La consommation de données mobiles progresse et, avec elle, le «roaming out» des abonnés des opérateurs luxembourgeois, selon l’ILR. (Photo: Shutterstock)

La consommation de données mobiles progresse et, avec elle, le «roaming out» des abonnés des opérateurs luxembourgeois, selon l’ILR. (Photo: Shutterstock)

La réglementation européenne sur le roaming, initiée par Viviane Reding, tient ses promesses pour les consommateurs. La diminution des tarifs de gros du roaming a ouvert la voie à des volumes de données en hausse pour les abonnés mobiles au Luxembourg.

De 6,7 à 10 Go/mois. Entre 2020 et 2022, la consommation moyenne de données mobiles a grimpé au Luxembourg, selon l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR). Le roaming suit la tendance, avec une augmentation notable du «roaming out» des abonnés des opérateurs luxembourgeois (de 12% en 2020 à plus de 15% en 2022). Mais sur le marché de gros, le prix du gigaoctet, lui, diminue. Dans quelle mesure les consommateurs en profitent-ils?

Reposons le contexte. Depuis 2017, grâce à la régulation sur le roaming de l’UE, les citoyens bénéficient de l’itinérance gratuite pour appeler, envoyer des messages et utiliser des données mobiles à l’étranger dans l’UE sans frais supplémentaires. Merci Viviane Reding qui, en tant que Commissaire européenne à la Société de l’information et aux Médias, a joué un rôle clé dans l’abandon des surcharges d’itinérance en Europe.

Une nouvelle régulation, améliorée, est entrée en vigueur le 1er juillet 2022. Elle fixe des tarifs de gros plus bas – comprenez: le coût pour les opérateurs d’utiliser des réseaux à l’étranger pour fournir des services à leurs clients lorsqu’ils sont dans un autre pays. «Les plafonds de gros sont fixés à des niveaux garantissant que les opérateurs peuvent soutenir et récupérer le coût de fourniture de services d’itinérance aux consommateurs aux prix nationaux», selon la Commission européenne.

Autrement dit, l’UE a réglementé la baisse progressive des prix pour la revente entre opérateurs de la data, de la voix et des SMS. Cette année, nous avons atteint un nouveau palier avec une diminution du prix de gros sur la data, passant d’un plafond de 1,8€/Go en 2023 à 1,55€/Go en 2024. Une baisse qui impacte donc uniquement les coûts liés à la partie roaming.

Pour la Commission européenne, «des tarifs de gros plus bas bénéficient aux consommateurs, car ils devraient garantir que tous les opérateurs peuvent offrir des abonnements d’itinérance compétitifs conformes au principe du Roam-like-at-home». Est-ce bien le cas?

Chef du service Statistiques et Veille des marchés de l’ILR, Marc Kohll répond par l’affirmative. «Cette réglementation a favorisé un environnement où même les opérateurs les moins puissants peuvent offrir des services à des tarifs attractifs», souligne-t-il. «Il s’agit d’un marché assez concurrentiel. Le prix appliqué entre les opérateurs est bien inférieur au plafond fixé par l’UE.»

Une observation intéressante est que les opérateurs, en réaction, privilégient l’augmentation des volumes de données inclus dans leurs offres plutôt que la diminution des prix. «Cela s’explique en partie par le fait qu’augmenter les volumes de données ne coûte ‘’rien’’ aux opérateurs, tandis qu’une baisse des tarifs impacterait directement leur chiffre d’affaires», commente Marc Kohll, ajoutant que la demande pour davantage de volumes est bien réelle.

Les opérateurs réagissent

Chez Post Telecom, «la baisse du prix de gros au 1er janvier de chaque année est reflétée, conformément aux exigences réglementaires, dans le calcul du volume de données UE inclus dans les forfaits mobiles», indique le leader des communications électroniques au Luxembourg (avec une part de marché de 49,1% sur les cartes SIM actives et de 54,2% sur les communications sortantes). Et de rappeler que «toutes les offres mobiles Post (à l’exception de Scoubido Mini) incluent des volumes de données UE. À titre d’exemple, au 1er janvier 2024, le volume UE du forfait Scoubido L est passé de 48 Go à 57 Go et celui du forfait Scoubido Maxi de 88 Go à 101 Go».

D’autres opérateurs ont augmenté, eux aussi, les volumes de données inclus dans leurs packs. Proximus indique que sa marque Tango «a augmenté le volume data en Europe sur tous ses abonnements illimités» (Smart Unlimited et Smart Unlimited Extra). De son côté, Orange souligne que ses offres mobiles sont toutes Lux+UE depuis plus de deux ans: «Nous avons déjà anticipé ces changements avec des offres très compétitives en termes de data et en termes de prix. Si nous prenons par exemple BeUnlimited, le forfait mobile le plus plébiscité par nos clients, ce forfait propose l’Europe et les États-Unis en illimité depuis plus d’un an.»

Contacté par Paperjam, Luxembourg Online n’a pas répondu à notre requête. Quant à Eltrona, son cas est particulier puisqu’en tant qu’opérateur de réseau mobile virtuel, il achète des unités de data à Post, données qu’il revend ensuite à ses clients.

Les opérateurs n’en profitent «pas tant que ça»

Des coûts plus bas pour les prestataires, des prix qui ne baissent pas pour les utilisateurs: les nouvelles règles d’itinérance profitent-elles avant tout aux opérateurs? «Pas tant que ça», répond Marc Kohll de l’ILR. «Les volumes de roaming augmentent plus rapidement que les tarifs de gros ne diminuent. En même temps, l’itinérance représente moins que 20% du trafic global. Les opérateurs génèrent la majorité de leurs revenus sur le territoire luxembourgeois, par leur propre réseau. La concurrence se joue plutôt au niveau de la tarification domestique.»

Sans compter, selon le spécialiste, que même si les opérateurs bénéficient de tarifs de gros moins élevés, ils doivent également offrir ces avantages aux clients des autres pays – ce qui équilibre les gains. D’ailleurs, dans les services mobiles, le revenu moyen par utilisateur (ARPU) affiche une relative stabilité autour de 24 euros. Marc Kohll l’attribue en partie à la régulation des frais de terminaison d’appels, qui ont été réduits de manière significative. Et d’ajouter que la faible variation du nombre d’utilisateurs contribue également à cette stabilité.

Au Luxembourg, les surcharges d’itinérance généraient entre 25 et 30% des revenus.
Luc Tapella

Luc TapelladirecteurILR

Pour le directeur de l’ILR, , l’abolition des surcharges d’itinérance a représenté un défi pour les opérateurs luxembourgeois, en raison de leur forte dépendance aux revenus du roaming. «La spécificité du Luxembourg est d’avoir beaucoup de frontaliers et des habitants qui voyagent énormément. Autant de recettes, en termes de roaming, auxquelles il a fallu renoncer. Alors qu’à l’étranger, les surcharges d’itinérance généraient entre 2 et 5% des revenus, au Luxembourg, cette part oscillait entre 25 et 30%.»

Le consommateur est donc bel et bien le gagnant de l’histoire, à entendre Luc Tapella: «En comparaison d’autres marchés nationaux, les Luxembourgeois ont tendance à utiliser des abonnements plutôt chers. Parce qu’ils peuvent se les offrir, et pour ne pas prendre le risque d’un dépassement de données. Avec les nouvelles règles d’itinérance, on leur permet de recevoir davantage pour le même tarif, voire de réduire leurs dépenses en adaptant leurs abonnements à leurs besoins réels.»