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«C’est maintenant que notre devise ‘Mënschen hëllefen’ prend tout son sens»



Jean-Philippe Schmit est directeur général du Centre de réhabilitation du château de Colpach (Croix-Rouge) (Photo: David Angeletti)

Jean-Philippe Schmit est directeur général du Centre de réhabilitation du château de Colpach (Croix-Rouge) (Photo: David Angeletti)

La Croix-Rouge luxembourgeoise est mobilisée sur le front épidémique. Son centre de revalidation physique et post-oncologique de Colpach s’est transformé en centre de traitement du Covid-19.

Comment la Croix-Rouge s’adapte-t-elle à la crise du coronavirus?

Jean-Philippe Schmit. – «Nous avons défini quels services doivent continuer de fonctionner normalement, car il en va directement de la santé des bénéficiaires. Pour d’autres, nous avons bien entendu réduit la voilure: il n’est par exemple plus question que nos assistants sociaux se rendent dans les familles pour continuer leur accompagnement de manière classique. C’est maintenant que notre devise «Mënschen hëllefen» prend tout son sens… Les équipes sont là, prêtes à agir. Ceux qui peuvent télétravailler le font. Ceux qui doivent être sur le terrain y sont. Le Centre de transfusion sanguine est ouvert et les soins à domicile ou au centre de Colpach sont toujours promulgués. Mais il y a tellement d’autres services qui continuent de tourner: les épiceries sociales pour les plus défavorisés, dropIn pour les travailleurs du sexe, la helpline sociale pour ceux qui ne savent pas vers qui se tourner, Lisko et tous ceux qui travaillent au service Migrants et Réfugiés… Sans oublier le service Repas sur roues, le Centre d’accueil Norbert Ensch, les deux maisons relais qui accueillent les enfants des professionnels du secteur de la santé qui doivent travailler…

Comment se coordonne votre action avec le gouvernement?

«Les discussions avec le gouvernement sont constructives. C’est à lui que revient le rôle de penser la stratégie nationale. C’est à nous de l’aider du mieux que l’on peut pour limiter les effets de l’épidémie dans le pays.

Il a été décidé de transformer le centre de réhabilitation physique et post-oncologique de Colpach en centre de traitement Covid-19. Comment allez-vous faire?

«Après avoir assuré des préparatifs en un temps record, l’équipe de Colpach est prête à assumer cette nouvelle mission. Le centre devient un «centre de traitement» et accueillera bientôt des patients atteints du coronavirus qui requièrent des soins stationnaires. Nous travaillerons donc en deuxième ligne, permettant ainsi à nos collègues des hôpitaux de soins aigus de libérer plus rapidement des places pour ceux qui en ont le plus besoin. C’est la raison pour laquelle aucun patient ne viendra «directement» à Colpach. Ils viendront tous d’un hôpital de soins aigus. Nous serons là pour ceux qui ont besoin d’aide et de suivi, mais pour lesquels il n’y a plus de risque vital. Il y aura également des personnes dont la situation sociale ne permet pas une autosurveillance à domicile, ou qui ont dans leur foyer une autre personne à risque. Lorsqu’ils entreront chez nous, les patients seront encore contagieux. Lorsqu’ils sortiront de chez nous, ils ne le seront plus. Bien entendu, ces critères sont susceptibles d’évoluer en fonction de la situation épidémiologique nationale et des décisions politiques qui concerneraient le centre.

Quelles sont les personnes mobilisées à Colbach?

«Aussi longtemps que durera la crise sanitaire en cours, nous ferons appel à des équipes de professionnels. Nous ne voulons pas mettre en danger la santé de personnes dont ce n’est pas la mission première. Nous avons habituellement 129 personnes qui sont sous contrat, dont 84 œuvrent dans le domaine des soins. À ce jour, en raison de la situation actuelle que nous vivons, 66 personnes sont disponibles pour effectuer des soins. Toutes ne seront pas sur le terrain en même temps, et nous veillons à aménager les horaires et l’organisation des équipes pour être à la fois capables d’assurer les meilleurs soins à nos patients et de limiter au maximum les risques, tant pour le personnel que pour nos bénéficiaires.

Nous avons fait des répétitions générales, dans des conditions aussi réelles que possible.
Jean-Philippe Schmit

Jean-Philippe Schmit,  Directeur général,  Centre de réhabilitation du château de Colpach

Avez-vous eu le temps de former le personnel face à cette épidémie?

