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Vue des marchés

Du bois dont on tire des bénéfices



Les forêts européennes et les produits dérivés de la forêt peuvent compenser 20% des émissions de CO2 de toute l’UE. (Photo: Shutterstock)

Les forêts européennes et les produits dérivés de la forêt peuvent compenser 20% des émissions de CO2 de toute l’UE. (Photo: Shutterstock)

Pour Christoph Butz, senior investment manager chez Pictet, le bois s’avère être un investissement durable et rentable. Qui devrait bénéficier ces prochains mois de l’attrait des investisseurs du développement durable, mais aussi du boom de l’e-commerce et de l’éventuel retour de l’inflation.

Bon pour la planète et bon pour les investisseurs: voilà résumée la vision du secteur du bois de Christoph Butz, ingénieur forestier de formation et gérant de la stratégie Timber de Pictet Asset Management lancée en 2008. «Le momentum très porteur qu’il connaît actuellement s’accompagne d’excellentes perspectives de long terme, fondées sur la transformation verte de multiples industries», assure-t-il.

Premier ressort d’une bonne performance du secteur du bois: l’attrait pour tout ce qui est investissement durable.

Un matériau au service du développement durable

«Le critère de durabilité est devenu omniprésent en matière de placements et l’on ne peut que s’en réjouir. Spontanément, lorsqu’on évoque cette notion, les gens pensent à l’énergie propre. Or, les arbres peuvent être notre meilleur allié dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement. Les forêts protègent les sols, l’eau et l’air et constituent l’habitat terrestre le plus important pour la biodiversité. Elles captent le CO2 de l’air et le stockent dans leur biomasse. Les fibres à base de bois sont recyclables, alors que le plastique pollue l’environnement pendant des décennies. Tout ce qui est fait à partir du pétrole peut être fabriqué à partir d’un arbre – des carburants aux vêtements, en passant par les molécules chimiques.»

De quoi rendre tout portefeuille d’investissement conforme aux dispositions de l’article 8 et/ou de l’article 9 du règlement (Sustainable Finance Disclosure Regulation). «Notre stratégie Timber présente d’ailleurs un bilan carbone négatif, c’est-à-dire que les entreprises qui composent le portefeuille retirent plus de CO2 de l’atmosphère qu’elles n’en émettent, contribuant ainsi à un impact positif sur l’environnement. Un atout très rare pour une stratégie d’investissement!», insiste Christoph Butz.

Deuxième avantage: «Le bois constitue véritablement le matériau durable par excellence et son utilisation dans plusieurs produits favorise l’économie circulaire», insiste Christoph Butz, pour qui le bois est abondant, bon marché et renouvelable à l’infini s’il est géré de manière durable.

Le fonds Timber suit une stratégie de croissance du capital en investissant dans des actions émises par des sociétés actives dans le financement, la plantation et la gestion de forêts et de régions boisées et/ou dans le traitement, la production et la distribution de bois d’œuvre et d’autres services et produits dérivés du bois contenus dans la chaîne de valeur sylvicole.

«Nous investissons dans des sociétés engagées dans une démarche durable tout au long de la chaîne de valeur du bois, allant de la plantation et la gestion des forêts jusqu’à la transformation du bois à des fins de construction, d’utilisation industrielle ou de consommation. Même si nous privilégions les sociétés propriétaires d’exploitations forestières, la filière offre aujourd’hui un ensemble d’opportunités d’investissement particulièrement attrayantes et diversifiées. L’innovation dans le domaine du bois a fait naître une industrie très dynamique, enregistrant une croissance rapide, qui englobe non seulement le bois d’œuvre pour la construction, la pâte à papier et le carton d’emballage, mais également les produits d’hygiène personnelle, les vêtements, les biomatériaux ou encore les cathodes à base de lignine pour les batteries…»

On peut fabriquer du biodiesel à base de bois, en évitant d’entrer en concurrence avec la chaîne alimentaire, contrairement au colza, par exemple.
Christoph Butz

Christoph Butz,  senior investment manager,  Pictet

Christoph Butz estime que nous n’en sommes qu’au début de ce qu’un arbre peut faire et du plein potentiel de ce matériau véritablement durable. Et d’évoquer les constructions en bois – «grâce à de nouvelles technologies comme le bois lamellé croisé, elles peuvent atteindre 20 étages» –, l’utilisation du bois comme substitut pour toutes les matières d’origine fossile – «on peut fabriquer du biodiesel à base de bois, en évitant d’entrer en concurrence avec la chaîne alimentaire, contrairement au colza, par exemple» –, comme fibre par l’industrie vestimentaire – «les habits en fibre de viscose, qui n’émettent pas de microplastiques au lavage, pourraient remplacer ceux en polyester».

Bref, de nouvelles utilisations du bois apparaissent chaque jour et constituent autant d’opportunités d’investissement.

Au-delà de la reprise post-Covid, la tendance structurelle de long terme est haussière, estime le gestionnaire. «L’augmentation croissante du commerce électronique et la guerre contre le plastique sont des moteurs puissants de la demande de carton d’emballage et d’autres emballages à base de fibre de bois. L’évolution démographique et la hausse du pouvoir d’achat dans les pays émergents se traduisent aussi par une demande accrue de produits issus du bois. Et l’UE est en train de ‘traduire’ son Green Deal en termes d’investissements, ce qui, en tenant compte tant de l’effet de capture-stockage que de l’effet de substitution, ne peut être que bénéfique pour toute la filière.»

Et, dernier avantage, et pas le moindre actuellement, les classes d’actifs du bois sont traditionnellement considérées par les investisseurs comme une couverture contre l’inflation, augmentant donc la demande et les perspectives de rendement.