POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

escroquerie à Wiltz

L’«Arsène Lupin» hollandais attendu à la barre



Le gentleman cambrioleur est attendu à la barre, cet après-midi, dans le cadre d’une arnaque à plus de 277.000 euros contre Boissons Heintz et avec laquelle il dit ne rien avoir à faire. (Source: Vlog de M. Olivier)

Le gentleman cambrioleur est attendu à la barre, cet après-midi, dans le cadre d’une arnaque à plus de 277.000 euros contre Boissons Heintz et avec laquelle il dit ne rien avoir à faire. (Source: Vlog de M. Olivier)

Ari Olivier, l’«Arsène Lupin» hollandais qui jouit aux Pays-Bas d’une extraordinaire cote de popularité, est attendu à la barre, aujourd’hui au Luxembourg, comme quatre autres proches, dans le cadre d’une arnaque portant sur 277.300 euros au détriment de Boissons Heintz.

À Nieuw-Vennep, entre Amsterdam et Leiden, dans la maison mitoyenne où il vit depuis 2002 avec sa sixième épouse, Goshia, une Polonaise de 18 ans sa cadette, Ari Olivier coule des jours «heureux».

À 81 ans, qu’il a eus cet été, le vénérable vieillard conserve un goût très sûr pour les bolides, surtout italiens – sans dédaigner Bentley –, pour les montres de luxe et les costumes sur mesure. Mais promis, «Sir Olivier», comme les Néerlandais le surnommaient du temps de sa splendeur dans les années 1970-1980, s’est rangé. 

Déjà emprisonné en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en France, le Néerlandais contemple les œuvres d’art accrochées dans son salon, prépare une chanson avec une ex-gloire de la téléréalité, elle-même âgée de 77 ans, et, histoire de briller encore un peu, s’amuse parfois à alimenter son vlog  – un blog vidéo – avec ses réflexions ou ses passe-temps, comme l’art.

Escape game, talk-show et… pratiques frauduleuses

«J’aurais voulu étudier l’art à Leiden… mais j’ai étudié le droit», disait-il, il y a quelques années, à des journalistes toujours prêts à lui tendre le micro, «jusqu’à ce que Frits Korthals Altes m’interrompe!» Le ministre néerlandais de la Justice ne s’est probablement pas occupé personnellement du cas de Sir Olivier, mais l’homme au crâne aussi largement dégarni que toujours soigné, comme ses lunettes dorées, ses mains et ses tenues, préfère raconter l’histoire comme ça. Sa première peine l’emmènera deux ans derrière les barreaux de la prison de Bijlmerbajes (1982-1983), une cellule dans laquelle on pouvait encore, jusqu’à peu, jouer à un escape game plus vrai que nature , tandis que des promoteurs se disputaient le bout de terrain, indifférents à la légende.

Un deuxième emprisonnement a mis fin à sa carrière à la télévision: la justice allemande l’arrête à Francfort, mi-avril 1997, en train d’écouler des faux dollars dans une opération rocambolesque alors qu’il venait d’animer les trois premiers numéros d’un talk-show sur Veronica… sur les pratiques frauduleuses.

Plus c’est gros, plus ça passe. Élevé avec sa sœur par ses grands-parents tandis que ses parents étaient partis fréquenter la richissime diaspora néerlandaise aux Indes, l’adolescent y va quelques années et revient les poches pleines d’argent. L’homme encaisse des fortunes, raconte-t-il lui-même, en guise de paiement de pipelines, de navires ou même de récoltes de coton sans jamais livrer le début de quoi que ce soit. Sur le tard, on le dit même spécialisé dans «la cueillette des veuves», prêtes à lui donner leur fortune, le cœur sur la main, pour qu’il mette à exécution ses envies de grandeur.

Le mystérieux Jacques Muller

Être rappelé à Luxembourg, par la justice luxembourgeoise, est presque honteux pour cet esthète: il est soupçonné d’être ce «Jacques Muller» qui a détourné près de 300.000 euros à Boissons Heintz, en 2015.

Ce jour-là, ce Jacques Muller appelle Coca-Cola et se fait passer pour un auditeur externe et récupère à la fois le numéro de client et le montant des factures que la société d’Hosingen lui doit, avant d’appeler Heintz et de prier le comptable de s’acquitter des deux factures (23.310 euros et 253.000 euros) auprès d’une nouvelle holding aux Pays-Bas.

Le double virement a lieu. Depuis une chambre d’hôtel ApolloFirst à Amsterdam, l’argent est viré sur une ribambelle de comptes, surtout en Chine. Et personne, pas plus M. Olivier que les quatre autres accusés, n’avoue avoir quoi que ce soit à voir avec cette séquence.

Ari Olivier, Rudolf Van Groenigen et son fils Milan finissent par être extradés au Luxembourg et sont incarcérés à Schrassig. Mais la justice ne peut rien prouver d’autre qu’effectivement, cet argent est bien passé et a bien été utilisé depuis le compte de la société de M. Van Groenigen senior. Jusqu’ici, il est le seul des cinq personnes visées par la justice luxembourgeoise à écoper d’une peine: un an de prison avec sursis, sous le régime du sursis probatoire de trois ans et 27.000 euros à payer en un an au pénal, ainsi que le remboursement des 273.310 euros au pénal, plus les intérêts.

Ari Olivier, lui, dit ne rien avoir à faire avec cette histoire… alors même qu’il racontait aux Pays-Bas comment fonctionnait cette arnaque, dont les dégâts se monteraient au total à plus de 20 millions d’euros, selon l’organisme en charge de la répression des fraudes. «Je n’ai jamais volé d’argent à des gens honnêtes», confessait-il, il y a 20 ans, à «The zwarte Schaap» – «le mouton noir» –, émission polémique dans laquelle un invité était convié à affronter ses détracteurs.