«Oui! Mais en fait, il ne s’agit pas que de formation. Nous avons dû, en à peine plus d’une semaine, évacuer nos patients de réhabilitation, former notre personnel aux bonnes pratiques et aux bons gestes dans le cadre de l’épidémie, recevoir le matériel adéquat et enfin adapter une partie de notre infrastructure pour être capables d’assumer cette mission. Le plus spécial a été le 16 mars… C’est le jour où les patients ont quitté le centre, de manière sereine et ordonnée.

Aucun éclat, aucun regroupement désagréable ou risqué, aucune plainte… Au contraire, même: une belle compréhension et des remerciements des patients et de leur famille. À la fin, la mission était accomplie: nous avons tous terminé la journée sur les genoux et avec une sensation bizarre, car il n’y avait plus un seul patient dans le centre, et évidemment plus un seul soignant non plus. Il n’y avait plus que le silence.

Il a fallu ensuite se préparer concrètement…

Le jour suivant, nous avons rencontré les membres du personnel pour expliquer la situation. Nous les avons rassurés. Ils ont bien entendu eu quelques inquiétudes quant aux inconnues liées au changement, mais rien d’incontournable. Les gens ont peur de la crise, pas de notre mission. Pour ce qui est de la formation au sens strict, nous nous sommes concentrés sur les bons gestes de protection: mettre et enlever les blouses, les masques ou les lunettes.

Et tout le personnel a été formé, en lien avec son rôle. Il ne faut pas que seul le personnel soignant soit au point: ceux qui travaillent dans les cuisines, qui assurent les travaux administratifs, techniques ou qui nettoient le bâtiment doivent aussi connaître les bons gestes. La formation a été complétée par ce que nous appelons des «drills»: ce sont plus que des formations, ce sont des entraînements. Pour que les gestes deviennent des habitudes, précises et justes.

Nous avons donc fait des répétitions générales, avec des gestes répétés, dans des conditions aussi réelles que possible. Nous avons détecté les petites erreurs, nous les avons corrigées, nous avons recommencé les exercices, répété les gestes.

Le fait d’être un centre de réhabilitation présente-t-il des avantages?

«Oui, car nous avons déjà intégré des éléments qui viennent de notre approche de la réhabilitation. Chaque personne que nous allons accueillir pourra être accompagnée. Il va y avoir un numéro d’appel interne, pour ceux qui auront des angoisses et qui voudront parler, avec au bout du fil un professionnel qui saura les écouter.

Nous pourrons leur proposer des distractions pour se libérer l’esprit, en s’adaptant à chacun, à sa personnalité, sa culture. Tout en respectant les règles d’isolement, ceux qui le voudront pourront découvrir des activités de méditation, de sophrologie, des jeux, des techniques de détente. Ceux qui voudront faire des visioconférences avec leur famille le pourront aussi. Il faut soigner le corps, mais pour cela, l’esprit doit être apaisé. C’est une approche interdisciplinaire que nous avons eu l’occasion de tester avec la réhabilitation. Nous allons la mettre à profit pour servir les personnes en isolement.

C’est à nouveau un lien très fort avec les valeurs de la Croix-Rouge: nous nous occupons des êtres humains. Nous voulons leur permettre d’être des acteurs de leur santé, pas juste des spectateurs.

Disposez-vous d’assez de matériel?

«Oui, pour le démarrage. Les autorités compétentes ont mis à notre disposition le matériel dont nous avons besoin pour démarrer notre mission. Nous savons que nous ne pourrons pas tout avoir tout de suite, mais nous faisons confiance aux groupes logistiques mis en place qui ont une vision globale des choses et qui nous entendront le cas échéant.

Quelle est la capacité d’accueil du centre?

«Dans le cadre de l’épidémie actuelle, nous avons une capacité d’accueil de 80 lits.

Quand le centre sera-t-il opérationnel?

«Il l’est déjà, nous sommes prêts à accueillir le premier patient.

Respecter les conseils et les consignes des autorités compétentes est un des moyens les plus efficaces de nous soutenir. Cela permet de limiter la propagation.
Jean-Philippe Schmit

Jean-Philippe Schmit,  Directeur général,  Centre de réhabilitation du château de Colpach

La Croix-Rouge luxembourgeoise a-t-elle besoin de soutien?

«Oui, bien sûr. Notre mission est d’aider, et si on offre de l’aide, il faut savoir en accepter aussi! Collectivement, nous devons faire preuve de solidarité, de discipline et d’empathie. Dans le cas de la crise sanitaire en cours, respecter les conseils et les consignes des autorités compétentes est un des moyens les plus efficaces de nous soutenir. Cela permet de limiter la propagation de l’épidémie, tout en permettant à nos collègues, sur le terrain, de faire leur métier.»