POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

La folle nuit américaine

Le Capitole pris d’assaut par les pro-Trump



Après un discours de Donald Trump, certains de ses supporters ont pénétré dans le Capitole pour empêcher la confirmation des votes des grands électeurs. Ils ont fini par être délogés par l’armée et la procédure a repris vers quatre heures du matin, heure luxembourgeoise. (Photo: compte Twitter de la Licra)

Après un discours de Donald Trump, certains de ses supporters ont pénétré dans le Capitole pour empêcher la confirmation des votes des grands électeurs. Ils ont fini par être délogés par l’armée et la procédure a repris vers quatre heures du matin, heure luxembourgeoise. (Photo: compte Twitter de la Licra)

La défaite en Géorgie avait sonné le glas, mercredi, des espoirs de Trump. Après un dernier discours du président américain, ses supporters ont pénétré dans le Capitole et empêché que les grands électeurs confirment leur vote en faveur de Joe Biden. Quand la réalité dépasse «House of Cards».

«Nous ne céderons jamais. Nous ne reconnaîtrons jamais la défaite.» Derrière une vitre en plexiglas à l’épreuve des balles, manteau sur le dos et gants qui gesticulent, le président américain, Donald Trump, assure à ses partisans qu’il a largement remporté l’élection présidentielle. Avec encore plus de voix que la première fois. Qu’il n’y a pas de raison qu’il renonce à la Maison-Blanche.

À cet instant, dans le froid piquant de l’hiver, le républicain a aussi perdu deux sièges du Congrès en Géorgie, ce qui donne les pleins pouvoirs à Joe Biden et aux démocrates. Face à lui, l’ambiance a tout d’une garden-party bigarrée et un peu folle de ses costumes.

Au Capitole, les grands électeurs s’apprêtent à confirmer leurs votes, en faveur du duo Biden-Harris. À 19h09, heure luxembourgeoise, le vice-président américain, Mike Pence, qui préside la session, lâche son président et dit qu’il ne s’opposera pas à la certification des votes.

Moins de 30 minutes plus tard, les supporters de Trump réunis à l’extérieur commencent à vouloir forcer l’entrée.

La police du Capitole invite tous les personnels et les élus à soit quitter les bâtiments, soit passer en confinement. Les médias américains disent que le vice-président a été exfiltré. Les pro-Trump parviennent à entrer en fracturant des portes. Le maire de Washington décrète un couvre-feu immédiat tandis que sur Twitter, le président américain met de l’huile sur le feu et regrette le manque de courage de son vice-président.

Avant de demander à ses partisans de rester pacifiques.

Les premiers supporters du président sont arrêtés par la police. Au sol. Comme les élus, à qui la police a demandé de se coucher et de mettre leur masque à gaz tandis que les policiers dégainent leurs armes.

La Garde nationale est envoyée en renfort tandis que les politiques évoquent «un coup d’État». «Nous assistons à une tentative de coup d’État encouragée par le criminel de la Maison-Blanche. C’est voué à l’échec», tweete le représentant démocrate William Pascrell, faisant ainsi référence à Donald Trump.

Le président élu, Joe Biden, prend un ton solennel. «Un assaut a été lancé contre les élus du peuple. Ces extrémistes expriment de la sédition, et cela doit cesser tout de suite. Je demande solennellement à cette foule d’évacuer les lieux. Les mots d’un président comptent. (…) Je demande à Donald Trump d’honorer son serment de fidélité à la Constitution. (…) Ce à quoi nous assistons, ce n’est pas une manifestation, c’est de la sédition.»

Le «Twitter President» demande à ses supporters de revenir à la raison, un temps bloqué par les modérateurs du réseau social, ce qui oblige Ivanka Trump à relayer son message.

Un proche de Bernie Sanders annonce préparer une procédure d’impeachment contre le président Trump. 

À minuit, une femme touchée par balle dans le Capitole décède des suites de ses blessures.

Facebook et Twitter font le ménage des publications du président et annoncent que ses comptes seront suspendus pour 24 heures et pour 12 heures.

Au milieu de nombreuses réactions internationales, le Premier ministre, Xavier Bettel (DP), tweete en luxembourgeois avant une heure du matin. «Je suis très inquiet après avoir vu les images de Washington qui nous parviennent. C’est une attaque contre la démocratie et la liberté de la presse. Je crois dans les fondements de nos valeurs partagées et dans la détermination du président élu, Joe Biden, à réconcilier son pays et ses administrés.»

À deux heures du matin, les sénateurs sont de retour au Capitole, où le Swat a délogé les partisans de Trump.

À quatre heures du matin, la procédure reprend avec le rejet d’une première objection des républicains à la victoire de Biden. De plus en plus d’élus appellent le vice-président, Mike Pence, à invoquer l’article 25 de la Constitution américaine, qui lui permet, avec une majorité d’élus, de démettre le président s’il est «inapte».

Trois autres personnes sont décédées, à l’extérieur du Capitole, et 52 personnes ont été arrêtées, six armes et deux bombes artisanales saisies.