PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Ristretto

«C’est ce que j’appelle une bombe à retardement»



Roberto Mendolia, président de l’ALEBA, observe des signes d’inquiétude pour le secteur bancaire. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Roberto Mendolia, président de l’ALEBA, observe des signes d’inquiétude pour le secteur bancaire. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Le président de l’ALEBA, Roberto Mendolia, s’inquiète du climat délétère entre les syndicats, alors que la place financière est plongée dans l’incertitude.

Quelques jours après la décision du ministre du Travail de vous retirer la représentativité sectorielle, l’avez-vous digérée?

Roberto Mendolia . – «Quelque part, on s’attendait à une telle décision. Cela nous pendait au nez depuis 2019. La question est de savoir ce qui a fait que quelqu’un s’intéresse à ce sujet.

Et qu’est-ce qui a fait que quelqu’un s’y est intéressé?

«Il faut un intérêt né et actuel pour pouvoir saisir une loi, que je considère fratricide, permettant à des syndicats concurrents de saisir le ministre pour décider du droit de vie ou de mort du syndicat sectoriel. C’est ce qui a été fait par nos « frères » syndicaux. L’intérêt né et actuel est une soi-disant signature d’un accord entre l’ALEBA, l’ABBL et l’Aca.

Vous dites «soi-disant signature». Pourtant, vous aviez un «accord» de principe…

«Nous n’avons rien signé. Nous nous sommes inquiétés de plusieurs licenciements dans différentes sociétés ne voulant pas respecter le doublement du préavis, comme le stipule la convention collective. Nous avons donc appelé l’ABBL pour discuter de ce sujet. L’ABBL, de son côté, mettait en avant la crise actuelle. On s’inquiète de la situation et, avec un dialogue sain, nous arrivons sur le sujet de la convention collective qui arrive à échéance.

Durant cette discussion avec l’ABBL, avez-vous trouvé des points communs pour améliorer la convention collective?

«L’ABBL a souligné qu’il y avait une crise. Il y a une crise sanitaire incroyable. Mais nous n’allons rien concéder. Il faut comprendre que les effets de la crise sur le secteur financier peuvent être décalés. C’est ce que j’appelle une bombe à retardement.

Dès lors, allez-vous réduire vos revendications syndicales?

«On peut concevoir que nous pouvons limiter nos desiderata à au moins ce que nous avons dans la convention collective du travail (CCT), mais on ne demandera pas moins. Par contre, il y a des corrections nécessaires à faire dans cette CCT.

Lesquelles?

«Par exemple, la question du 26e jour de congé a été très mal interprétée dans pas mal de banques de la Place, ou encore le fait de faire valoir les droits de la CCT sur le paiement des jours fériés légaux.

Comment décririez-vous l’ambiance au sein du secteur financier?

«Il y a des incertitudes, et on sait qu’il y a des provisions qui sont faites par les banquiers pour couvrir les éventuels défauts de paiement. Moi, je vois que les chiffres de certaines sociétés ne sont pas aussi bons que prévu. C’est assez simple: quand les résultats sont en baisse, on joue sur le pilier des effectifs. Autrement dit, on envisage un plan social.

On parle déjà d’annus horribilis pour la place financière...

«Je ne suis pas devin, ni le grand économiste qui va dire ce qui va se passer, mais en 2021, tout le monde freine. La crise sanitaire touche également la place financière, mais avec un décalage. C’est une bombe à retardement.

Quand cette bombe va-t-elle exploser? «Je le répète, je ne suis pas devin. Par contre, des éléments factuels, il y en a.

Lesquels?

«Des plans sociaux qui explosent, des chiffres de prévisions de croissance en baisse.

La mauvaise entente entre les syndicats ne va pas arranger les choses, alors que l’année s’annonce déjà difficile pour les salariés...

«Ce que je regrette, surtout, c’est de voir des syndicats qui font du syndicalisme politique. Mais outre ce regret, il est certain que j’ai une grande inquiétude pour les intérêts des salariés.

Du syndicalisme politique... c’est-à-dire?

«J’ai tendu la main pour que l’on parle de la renégociation de la convention collective, bien avant que cela ne sorte dans la presse. J’ai essayé de parler avec les autres syndicats, qui ne m’ont pas donné audience, tous ont décliné ma main tendue. Ils ont décidé de crier au scandale pour montrer du doigt l’ALEBA. C’était une tactique politique de leur part.»

Cet article a été rédigé pour l’ édition magazine de Paperjam du mois d’avril qui est parue le 25 mars 2021.

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