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Libra

Ce qu’il faut savoir de la cryptomonnaie de Facebook



À l’occasion de sa communication officielle, Facebook a publié ce «screenshoot»: voilà à quoi ressemblera son application spéciale, au premier semestre 2020. (Photo: Facebook)

À l’occasion de sa communication officielle, Facebook a publié ce «screenshoot»: voilà à quoi ressemblera son application spéciale, au premier semestre 2020. (Photo: Facebook)

Facebook a présenté, ce mardi, sa nouvelle monnaie cryptée, sa fondation Libra et sa filiale Calibra. Voilà ce qu’il faut en retenir.

Qu’est-ce que Libra?

Libra est une monnaie cryptée, appuyée sur une blockchain, qui se veut accessible au monde entier. Les transactions seront rapides et faciles, et l’écosystème sûr. Elle doit être lancée au premier semestre 2020.

Qui va s’occuper de Libra pour Facebook?

Le réseau social ne va pas s’occuper directement de sa nouvelle monnaie. Facebook a créé une filiale en Suisse, Calibra, pour superviser tout le dispositif. Cette filiale est confiée à David Marcus, un ancien président de Paypal (2012-2014), devenu «exploring blockchain» chez Facebook depuis mai 2018. Mais c’est une ONG, la Libra Association, basée à Genève, qui va mettre Libra, la monnaie, sur de bons rails.

Qui sont les membres fondateurs?

- Paiements: Mastercard, Paypal, PayU (Naspers), Stripe, Visa

- Technologie et marketplaces: Booking Holdings, eBay, Facebook/Calibra, Farfetch, Lyft, MercadoPago, Spotify AB, Uber Technologies

- Télécommunications: Iliad, Vodafone Group

- Blockchain: Anchorage, Bison Trails, Coinbase, Inc., Xapo Holdings Limited

- Venture capital: Andreessen Horowitz, Breakthrough Initiatives, Ribbit Capital, Thrive Capital, Union Square Ventures

- Organisations à but non lucratif, multilatérales et institutions académiques: Creative Destruction Lab, Kiva, Mercy Corps, Women’s World Banking

Facebook espère 100 membres avant le lancement de sa monnaie au premier semestre 2020. Et s’il supervise les opérations, il promet de rendre le contrôle paritaire après le lancement.

À qui s’adresse cette monnaie?

En théorie – et Facebook le rappelle: le service, qui ne coûtera «rien ou pas cher», sera accessible à tout le monde, mais la moitié de la population mondiale qui n’a pas accès à internet est une cible privilégiée. 1,7 milliard d’adultes restent globalement hors du système bancaire et financier, bien qu’un milliard ait un téléphone portable et un demi-milliard ait accès à internet.

3.700 milliards de dollars de PIB pourraient être ajoutés aux économies des pays en voie de développement d’ici 2025 par le développement des services financiers.

Le communiqué cite les 70% des PME dans les pays en voie de développement qui n’ont pas accès au crédit et les 25 milliards de dollars perdus par les migrants chaque année.

Facebook fait partie des géants des technologies qui espèrent au plus vite lancer des milliers de satellites pour pouvoir offrir une couverture haut débit à ces «trois milliards d’autres» – terme de Greg Wyler, le fondateur d’O3B que SES a rachetée pour la même raison, mais dans une configuration différente.

Comment pourra-t-on l’utiliser?

Cela va passer par un portefeuille numérique, accessible via Messenger, WhatsApp et une application spéciale.

Cette dernière veut remplacer Western Union ou Moneygram pour les 613 milliards de dollars envoyés vers un autre pays en 2017, dont 466 milliards vers des pays à revenus faibles ou moyens. Or, envoyer 200 dollars coûte en moyenne l’équivalent de 7,1%, voire 9,4% dans l’Afrique subsaharienne.

Quelles sont les caractéristiques de la blockchain?

Cette blockchain sera à permission, parce que Facebook ne croit pas qu’il existe une solution ouverte (de type bitcoin, ethereum, etc.) qui puisse résoudre les problèmes posés par l’accroissement rapide du réseau, la sécurité et la stabilité nécessaires pour fournir des services financiers à des milliards de personnes sur la planète.

L’ambition est tout de même de préparer une transition en cinq ans après le lancement vers une blockchain sans permission avec l’aide du monde de la recherche.

Facebook a déjà pris trois décisions:

- La blockchain sera programmée en Move. Move est un langage qui apprend des incidents de sécurité déjà survenus pour rendre le processus de plus en plus sûr et conforme aux intentions des auteurs;

- Elle utilisera une tolérance aux pannes byzantines (BT);

- Elle fonctionnera sur des structures en arbre de Merkle (qui permettent de détecter les modifications apportées aux chaînes dans le temps).

Quel est l’avantage de cette monnaie cryptée?

La Libra est «protégée par une réserve d’actifs réels». Un panier de dépôts bancaires et de titres d’État à court terme sera conservé. Les utilisateurs de Libra investissent dans des «assets» à bas risques qui produisent des taux d’intérêt, lesquels permettent de financer les services.

Une fois que tous les frais (opérationnels et techniques) sont couverts, le solde sera reversé aux premiers investisseurs.

La réserve sera tenue par un réseau géographique de conservateurs de fonds, soumis à un «investment grade credit rating».

À titre d’exemple, c’est un peu comme au moment du lancement de l’euro. L’écu était un panier des monnaies européennes présentes à des degrés divers dans le calcul.

Sécurité, fraude et vie privée: que promet Facebook?

Calibra mettra en place de fortes protections pour préserver votre argent et vos informations, assure le communiqué. Les mêmes outils de vérification et antifraude que les fournisseurs de cartes bancaires seront utilisés.

«Nous aurons des systèmes de surveillance automatisés, capables de détecter et de prévenir les utilisations frauduleuses», garantit le texte. Ce qui est aussi un challenge compte tenu de l’absence d’éléments d’identification d’un individu autres que ses empreintes ou l’iris de ses yeux.

L’avantage de confier la gestion de cette monnaie à une société extérieure est de permettre à Facebook d’affirmer qu’elle n’aura pas accès aux informations bancaires de ses utilisateurs.

Est-ce qu’un utilisateur pourra rester anonyme?

Oui, dit Facebook,  dans son document technique . «La blockchain Libra Blockchain est pseudonyme et permet aux utilisateurs de détenir une ou plusieurs adresse(s) qui ne sont pas liées à leur identité réelle. Cette approche est familière à de nombreux utilisateurs, développeurs et régulateurs. La Libra Association surveillera l’évolution du protocole et du réseau Libra Blockchain et continuera à évaluer de nouvelles techniques qui améliorent la confidentialité des données dans la blockchain, tout en tenant compte des considérations pratiques, d’évolutivité et d’impact de la réglementation.»

Les régulateurs et spécialistes antiblanchiment apprécieront...