et de l’entraide. (Photo: Mathias Tricart/Solidar-IT)

Les bénévoles de Solidar-IT distribuaient leurs tablettes dans les maisons de soins, aux couleurs des personnages de la série «La Casa de Papel» pour véhiculer les valeurs du travail d’équipe et de l’entraide. (Photo: Mathias Tricart/Solidar-IT)

Aujourd’hui, la tâche s’avère un peu plus compliquée: «Nous manquons de fonds pour continuer. Nous sommes sortis de cet élan de solidarité, où nous avions plus de soutien», raconte Nathan Mangenot, à l’initiative du projet. L’asbl se base sur des dons d’argent ou de tablettes, de la part de particuliers et d’entreprises, avant de les programmer et de les redistribuer. La vingtaine de bénévoles ne baissent pas les bras pour autant: «Nous réfléchissons à un moyen de récolter de nouveaux fonds». Après quoi Solidar-IT pourrait élargir son offre aux particuliers isolés, par exemple.

Si son «socle de base» reste le bénévolat, elle propose aussi des services payants de programmation spécifiques, à la demande de certaines entreprises, comme des logiciels pour téléconsultation. Elle a déjà reçu une dizaine de demandes à ce sujet.

Les cafés oubliés

Le restaurant Partigiano proposait quant à lui des cafés gratuits pour la police, les services d’urgence et le personnel hospitalier. «Nous n’avons pas arrêté», assure Alexandre De Toffol, aux commandes de l’établissement. Qui assure que l’opération avait connu un franc succès. Simplement, le restaurant n’a plus fait de pub sur le sujet après la fin du confinement de mars, et la demande s’est naturellement ralentie. Alexandre De Toffol souligne que le secteur de l’horeca se retrouve à son tour en position d’être aidé. Mais si un infirmier vient demander son café offert, il sera toujours servi.

Fin de mission pour les scouts, malgré quelques exceptions

La demande a progressivement diminué aussi pour les scouts de la Fédération nationale des éclaireurs et éclaireuses du Luxembourg (FNEL) . Avec l’action All Dag eng BA, ils venaient en aide aux personnes vulnérables en faisant leurs courses, ou en promenant leur chien. Elle a officiellement pris fin en juin, «parce que le confinement s’est arrêté», justifie Raoul Wirion, commissaire général de la FNEL. Beaucoup de bénévoles ont dû retourner en cours ou au travail. D’un autre côté, les familles ont eu le temps de mieux s’organiser. Sur les 7.000 personnes aidées au total, une petite dizaine continuent quand même de bénéficier des services de la fédération.

Elle avait aussi été chargée, par la cellule de crise du gouvernement, de coordonner et gérer la fabrication et la distribution de masques. En tout, elle en a récupéré plus de 40.000, ensuite donnés à 51 associations. Les jeunes ont aussi envoyé des cartes postales aux personnes isolées, pendant le confinement, mais également au moment des fêtes de fin d’année.

Une demande qui s’est naturellement affaiblie

La maison de mode Bram fait partie des entreprises à avoir fourni les hôpitaux en masques. «Notre engagement a été achevé après la remise aux Scouten», explique René Weise, directeur de la succursale. «Nous avons pu réagir rapidement à l’époque, car nous avions un studio qui pouvait produire les masques. Comme il n’y a plus de pénurie de masques, nous avons repris la confection de vêtements.»

Bram avait apporté son aide au début de la pandémie, mais a depuis repris son activité normale. (Photo: Bram)

Bram avait apporté son aide au début de la pandémie, mais a depuis repris son activité normale. (Photo: Bram)

De même, la distillerie Mansfeld avait mis 4.000 litres d’alcool non traité à disposition du ministère de la Santé, pour la confection de gel hydroalcoolique et de désinfectant pour les établissements de santé. «Pour la deuxième vague, les hôpitaux luxembourgeois se sont bien mieux préparés», explique Edmond Libens , executive director de la distillerie. Si bien qu’il n’a pas reçu de nouvelle demande après ce premier ravitaillement.

