ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

les petites mains de la lutte

L’atelier d’Eva Ferranti, une aubaine pour les hôpitaux



Outre des chemises de protection, l’atelier s’est vu commander des pantalons. (Photo: Eva Ferranti)

Outre des chemises de protection, l’atelier s’est vu commander des pantalons. (Photo: Eva Ferranti)

Eva Ferranti, son atelier, son associé et ses petites mains s’activent à Bascharage pour fournir 250 uniformes par jour aux Hôpitaux Robert Schuman. Une fabrication locale de ces vêtements de protection qui représente une aubaine pour le secteur de la santé, alors que la production internationale est sous tension.

10 semaines. C’est la période durant laquelle l’atelier d’ Eva Ferranti  a prévu de travailler à une commande un peu spéciale: fournir les précieuses protections vestimentaires aux hôpitaux engagés dans la lutte contre le coronavirus. S’il est aujourd’hui question d’une stratégie de sortie progressive de crise , les prévisions médicales et ce planning nuancent les images.

«On le fait pour la bonne cause, pour la solidarité, pour le besoin du pays», résume Eva Ferranti, à la tête d’une véritable fourmilière. 10 couturières, une cadence de 250 uniformes par jour. Et bientôt le double.

Les États se démènent actuellement pour trouver masques et costumes à travers le monde. La présence de l’atelier d’Eva Ferranti, combinée à la production du Tyvek, ce matériau de protection utilisé en situation d’incendie ou médicale, par DuPont de Nemours à Contern , représente comme une combinaison magique.

Le Tyvek, matière première de ces commandes peu banales. Eva Ferranti

1 / 8

Les 1.000m2 du hall sont pleinement utilisés. Eva Ferranti

2 / 8

Les 1.000m2 du hall sont pleinement utilisés. Eva Ferranti

3 / 8

La livraison du matériel, avec l’aide des voisins. Eva Ferranti

4 / 8

10 couturières travaillent actuellement sur le site. Les effectifs devraient être doublés rapidement. Eva Ferranti

5 / 8

10 couturières travaillent actuellement sur le site. Les effectifs devraient être doublés rapidement. Eva Ferranti

6 / 8

La production est davantage industrielle qu’artisanale. Eva Ferranti

7 / 8

La production est davantage industrielle qu’artisanale. Eva Ferranti

8 / 8

Mais ce qui est apparu comme une évidence pour la couturière-entrepreneuse et son associé Paul Chambers – qui se charge de la logistique et de la coordination – ne va pas forcément de soi. Disposer du matériel nécessaire n’aurait pas été possible sans des réseaux tissés de longue date.

«On est vraiment comme en guerre, si vous n’êtes pas client au préalable, certains producteurs ne vous livrent pas. Or toutes les machines ont besoin de beaucoup de bobines», note Eva Ferranti.

Une période durant laquelle il faut savoir jouer des coudes pour trouver et acheminer les nombreuses bobines de fil et une machine pour des coutures en thermosoudure, par exemple. Cette dernière a été dénichée en Italie et acheminée avec la collaboration de Cargolux.

Recherche: doigts de fée

Autre gageur: trouver le précieux personnel pour compléter une équipe de base de sept personnes. «Nous sommes sans cesse à la recherche de matériel et de personnel. J’ai voulu engager des personnes inscrites à l’Adem, qui n’a pas pu répondre à ma demande, je n’ai trouvé personne sur le site GovJobs.lu. Je me suis donc adressée à des couturières indépendantes via mes propres recherches. C’est aussi une manière de soutenir les indépendants grâce à une petite rentrée d’argent.»

Toutes les couturières ont été dépistées, elles bénéficient des 1.000m2 du hall pour respecter les distances et gestes barrières, disposent du matériel pour se désinfecter et prennent leurs pauses de manière échelonnée.

Après les premières commandes de chemisettes de protection, que le personnel médical change régulièrement et qui peuvent s’arracher, est venue s’ajouter la demande pour des pantalons. Il en fallait plus pour décourager toute l’équipe d’ouvrir une nouvelle chaîne de production.

«C’est un travail industrialisé, on met de côté l’artisanat, notre objectif est de produire, produire, produire», ajoute Eva Ferranti. Un projet qui sera soutenu financièrement par la Fondation des Hôpitaux Robert Schuman et la récente Fondation Covid-19 hébergée par la Fondation de Luxembourg.

«Nous ne vendons pas les habits, nous travaillons à livre ouvert, ce qui veut dire que les hôpitaux paient les coûts fixes des salariés et le matériel, nous ne sommes pas là pour faire de bénéfice, mais pour soutenir les hôpitaux.»

Des amis indépendants m’ont dit qu’ils ne pourront pas tenir 10 semaines.
Eva Ferranti

Eva Ferranti

Alors que le planning est prévu pour 10 semaines, l’entrepreneuse – qui se souvient avec amertume qu’en d’autres temps, la police et l’armée avaient quitté sa clientèle – pense aussi aux nombreux indépendants dans la difficulté en cette période de crise.

«Je ne suis plus indépendante, je l’ai été de nombreuses années et je remarque qu’on ne se préoccupe pas du problème de l’indépendant qui doit payer son loyer, ses salaires, ses charges sociales. Je peux vous dire que des amis indépendants m’ont dit qu’ils ne pourront pas tenir 10 semaines. Si le gouvernement ne pense pas à un parachute immédiat pour les indépendants, ils seront nombreux à mettre la clé sous la porte.»

Au-delà de son action actuelle, c’est toute l’histoire de l’atelier et de l’entreprise, dont Eva Ferranti avait envisagé la fermeture en raison d’importants soucis de santé suite à un accident, qui est mise en lumière: «C’est grâce aux clients qui n’ont pas voulu que l’artisanat meure et qui ont choisi de créer une société coopérative à 60 , qui sont devenus propriétaires de l’atelier et de la boutique en ville, que l’aventure continue.»

Le beau chapitre qui s’écrit actuellement pourrait se composer avec le CHL, qui s’est aussi montré intéressé par les productions de l’atelier.

En pleine discussion sur l’usage de masques au quotidien , deux associations se sont aussi rapprochées d’Eva Ferranti qui, avec son équipe, leur coupe la marchandise et fournissent le kit. Ou comment partager un savoir-faire pour faire gagner la vie.