POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Étude universitaire

Le boom des travailleurs pauvres au Luxembourg



Les familles monoparentales sont particulièrement exposées au risque accru de pauvreté au travail, soulignent les chercheurs. (Photo: EC)

Les familles monoparentales sont particulièrement exposées au risque accru de pauvreté au travail, soulignent les chercheurs. (Photo: EC)

Le premier rapport sur le risque de pauvreté des travailleurs au Luxembourg vient de sortir, avec une analyse des facteurs qui sous-tendent ce phénomène de plus en plus marqué dans le pays.

Le Luxembourg figure bien souvent en tête des classements européens, voire mondiaux, pour son PIB par tête d’habitant et son salaire minimum . Mais le pays se distingue aussi sur d’autres tableaux, parfois moins reluisants.

Le premier rapport «Working, yet poor», paru fin juin, montre que le Luxembourg figure parmi les pays européens où le risque de pauvreté au travail est le plus élevé dans l’UE et a augmenté ces dernières années.

En 2019, 12,1% des salariés vivaient dans un ménage pauvre au Luxembourg, contre 11,2% en 2013 et 9,3% en 2007.

«D’une part, le taux de pauvreté au travail est calculé sur base du revenu médian des ménages. D’autre part, l’augmentation des salaires est tout à fait insuffisante pour échapper au risque de pauvreté au travail», souligne Luca Ratti, professeur adjoint en droit du travail à l’Université du Luxembourg, qui a participé à la réalisation de l’étude.

Un risque plus marqué dans certaines catégories de la population

Le rapport souligne que certains travailleurs sont davantage exposés au risque de pauvreté au Luxembourg. Il s’agit par exemple des ménages composés d’une seule personne et des familles monoparentales.

La menace est également plus lourde sur les travailleurs à mi-temps, en CDD ou des travailleurs temporaires. Ces derniers ne représentaient en 2019 «que» 7,4% de la population résidente occupée. Mais pourtant, le niveau de pauvreté dans cette classe s’élevait à 27,7%, soulignent les chercheurs.

La classe d’impôt applicable aux célibataires est désavantageuse.

Luca Ratti,  professeur adjoint en droit du travail ,  Université du Luxembourg

Ceux-ci ont analysé les politiques et mesures qui, directement ou non, peuvent avoir un impact sur la pauvreté au travail. En ligne de mire figurent les classes d’imposition et l’accès aux logements abordables.

«La classe d’impôt applicable aux célibataires est désavantageuse, d’autant plus que l’étude met en évidence que ce sont les ménages monoparentaux les plus touchés par la pauvreté au travail», abonde le professeur. Quant au coût du logement, il n’est pas pris en compte par l’indicateur, mais son poids est tel que «si le coût du logement était inclus dans la statistique, nous aurions des taux de pauvreté au travail beaucoup plus élevés, de 40 à 45% pour certaines catégories de travailleurs», avertit le chercheur.

L’étude compare aussi la situation du Luxembourg avec d’autres pays européens comme la Belgique, la Suède, l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Pologne. Le Grand-Duché se distingue avec une part plus faible d’indépendants, qui, de par l’imprévisibilité de leurs revenus, sont davantage exposés au risque de pauvreté.

Autre spécificité, les travailleurs en CDI dans des secteurs à bas salaires comme les services sont plus menacés par la pauvreté, mais cela n’est rien en comparaison avec des pays dénués de salaire social minimum, de convention collective ou de couverture légale des contrats de travail. Quant aux travailleurs intermittents que l’on peut par exemple retrouver au service de plateformes en ligne, le phénomène reste rare au Luxembourg.

Moins de privation matérielle

Si, au Luxembourg, le risque de basculer dans la pauvreté est élevé pour les travailleurs, la part des ménages faisant face à une privation matérielle sévère est très faible, de l’ordre de 0,9% là où le seuil de privation pointe à 2,4%.

«L’évaluation de la privation matérielle se fait au niveau individuel, c’est indépendant du contexte dans lequel la personne vit», précise Luca Ratti. À ses yeux, ce taux plutôt faible au Luxembourg «signifie que la situation du pays est normalement positive et donc, qu’on n’a pas énormément de personnes très pauvres».

Et de citer certaines spécificités du Luxembourg telles que le Revis qui peuvent, aux yeux du professeur, jouer un rôle important dans la lutte contre la pauvreté.