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Le «buy now pay later», cher pour les retardataires



Selon Afterpay, la solution de paiement différé rachetée par Square, la fintech du fondateur de Twitter, les taux d’intérêt pour les retardataires peuvent faire monter la facture de 14% à 61%. Un crédit bancaire à la consommation tourne à 3%. (Photo: Afterpay)

Selon Afterpay, la solution de paiement différé rachetée par Square, la fintech du fondateur de Twitter, les taux d’intérêt pour les retardataires peuvent faire monter la facture de 14% à 61%. Un crédit bancaire à la consommation tourne à 3%. (Photo: Afterpay)

Impossible de le rater: le «buy now pay later» donne la fièvre au secteur financier. Ce «crédit revolver» qui ne dit pas son nom est l’occasion pour les fintech de bousculer les banques… et peut rendre les plus précaires encore plus vulnérables, alerte le Centre européen des consommateurs.

Elle vous plaît, cette petite veste noire? Irrésistible, cette commode vintage? Ce mois-ci, vous êtes un peu court? La limite des cartes de crédit est presque atteinte? Le «buy now pay later» (BNPL) – littéralement «acheter maintenant, payer plus tard» –, autrefois largement réservé au secteur du mobilier ou de l’électroménager, se démocratise. Selon Pymnts, un tiers de ceux qui ont des difficultés à joindre les deux bouts l’utilisent désormais régulièrement contre 51% de ceux qui sont un peu mieux lotis. Deux consommateurs sur trois disent qu’ils utiliseront une de ces offres dans l’année qui vient.

La taille du marché global du «BNPL» devrait atteindre 20,40 milliards de dollars d’ici 2028, enregistrant un taux de croissance annuelle de 22,4% de 2021 à 2028, selon un rapport de Grand View Research, qui pointe à la fois la multiplication des offres, les accords entre commerçants et plateformes de BNPL, l’arrivée des entreprises dans ce mode de financement ou encore la facilité à obtenir ce délai de paiement.

À peu près tous les acteurs ont leur solution, de Klarna, le leader suédois du marché qui a bien failli s’installer au Luxembourg avant de préférer la ville allemande de Giessen, qui a signé plus de 250.000 partenariats avec H&M, Ikea, Samsung ou Nike, à Affirm (rachetée par Amazon), Paidy (achetée 2,7 milliards de dollars par PayPal), Afterpay (pour laquelle Square et Jack Dorsey ont déboursé 29 milliards de dollars), Visa, Mastercard, American Express, Scalapay ou Flexipay de Funding Circle pour la trésorerie d’entreprise. Même Revolut a fait savoir qu’elle proposerait sa solution sous peu.

Le phénomène couvre surtout cinq business models, assure McKinsey: les applications de shopping intégré (Klarna, Afterpay); le rent-to-own (comme la filiale de Mastercard Acima ou Progressive Leasing, où vous achetez et décidez de ce que vous voulez payer et à quelle fréquence jusqu’au remboursement total); l’off card financing (Affirm ou Uplift); l’off card spécialisé, sur la santé, comme CareCredit, ou lié à une carte de crédit, comme Splitit; et, enfin, les offres utiles à la trésorerie des entreprises, comme celles de CIT ou de Dell Financial Services.

Le Luxembourg fidèle au crédit bancaire

Difficile de mesurer l’intérêt de cette solution au Luxembourg. D’un côté, le volume des crédits de moins d’un an accordés aux ménages est relativement stable, depuis 2014, entre 1,03 (avril 2020) et 1,73 milliard (octobre 2015), selon les statistiques de la Banque centrale du Luxembourg. De l’autre, le Centre européen des consommateurs indique avoir reçu 32 dossiers de litiges liés à des facilités de paiement en trois ans, 15 en 2019, 10 en 2020 et 5 depuis le début de l’année.

«Le chiffre de 2020 est à prendre avec prudence», indique Jean-Loup Stradella, avocat senior de l’organisation au service de la protection des consommateurs. «Avec le confinement et les restrictions sanitaires, nous avons reçu énormément de dossiers d’annulation de voyages et nous avons constaté des modes de consommation un peu différents des autres années (beaucoup d’e-commerce et moins d’achats en magasins, qui proposent beaucoup les facilités de paiement). De plus, les litiges concernent majoritairement des impayés et des frais de rappel. Or, en 2020, la plupart des banques et des sociétés de recouvrement ont suspendu ou assoupli leur méthode de recouvrement en raison de la crise sanitaire.»

«C’est une tendance très actuelle. L’accès au crédit est très facile! C’est rapide! Les vendeurs savent très bien le proposer», ajoute l’avocat du CEC. «Mais, comme pour tout crédit, il faut se souvenir que le crédit vous engage et bien lire les conditions générales. Au moindre problème, vous risquez d’avoir des surprises. C’est un cercle vicieux» bien connu de l’endettement. 

C’est là que ces belles sociétés «trendy» sont parfois nettement moins glamour, surtout quand le crédit dépasse le simple fractionnement en quatre paiements. 

Afterpay indique que le montant des pénalités pour ceux qui ne paieraient pas dans les temps est de 68 dollars ou de 25% du montant «emprunté», la société prenant le montant le moins élevé des deux. Pas cher, selon elle, puisqu’au total, cela se monte à 14% de la somme engagée au départ, contre jusqu’à 61% pour ses concurrents, dit-elle sur son site internet. Chez Affirm – qui plafonne le montant que l’on peut emprunter à 17.500 dollars –, le coût peut aller jusqu’à 30%, contre 26,99% au maximum chez CareCredit ou de 7 à 36 dollars et toujours moins de 25% du crédit chez Klarna. Certains fournisseurs, qui ne prennent pas la peine de vérifier l’endettement de leurs clients, ne donnent pas d’indications claires sur les pénalités qu’ils infligent.

Histoire de bien y réfléchir, au Luxembourg et à titre purement indicatif, avec un taux autour des 3%.