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Le boom du boursicotage



Keytrade Bank Luxembourg a multiplié entre cinq et sept fois le nombre de nouveaux clients par rapport à une période normale. (Photo: Shutterstock)

Keytrade Bank Luxembourg a multiplié entre cinq et sept fois le nombre de nouveaux clients par rapport à une période normale. (Photo: Shutterstock)

Forte hausse des transactions en bourse, augmentation des ouvertures de comptes titres…: la volatilité des marchés a suscité l’engouement des investisseurs particuliers.

Confinés, les épargnants s’ennuient, tandis que les marchés connaissent de fortes turbulences , et que la rémunération des produits d’épargne traditionnels stagne à un faible niveau. Les conditions sont dès lors réunies pour une ruée en bourse.

«Mars a été un mois exceptionnel à tous les niveaux. Qui dit mouvements sur les marchés dit intérêt accru des investisseurs. Au final, l’activité du mois de mars a représenté l’équivalent de près de quatre mois d’activité», constate Fabien Vrignon , CEO de Keytrade Bank Luxembourg (filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa).

«Nous avons d’abord eu une explosion des transactions de la part de nos clients existants. Et nous avons multiplié entre cinq et sept fois le nombre de nouveaux clients par rapport à une période normale. Il s’agit donc d’un afflux considérable!», rapporte Fabien Vrignon.

C’est le même constat chez ING Luxembourg: «Nous avons ouvert davantage de comptes titres à de nouveaux investisseurs en mars qu’en janvier et février réunis. Les sommes qui y sont placées ne proviennent pas d’autres titres, mais de cash, c’est-à-dire que les investisseurs puisent dans leurs livrets d’épargne, maison ou externes, pour investir», relate Andrea Rossi, head of private individuals.

Plus de 150.000 investisseurs ont fait leur entrée sur le marché, pour la première fois depuis janvier 2018, remarque l’Autorité française des marchés financiers (AMF), dans une étude publiée le 27 avril concernant la France.

Au cours de ses six semaines d’étude, l’AMF relève que le nombre d’investisseurs actifs au moins une fois à l’achat sur des titres du SBF 120 s’élève à 580.000, avec une moyenne de 3,5 titres différents par investisseur.

Placements dynamiques

Ces nouveaux clients ne sont pas forcément un public averti. Selon l’AMF, leur profil est sensiblement différent de celui des investisseurs habituels, tant en termes d’âge (10 à 15 ans de moins) que de montants investis, qui s’avèrent deux fois inférieurs aux sommes placées par les investisseurs historiques.

Et parmi les acheteurs d’actions de cette période, une part significative d’entre eux sont de nouveaux clients ou des clients très peu actifs sur une période récente, qui puisent dans leur épargne «liquide» pour investir en bourse.

«Les livrets d’épargne rapportent peu actuellement; nous conseillons donc à nos clients d’investir sur des fonds, et à long terme», affirme Andrea Rossi. De son côté, Keytrade remarque également qu’environ 20% des comptes épargne sont utilisés pour investir sur les marchés financiers.

Et que les nouveaux clients ont déjà des comptes ailleurs et recherchent des placements plus dynamiques. «Aujourd’hui, on entre sur les marchés financiers à environ -25% de valeur: si l’on souhaite investir, c’est une stratégie plutôt intéressante dans une optique de placement de long terme. Cela représente aussi pour nous une opportunité de fidélisation des clients», estime Andrea Rossi.

L’AMF note ainsi que 90% des positions prises à l’achat avaient été conservées à la fin des six semaines de crise observées, et que seules 10% ont fait l’objet d’allers-retours opportunistes ou de réallocation d’actifs. «Mais il est trop tôt pour parler d’investissement de long terme», précise cependant l’AMF.

Anticipations techniques

Pour répondre aux demandes des investisseurs, les plates-formes de trading ont dû avoir les reins solides. «Il a fallu faire face à une sollicitation accrue de tous les clients, qui avaient des questions concernant les procédures d’authentification pour les clients existants, et sur la tarification et les services pour les nouveaux», note Fabien Vrignon, qui a géré cette vague de demandes avec une vingtaine de salariés. Le tout, en télétravail.

«L’afflux de transactions est très concentré sur certaines plages horaires de la journée (à l’ouverture des marchés américains et des bourses européennes), ainsi que le lundi, après la fermeture des bourses le week-end», remarque Fabien Vrignon.

Le courtier a également pu faire face grâce à l’anticipation des équipes IT, qui avaient pris la décision de multiplier par cinq la capacité de bande passante.

Pour faire face à cette hausse de demandes, Keytrade a aussi pu mettre à profit son dispositif d’«on-boarding» digitalisé, réalisé en collaboration avec Finologee . 85% à 90% des nouvelles ouvertures de comptes ont ainsi pu être réalisées de manière entièrement dématérialisée.

Cet engouement fulgurant pour le boursicotage pourrait néanmoins faire long feu. «D’expérience, nous savons qu’il y a toujours une autre phase dans les crises: la réalité du choc économique, social et financier, qui va peu à peu se faire jour. La volatilité va rester à des niveaux élevés, mais l’inquiétude va commencer à augmenter concernant la capacité de reprise. Il est donc fort probable que notre activité baisse ensuite en deçà de notre activité normale, du fait de ces questionnements», anticipe Fabien Vrignon.