POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

en attente d’une stratégie de sortie de crise

Appel à une «reprise contrôlée et gérée»



Marc Wagener suggère une reprise contrôlée afin d’assurer la pérennité d’une économie déjà grevée par trois semaines de marche dégradée. (Photo: Matic Zorman / archives Maison Moderne)

Marc Wagener suggère une reprise contrôlée afin d’assurer la pérennité d’une économie déjà grevée par trois semaines de marche dégradée. (Photo: Matic Zorman / archives Maison Moderne)

Dans un article de blog, le COO et chef économiste de la Chambre de commerce, Marc Wagener, souligne les conséquences de la crise du Covid-19 sur l’économie et appelle à penser une stratégie de sortie de crise afin de limiter les dégâts.

Alors que le gouvernement réfléchit en coulisse à une stratégie de sortie de crise , l’économiste en chef de la Chambre de commerce met en exergue la nécessité absolue d’offrir à l’économie luxembourgeoise de l’air, ou du moins une lumière au bout du tunnel,  dans un article  publié sur le blog de la Fondation Idea. 

«Il existe un lien très étroit entre la préservation du tissu et des structures économiques et la capacité de rebond de l’économie post-confinement», rappelle déjà M. Wagener . «Ceci particulièrement pour les microentreprises, les activités d’indépendants et les PME, qui sont les structures souvent les plus vulnérables, et dont la capacité de résilience et les liquidités ne permettent souvent pas de ‘temporiser’ et d’attendre la fin des mesures restrictives.» Une réalité rappelée encore mardi par la Chambre des métiers, au chevet d’un artisanat en manque d’air.

Si la gestion de l’épidémie impose de prolonger les mesures de confinement, l’économie appelle déjà à l’aide. «La durée des limitations, voire des interdictions, a notamment une incidence très significative sur la préservation (ou, a contrario, la destruction) des structures économiques et entrepreneuriales en place, et donc, en fin de compte, des moyens de subsistance des entrepreneurs et des travailleurs», souligne M. Wagener.

Vers un PIB en baisse de 5% en 2020

Cela se manifestera, d’après une première simulation de la Chambre de commerce et de la Fondation Idea, par un sérieux «trou d’air»: «en cas de maintien des restrictions actuelles jusqu’à la fin du mois d’avril, le PIB pourrait chuter de l’ordre de 5% en 2020», dans un scénario de reprise en V, plutôt qu’en U – c’est-à-dire un net rebond de l’activité, et non une reprise lente et timorée.

La facture après un PIB en baisse de 5% en 2020, puis en rebond de 5% en 2021: 3 milliards d’euros de richesses non produites, mais aussi un coup de massue pour les finances publiques, entre la perte de recettes fiscales et de cotisations sociales, la hausse des indemnités de chômage et des transferts sociaux, et le coût des aides directes aux entreprises.

La situation serait encore plus préoccupante si les restrictions étaient reconduites au mois de mai, avec une récession de plus de 10% en 2020 et une reprise de 5% en 2021, avec, à la clé, un déficit public de 7% en 2020 et de 3% en 2021, selon M. Wagener.

S’il paraît évident que les restrictions et les mesures de confinement ne peuvent ainsi être levées trop précocement pour éviter un stress insupportable sur le système de santé et des risques sanitaires incontrôlables, il est néanmoins indispensable de considérer dès maintenant une reprise contrôlée et gérée, basée sur les risques, de l’activité économique.
Marc Wagener

Marc Wagener,  COO et chef économiste,  Chambre de commerce

«S’il paraît évident que les restrictions et les mesures de confinement ne peuvent ainsi être levées trop précocement pour éviter un stress insupportable sur le système de santé et des risques sanitaires incontrôlables, il est néanmoins indispensable de considérer dès maintenant une reprise contrôlée et gérée, basée sur les risques, de l’activité économique (‘exit strategy’); sans nécessairement lier ‘la date’ ou ‘les dates’ de ces activités à la reprise pressentie des activités dans l’enseignement», estime l’économiste, brandissant la menace d’une «très longue récession, un chômage de masse, une dégradation irrémédiable des finances publiques, une déprime durable des activités d’investissement et de consommation des agents économiques, un effritement de la cohésion sociale et une fonte des moyens d’action pour investir et préparer l’avenir du pays, maintenir à flot notre système inégalé de protection sociale, y compris notre système universel de soins de santé».

Il est évident, pour l’économiste, qu’«un programme de sortie de crise s’impose, en outre, pour redonner la confiance et l’espoir et pour fédérer les efforts des entreprises, des secteurs, des corps intermédiaires et des autorités publiques autour d’une vision d’avenir positive». Étant entendu qu’il peut prévoir une reprise progressive des activités, que ce soit dans la construction ou le commerce.

Les secteurs ayant moins de possibilités matérielles de recourir au télétravail pourraient être considérés comme prioritaires à ceux qui peuvent y recourir.
Marc Wagener

Marc Wagener,  COO et chef économiste,  Chambre de commerce

«Les secteurs ayant moins de possibilités matérielles de recourir au télétravail pourraient être considérés comme prioritaires à ceux qui peuvent y recourir. Le secteur de l’horeca est un très bon exemple, où le présentiel l’emporte et où de simples précautions (comme une limitation des places en salle) peuvent permettre de reprendre doucement l’activité. Le tout, bien évidemment, en diffusant autant que cela puisse se faire les ‘bons gestes’ d’hygiène et de sécurité et de santé au travail à travers les Chambres et fédérations professionnelles et les autorités compétentes, comme l’ITM ou l’AAA.»

Les préoccupations sanitaires n’obèrent donc pas la sauvegarde d’un tissu économique forcément vital et l’entrée dans une nouvelle ère. «Le ‘blueprint’ du modèle socio-économique futur, avec le bien-être et la croissance qualitative en son centre, existe d’ores et déjà», rappelle M. Wagener. «Ce nouveau logiciel pour l’économie luxembourgeoise, couplé à notre expérience de la gestion de la crise autour du Covid-19 (qui comporte fort heureusement aussi des volets positifs, comme par exemple la modernisation à grande échelle des méthodes de travail et le grand élan de digitalisation des processus de travail et des canaux de distribution) et notre culture du consensus, nous permettra de sortir la tête haute de ce défi sans précédent.»