PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Quand la finance luxembourgeoise s’exporte

Les cartes suisses de la Bil



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Thierry de Loriol, CEO de Bil Suisse, souligne l’intérêt de travailler en Suisse avec une maison mère luxembourgeoise. (Photo: Matic Zorman)

Présente à Zurich depuis 30 ans, Bil Suisse crée de plus en plus de passerelles avec sa maison mère luxembourgeoise pour offrir de la plus-value à ses clients.

Acteur historique de la Place luxembourgeoise, la Banque internationale à Luxembourg (Bil) est assez peu présente hors des frontières. Elle dispose cependant d’une importante filiale en Suisse, Bil Suisse, créée il y a trois décennies pour répondre aux exigences des clients qui souhaitaient pouvoir développer une partie de leurs avoirs dans le pays.

«L’évolution de la transparence fiscale et les importants changements réglementaires ont considérablement modifié le contexte, mais une grande part de notre clientèle reste attachée à l’idée de placer une partie de ses biens en Suisse», explique Thierry de Loriol, CEO de Bil Suisse.

Et à celle-ci se sont ajoutées les grandes fortunes extra-­européennes qui voient aussi la Suisse comme un havre de paix, un pays neutre et un centre de compétences en banque privée. Aujourd’hui, la filiale basée à Zurich gère environ 4 milliards de francs suisses d’actifs (3,5 milliards d’euros).

Citoyen suisse opérant dans la banque privée au niveau national depuis 20 ans après avoir navi­gué 15 ans dans la banque d’af­faires entre Londres, Francfort et Tokyo, Thierry de Loriol est à la tête de Bil Suisse depuis cinq ans. En tant que responsable d’une banque étrangère, il maîtrise le niveau de concurrence qui existe dans le pays, mais ne s’en émeut pas. «Il y a toujours eu des ban­ques étrangères en Suisse. La compétition est sévère, mais si vous avez du personnel qualifié et une offre de service qui tient la route, vous pouvez réussir.»

Une grande complémentarité

Pour son entité, il pointe donc l’avantage d’être rattaché à une grande banque luxembour­geoise et de pouvoir travailler de manière intégrée. «Nous avons développé une grande complémentarité entre les offres commerciales des deux entités, explique M. de Loriol. Aux clients qui veulent diversifier le risque, nous pouvons proposer deux centres de conservation de leur argent. Quant aux clients de Bil Suisse, ils peuvent par exemple bénéficier d’un crédit via Bil Luxembourg pour financer une résidence secondaire sur le territoire de l’Union euro­péenne.»

Implantée sur la Beetho­ven­strasse, au cœur de la ville de Zurich, Bil Suisse emploie environ 125 personnes, dont une partie à Genève et Lugano, les deux autres grands centres financiers du pays. Un développement géographique qui permet de miser sur des types de clientèle différents.

«C’est important parce que les grandes fortunes étrangères, qui représentent la grande majorité de notre clientèle, ont des affinités traditionnelles avec une ville plutôt que l’autre, selon leur origine.» Il explique ainsi que les riches familles du Moyen-Orient ont toujours une préférence pour Genève, où elles aiment installer leurs quartiers d’été. Zurich attire plutôt la clientèle fortunée des pays de l’Est, par son côté germanique, ainsi que la clientèle des pays émergents, notamment chinoise.

De nouvelles opportunités

Thierry de Loriol voit donc dans l’arrivée de l’actionnaire chinois Legend Holdings dans le capital de la Bil – il détient 90% depuis juillet 2018 – une réelle opportunité pour sa filiale. Le groupe bancaire luxembourgeois s’est donné comme nouvel objectif de développer la clientèle internationale chinoise, et la Suisse sera un axe essentiel. «Nous adaptons progressivement notre offre à ce que nous espérons devenir un nouveau marché. À Zurich, nous avons engagé, en avril dernier, deux attachées de clientèle chinoises.»

Si la Suisse et le Luxembourg sont assez semblables par leur dimension géographique et l’hyper­trophie du secteur bancaire, le CEO de Bil Suisse voit un point sur lequel la Suisse a l’avantage: la profondeur du vivier de talents. Là où les acteurs financiers luxembourgeois peinent à attirer des spécialistes, les banques suisses connaissent moins de soucis de recrutement. Il est donc plus facile d’y recruter des portfolio managers spécialisés sur une classe d’actifs ou sur une devise particulière.

Le marché est plus large et l’histoire de la finance plus ancienne. «La perle rare est plus facile à trouver en Suisse, pointe Thierry de Loriol. Nous n’hésitons donc pas à loger certaines activités du groupe à Zurich afin de profiter de ce vivier de ta­lents.» Une raison de plus pour garder un pied solidement ancré sur le marché helvète.