POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

OTAN

Un anniversaire sous tension



La photo de famille ne masque pas les profonds différends qui étrillent l’Alliance Atlantique. (Photo: Pool/Yui Mok)

La photo de famille ne masque pas les profonds différends qui étrillent l’Alliance Atlantique. (Photo: Pool/Yui Mok)

La cérémonie marquant les 70 ans de l’Alliance Atlantique est déjà entachée par l’affichage des tensions entre ses membres, notamment les présidents français et américain.

La rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump mardi a balayé les infimes espoirs d’une unité de façade à la veille des célébrations autour du 70e anniversaire de l’Otan.

Le président américain n’a pas manqué de revenir sur les propos tenus par son homologue français dans l’hebdomadaire britannique The Economist à la mi-novembre. M. Macron avait qualifié l’Otan d’organisation en état de «mort cérébrale» .

Donald Trump a d’abord annoncé la couleur sur Twitter, jugeant la formule «très insultante» et «très très désagréable vis-à-vis des 28 pays» membres de l’Alliance. Il s’est attaché à rappeler que la critique émane d’un pays qui a «un taux de chômage très élevé» et qui «ne va pas du tout bien économiquement». «Personne n’a plus besoin de l’Otan que la France», «c’est une déclaration très dangereuse en ce qui les concerne», a encore estimé le président américain.

Quand on parle de l’Otan, il ne s’agit pas que d’argent.

Emmanuel Macron,  président de la République française

Le président américain s’est d’ailleurs positionné en sauveur de l’Alliance. «Nous avons augmenté les chiffres que paient les autres pays de 130 milliards de dollars. [Le budget de l’Alliance] avait baissé pendant près de 20 ans. Si vous regardez un graphique, c’était comme une montagne russe, rien de plus. Et cela durait depuis longtemps. Il n’y aurait plus eu d’Otan si cela avait continué ainsi», a assuré le locataire de la Maison Blanche à l’occasion d’une rencontre avec son secrétaire général, Jens Stoltenberg. «Je ne pense franchement pas qu’avant nous [elle] était en train de changer, alors qu’elle est vraiment en train de le faire.»

À l’issue de la rencontre bilatérale entre les présidents français et américain, M. Macron a indiqué qu’il «maint[enait]» ses propos même s’«ils ont un peu secoué». Et recadré le débat financier.

«Quand on parle de l’Otan, il ne s’agit pas que d’argent», a-t-il insisté. «Nous devons être respectueux de nos soldats. Le premier fardeau que nous partageons, le premier coût que nous payons, c’est leur vie», a poursuivi M. Macron. «Nous avons aujourd’hui des clarifications à apporter concernant la stratégie. (…) Il est impossible de dire: nous devons investir de l’argent, nous devons affecter des soldats. Nous devons définir clairement les principes fondamentaux de ce que devrait être l’Otan. Et ce n’est pas le cas aujourd’hui. Qu’en est-il de la paix en Europe? Je veux des éclaircissements à ce sujet.»

Voudriez-vous de charmants combattants de l’EI? Je peux vous les donner.

Donald Trump,  président des États-Unis d’Amérique

Il a également été question de l’attitude de la Turquie «en train de combattre ceux qui se sont battus avec nous» contre l’organisation État islamique, dans une allusion à l’offensive militaire lancée en octobre par Ankara dans le nord-est de la Syrie contre les milices kurdes alliées aux États-Unis, et à laquelle Washington ne s’est pas opposé. Le président Trump n’a pas réagi à cette tirade, mais a dégainé un peu plus tard.

«Nous avons [dans des centres de détention situés dans le nord-est de la Syrie] un nombre considérable de combattants capturés, (…) beaucoup viennent de France, beaucoup d’Allemagne, beaucoup d’Angleterre. Ils viennent principalement d’Europe. (…) Je n’en ai pas parlé au président à ce sujet. Voudriez-vous de charmants combattants de l’EI? Je peux vous les donner. Vous pouvez les prendre – vous pouvez prendre tous ceux que vous pourrez». Une plaisanterie à laquelle le président français n’a pas goûté. «Soyons sérieux», a -t-il rétorqué.

Une position soutenue par le ministre luxembourgeois de la Défense François Bausch (Déi Gréng), s’exprimant devant la Chambre des députés mardi. Les différends entre alliés de l’Otan sont «aussi vieux que l’Alliance elle-même», a-t-il souligné, tout en affirmant que les membres de l’Otan se doivent «la plus grande franchise lorsque nous examinons les conséquences de l’action ou de l’inaction d’un allié qui touchent directement aux valeurs et aux intérêts de sécurité de notre Alliance».

Le Luxembourg appuie également les initiatives allemande et française en faveur de la constitution d’un groupe stratégique devant mener une réflexion sur les objectifs de l’Otan.