En plus des masques, il y a eu les visières de protection. Metaform Architects avait mis en ligne un modèle permettant à chacun d’en produire, à partir d’une imprimante 3D . Le bureau d’architectes se proposait ensuite de les collecter pour les redistribuer aux hôpitaux et autres établissements de soins du pays. 2.500 ont ainsi été créées. Mais après environ trois mois, «nous avons arrêté», raconte Shahram Agaajani , fondateur et associé de Metaform.

D’abord, «il s’est avéré que cette protection n’était pas si efficace», la ministre de la Santé ayant précisé plus tard qu’elle ne pouvait remplacer le port du masque. Et puis, cela devenait une «source de publicité» pour certaines entreprises qui les imprimaient avec leur logo, déplore Shahram Agaajani. «Je ne regrette rien, c’était une belle expérience humaine. L’esprit était d’aider, servir à quelque chose dans cette crise.»

Shahram Agaajani se réjouit de l’élan de solidarité face à la crise, même s’il regrette que cela soit devenu une source de publicité pour certaines entreprises, par la suite. (Photo: Metaform Architects)

Shahram Agaajani se réjouit de l’élan de solidarité face à la crise, même s’il regrette que cela soit devenu une source de publicité pour certaines entreprises, par la suite. (Photo: Metaform Architects)

Plus de visières, mais toujours de l’impression 3D

Quatre «geeks», Marc Ollinger, Kim Franck, Jeff et Tom Schockmel, avaient eux aussi mis en place leur production de visières par imprimante 3D . «C’était une tâche gigantesque que de tout organiser en quelques jours, mais le résultat et les feed-back nous montrent que cela en valait la peine», déclare Tom Schockmel. Au total, l’équipe a distribué au personnel de santé 19.000 visières et 60.000 porte-masques chirurgicaux. Tout cela grâce à de nombreux dons et un «petit budget» du Haut Commissariat à la protection nationale, ainsi qu’au travail d’une quarantaine de bénévoles.

«Nous avons arrêté d’en produire de nouveaux il y a quelques mois, lorsque nous avons eu le sentiment que les stocks pouvaient suffire», détaille Tom Schockmel. Les derniers ayant été distribués il y a encore «quelques semaines».

L’équipe ne prévoit pas de reprendre sa production. «Notre objectif était de soutenir et de protéger le personnel de santé pendant cette grave période. Aujourd’hui, contrairement à l’année dernière, il existe de nombreuses alternatives commerciales.»

Dans son élan, elle a fondé son asbl Letzprint, pour promouvoir sa passion. «À cause du Covid-19, nous n’avons pas encore pu commencer, mais dès que les choses s’amélioreront, nous essaierons de trouver une salle de club où nous exposerons quelques imprimantes et où les gens pourront faire leurs premiers pas dans l’impression 3D.»

Du don à la vente

Via sa filiale GCL International, basée au Kirchberg, le groupe italien Guala Closures a lui aussi confectionné des visières de sécurité en mobilisant l’expertise de son centre de recherche et développement à Foetz, GCL Technologies. 32.000 ont été produites au total, dont 12.000 offertes à des hôpitaux ou à des organismes à but non lucratif. Le reste a été vendu à des entreprises, comme Tralux, avec qui la société avait noué un partenariat, par exemple .

En plus des masques, les salariés de Tralux ont pu profiter de visières de protection adaptées à leurs casques. (Photo: Tralux)

En plus des masques, les salariés de Tralux ont pu profiter de visières de protection adaptées à leurs casques. (Photo: Tralux)

«La production des visières est toujours en cours, avec des quantités bien inférieures à celles du pic de début de pandémie», déclare Piero Cavigliasso, en charge du centre recherche et développement. Qui rappelle que ce ne sont «pas des dispositifs de protection alternatifs aux masques», mais complémentaires. Actuellement, «la majeure partie des visières produites sont commercialisées pour répondre aux demandes provenant de nos divers canaux de vente. Bien entendu, nous continuons à répondre à celles d’organismes à but non lucratif.» Cela représente entre 15 et 20% du chiffre d’affaires de GCL Technologies, qui en fabrique encore plusieurs centaines par mois.

Au-delà du bénévolat, nous avons pu voir dans un précédent article que de nombreuses entreprises se sont investies dans le business du Covid, avec des gagnants et des perdants.