ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Les propriétaires chinois «disparus»

Baccarat, cristallerie de légende, au bord du chaos



Les nouveaux propriétaires, depuis 2017, de la cristallerie de Baccarat ne remboursent plus leurs dettes liées à cette acquisition. Les créanciers s’impatientent depuis des mois. (Photo: Shutterstock)

Les nouveaux propriétaires, depuis 2017, de la cristallerie de Baccarat ne remboursent plus leurs dettes liées à cette acquisition. Les créanciers s’impatientent depuis des mois. (Photo: Shutterstock)

La légendaire cristallerie lorraine de Baccarat est au bord du chaos: en proie à des difficultés financières, ses propriétaires chinois (depuis le Luxembourg) ont «disparu» sans laisser d’adresse. Et les créanciers s’impatientent.

L’endroit est aussi sublime que méconnu: au square Jefferson, dans le 16e arrondissement parisien, un escalier monumental mène vers un restaurant dessiné par Philippe Starck. Les fauteuils en velours aux couleurs chatoyantes, mais douces, contrastent avec les mille éclats des lustres et autres pièces magistrales que Baccarat expose dans ce musée inédit.

C’est là, il y a quelques années, que Coco Chu redécouvre la cristallerie lorraine. La richissime Chinoise s’ennuyait à un défilé Chanel. Emmenée par son petit ami au 11 place des États-Unis, la jeune femme d’affaires décide de s’offrir cette maison légendaire vieille de près de trois siècles.

La première étape voit la dirigeante de Fortune Fountain Capital arriver au Luxembourg, où, en octobre 2017, elle crée une filiale, directement confiée à son fiancé, Zhen Sun, et à Alexander El-Khoury, un contrôleur financier d’Intertrust. Le deal est déjà bouclé: depuis près de six mois, les médias français annoncent qu’elle a déboursé 164 millions d’euros pour la reprendre au fonds de placement américain Starwood Capital, qui la possédait depuis près de 12 ans sans s’y être véritablement intéressé.

Riccardi file chez Moleskine

Les tourtereaux s’endettent pour redonner… du lustre à la société, dirigée par l’Italienne Daniela Riccardi, habituée des grandes maisons, de Procter & Gamble à la marque de vêtements Diesel qu’elle a également dirigée.

Seulement les affaires se gâtent. Si les diamants ne meurent jamais et le cristal n’en finit jamais de briller, les Chinois ont de plus en plus de mal à payer leurs traites. Les créanciers s’impatientent.

Malgré 95 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2018 pour un bénéfice de près de 4 millions d’euros, la direction commence à tanguer. Au point qu’en début d’année, la CEO décide de quitter le navire et embarque aussitôt pour une autre prestigieuse maison, Moleskine, dès le 1er avril .

Un nouveau capitaine pour sauver le navire

Au Luxembourg, les créanciers de Hong Kong, beaucoup plus nerveux que les créanciers japonais, obtiennent que le fiancé, Zhen Sun, soit débarqué de la société inscrite au registre du commerce au profit de FTI Director Services Limited, basée aux îles Vierges.

Et, raconte le Journal du Dimanche , en ce mardi après-midi, leur huissier insiste pour que la modification du conseil d’administration, déjà repoussée à plusieurs reprises, figure bien à l’ordre du jour de l’assemblée générale, programmée le 17 septembre. Selon le JDD, ils veulent trois postes, dont un pour Michel Rességuier, le fondateur de Prospheres et grand spécialiste du redressement de navires en perdition.

Même touchée par la crise, la cristallerie ne va pas si mal: l’année 2019 s’est achevée sur une hausse de 5,4% du chiffre d’affaires à 164 millions d’euros avec un résultat opérationnel à 9,6 millions d’euros, mais surtout son plus faible niveau d’endettement en sept ans (3,4 millions d’euros). Le doublement des ventes sur internet, au premier semestre 2020, ne suffit pas à compenser les pertes engendrées par la chute de la fréquentation des magasins. Le chiffre d’affaires du premier semestre ressort à 52,2 millions d’euros, en baisse d’un petit tiers.

Depuis le Luxembourg, où ils ont les mains plus libres, certains des créanciers avancent, dans un communiqué publié ce mardi , être victimes de plusieurs «violations contractuelles, y compris des défauts de paiement et autres anomalies depuis la fin de 2019» au sujet du financement de l’acquisition de Baccarat. 

Le JDD ajoute que non seulement les Chinois n’ont pas injecté les millions d’euros promis mais auraient même ponctionné une dizaine de millions d’euros dans les caisses de la société.