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Digital Lëtzebuerg

D’un barbecue du SMC à un écosystème ICT



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Comme chaque année depuis sa prise de fonction, Xavier Bettel s’adressera aux acteurs du secteur ICT. (Photo: DR / Archives)

Le traditionnel et 12e «barbecue» du Service des médias et des communications (SMC) et Digital Lëtzebuerg rassemblera l’écosystème ICT ce mercredi soir une dernière fois à la Corniche. Retour sur une rencontre informelle à son origine, mais devenue incontournable.

Seule la météo va à l’encontre du principe-clé de la politique menée par les gouvernements successifs en matière d’ICT: la continuité.

Après un ciel capricieux en 2018, c’est sous un soleil de plomb que se tiendra ce soir la 12e édition du «barbecue» organisée par le Service des médias et des communications (SMC) du ministère d’État et Digital Lëtzebuerg, à l’attention d’un secteur ICT qui s’est progressivement mué en écosystème.

Retour en 2008. «À l’époque, nous étions en contact étroit avec des sociétés américaines comme Amazon, PayPal et iTunes qui venaient de s’implanter au Luxembourg», se souvient Anne-Catherine Ries, directrice du SMC, qui pilote notamment l’initiative Digital Lëtzebuerg.

Ces nouveaux acteurs technologiques se sentaient isolés dans une économie où le secteur financier prédominait encore largement et souhaitaient être mieux introduits dans l’écosystème local. L’équipe du SMC a saisi la balle au bond.

«C’était un mardi», ajoute Anne-Catherine Ries. «Nous avions donc lancé une invitation informelle à une poignée d’acteurs du secteur de l’ICT, du monde académique, quelques décideurs politiques, pour le vendredi, afin de leur permettre de découvrir les acteurs locaux. Deux jours plus tard, nous recevions 150 inscriptions, signe qu’il y avait un réel besoin de mise en relation, au-delà du besoin initial des sociétés américaines.»

Ce qui n’était qu’une idée spontanée est donc devenu un rendez-vous immanquable pour tous les acteurs d’un secteur qui pèse désormais 5% du PIB et représente 4,6% de l’emploi, selon Eurostat.

C’est de ce brassage que viennent nos idées pour mettre en place des mesures favorables à cet écosystème.
Anne-Catherine Ries

Anne-Catherine Ries,  directrice,  Service des médias et des communications

«Nous avons vu cet écosystème se transformer sous nos yeux», ajoute Anne-Catherine Ries. «Nous le constatons aussi durant notre barbecue, pour lequel nous nous efforçons de diversifier l’origine des invités. C’est de ce brassage que viennent nos idées pour mettre en place des mesures favorables à cet écosystème.»

De RTL à l’IA

Favorisé par cette émulation, le mouvement vers un «Digital Lëtzebuerg» que visent les autorités reposait sur l’expérience engrangée au travers du développement de RTL puis de SES.

Le début des années 2010 a marqué un tournant avec d’importants travaux d’infrastructures en connectivité consentis par l’État et les entreprises qui évoluent dans son giron.

En 2019, la 5G et l’intelligence artificielle sont actuellement à l’agenda des 25 collaborateurs de l’équipe du SMC.

«La 5G a fait l’objet d’une stratégie nationale lancée l’année dernière. Nous sommes en phase d’appels à projets et nous voyons d’ores et déjà qu’elle nous réserve beaucoup de promesses d’innovation dans tous les domaines de la vie quotidienne», note Anne-Catherine Ries.

Quant à la feuille de route en matière d’intelligence artificielle présentée en mai dernier, elle va déboucher sur une consultation publique en septembre prochain.

L’État doit aussi faire ses devoirs

Avec la reconduction du gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng fin 2018, un nouveau ministère a vu le jour: celui de la Digitalisation, dirigé par le ministre délégué Marc Hansen (DP) et orienté principalement sur les processus de digitalisation de l’administration.

«La création de ce nouveau ministère montre que l’État n’a pas uniquement la mission d’élaborer un cadre réglementaire approprié, mais qu’il est aussi un acteur dans cet écosystème et qu’il doit prendre à bras le corps les défis de la digitalisation», ajoute Anne-Catherine Ries.

Le club des 9

La Commission européenne a par ailleurs publié une nouvelle version de l’indice «Desi» (The Digital Economy and Society Index), qui mesure les performances digitales des pays selon plusieurs critères. Malgré une note en hausse, le Luxembourg a cette fois été dépassé par le Royaume-Uni.

«Nous aurions évidemment souhaité progresser dans ce classement, mais nous améliorons notre score, ce qui est un signal encourageant», souligne Anne-Catherine Ries. «Le Desi nous montre surtout que nous avançons, mais que les autres pays ne dorment pas. Nous devons rester unis au sein de l’écosystème local et redoubler d’efforts. C’est uniquement par un effort collectif que nous y parviendrons.»

C’est plutôt en resserrant les liens entre les pays qui ont les mêmes ambitions que nous aurons une chance de rattraper notre retard au niveau mondial.
Anne-Catherine Ries

Anne-Catherine Ries,  directrice,  Service des médias et des communications

Plutôt que de parler de concurrence d’autres pays, Anne-Catherine Ries préfère compter sur les «D9», à savoir les neuf pays les plus avancés au niveau du Desi: la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni, le Luxembourg, l’Irlande, l’Estonie et la Belgique.

«Les D9 coordonnent davantage leurs messages pour les faire remonter aux instances européennes afin que l’Europe soit unie sur le digital et qu’elle puisse jouer son rôle par rapport à nos vrais concurrents que sont les États-Unis et la Chine», pointe Anne-Catherine Ries. «C’est plutôt en resserrant les liens entre les pays qui ont les mêmes ambitions que nous aurons une chance de rattraper notre retard au niveau mondial.»

Une dernière sur la Corniche

Cette 12e édition du barbecue sera aussi la dernière organisée à la Corniche, à l’arrière des bureaux du SMC, qui surplombe la vallée de l’Alzette.

L’an prochain, le Premier ministre Xavier Bettel , également ministre des Communications et des Médias, s’adressera aux invités quelques centaines de mètres en contrebas. À la terrasse des nouveaux locaux qu’occupera l’équipe du SMC, sur les bords de l’Alzette.

«Ce sera un autre bel endroit pour cet événement que nous ne voulons pas abandonner», assure Anne-Catherine Ries en repensant aux contacts qui se sont noués un verre à la main en cette fin du mois de juin.

Parmi les invités l’an dernier figurait notamment Nvidia, qui s’attelle désormais  à la stratégie d’intelligence artificielle du gouvernement. Ainsi que des représentants d’une certaine Revolut , qui a, récemment, annoncé son arrivée au Luxembourg.

Détail cocasse de l’histoire, les nouveaux locaux du SMC au Grund sont ceux occupés auparavant par un certain Amazon…