PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Une bulle des actions?



Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Les actions mondiales dépassent désormais de plus de 15% leur niveau de février 2020, moment à partir duquel la pandémie a frappé de plein fouet l’économie mondiale. Pendant ce temps, l’économie mondiale n’a toujours pas rattrapé son niveau d’avant-crise. Même si les bourses devancent l’économie, force est de constater que les ratios de valorisation ont augmenté considérablement. Les marchés actions sont-ils en situation de bulle?

Les ratios de valorisation (par exemple, le ratio cours sur bénéfices) ne disent pas grand-chose sur la cherté des actions, car ils ne tiennent pas compte du niveau des taux d’intérêt. Or, l’un ne va pas sans l’autre. Si les actions se paient relativement cher aujourd’hui, c’est parce que les taux d’intérêt sont bas.

À la différence de la fin des années 90, lorsque la bulle technologique battait son plein, aujourd’hui, un investissement en actions américaines devrait rapporter plus qu’un investissement obligataire sans risque sur le long terme. Ce n’était pas le cas en 2000: les obligations d’État américaines à 10 ans offraient un rendement de plus de 6% à un moment où le rendement espéré des actions était de l’ordre de 4%.

En d’autres termes, nous étions dans une situation anormale où la prise de risque sur les marchés n’était plus rémunérée. À ce jour, malgré la hausse des taux longs américains, cette prime de risque reste positive.

Les actions peuvent digérer une hausse contenue des taux d’intérêt si les perspectives de croissance économique s’améliorent. Et c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui: la progression future des bénéfices des entreprises pourrait plus que contrebalancer l’effet négatif de la hausse des taux sur les cours. Les bourses anticipent un fort rebond économique qui devrait se matérialiser davantage aux États-Unis qu’en zone euro, étant donné les différences marquées en termes de rapidité de la vaccination et de l’importance des aides de l’État. Il est probable que l’économie américaine atteigne son niveau pré-coronavirus ce mois-ci, alors qu’il faudra sans doute compter mi-2022 pour la zone euro.

Nous ne nous trouvons donc pas aujourd’hui dans une situation de bulle généralisée du prix des actifs. Les actions offrent toujours de bonnes perspectives de rendement à long terme malgré leur hausse depuis mars dernier. Toutefois, certains segments du marché actions sont devenus relativement chers. Et ce sont ces mêmes actions qui sont le plus à risque quand les taux d’intérêt remontent.