POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

rétrospective

L’année 2019 de Jean-Claude Juncker



Fin novembre, Jean-Claude Juncker se prête au jeu d’une dernière conférence de presse en tant que président de la Commission européenne. (Photo: Commission européenne)

Fin novembre, Jean-Claude Juncker se prête au jeu d’une dernière conférence de presse en tant que président de la Commission européenne. (Photo: Commission européenne)

En 2019, Jean-Claude Juncker a connu son 147e et dernier Conseil européen en tant que président de la Commission européenne, trois reports du Brexit et un nouvel accord, mais aussi deux hospitalisations et d’innombrables bons mots.

2019 aura été une année toute particulière pour  Jean-Claude Juncker : celle d’âpres négociations pour trouver un accord sur le Brexit, mais aussi celle de la fin de son mandat, et de ses 65 ans, qu’il a fêtés le 9 décembre.

Négociations du Brexit

Jean-Claude Juncker, aux côtés de Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit, et de Donald Tusk, président du Conseil européen, a assisté à de nombreux débats autour du Brexit.

En janvier, alors que  Theresa May soumet une nouvelle proposition  aux États membres de l’UE, elle reçoit une fin de non-recevoir de Jean-Claude Juncker et Michel Barnier, qui estiment que seul l’accord validé en novembre 2018 est valable.

Mi-mars, Theresa May  obtient cependant de la part de Jean-Claude Juncker  que des changements concernant le «backstop» (un «filet de sécurité», qui vise à laisser ouverte la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord pour les biens comme pour les personnes) soient intégrés à l’accord de Brexit.

Avec le tout nouveau Premier ministre britannique, Boris Johnson, Jean-Claude Juncker ne transige pas plus, et lui rappelle que «l’accord passé était le meilleur et le seul possible» dès  leur premier échange téléphonique en juillet .

Les deux hommes se sont ensuite vus mi-septembre  au Luxembourg, sans qu’ils parviennent à s’accorder sur la question du «backstop».

Jean-Claude Juncker quitte finalement son poste sur un nouvel accord, trouvé le 17 octobre, qu’il a annoncé lors d’une conférence de presse conjointe avec Boris Johnson.

Passation de pouvoir

Au poste de président de la Commission européenne depuis le 1er novembre 2014, Jean-Claude Juncker a officiellement  passé la main à Ursula von der Leyen  le 1er décembre 2019.

Fin novembre, il se prête au jeu d’une dernière conférence de presse en tant que président de la Commission européenne. Il y a livré de nombreux bons mots et anecdotes, avant de terminer sur un mémorable: «J’ai faim!».

Au moment de faire le bilan lors d’une  dernière apparition en séance plénière  à Strasbourg, Jean-Claude Juncker est d’abord revenu sur ses liens avec Donald Tusk. «Nous étions des frères jumeaux. Mais même des frères jumeaux peuvent avoir des désaccords. Mais nous avons eu l’intelligence de les cacher. Je veux le remercier pour une complicité sans faille et une amitié qui restera», a-t-il déclaré.

Avant d’évoquer les grandes problématiques abordées pendant son mandat: la baisse du nombre de législations, le plan Juncker et ses 432 milliards d’euros d’investissements, la directive sur le détachement des travailleurs, le sauvetage de la Grèce, ou encore les 15 accords commerciaux conclus.

«Je resterai fier jusqu’à la fin de ma vie d’avoir pu servir l’Europe», a-t-il déclaré lors de ses  deux derniers jours de Conseil européen , après en avoir vécu près de 150.

Jean-Claude Juncker ne sera donc plus président de la Commission européenne, mais il pourra y  conserver un bureau , au huitième étage – contre le treizième étage pour le président et les commissaires –, et ce pendant une durée de cinq ans. Il pourra aussi profiter d’un secrétariat et d’un chauffeur, ou de quelqu’un à sa disposition quand il en a besoin.

Problèmes de santé

En août, Jean-Claude Juncker avait dû rentrer  en urgence de ses vacances en Autriche pour subir une ablation de la vésicule biliaire. Une opération qui l’a empêché d’assister à la réunion du G7 fin août à Biarritz.

Le 11 novembre, il a été  opéré d’un anévrisme , ce qui a par ailleurs entraîné le report du  procès de l’affaire du Srel .

Deux anecdotes en vidéo

Lors de sa  dernière conférence de presse  en tant que président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a révélé une anecdote savoureuse, qui s’est déroulée en 1997. «Je devais voir Jacques Delors chez lui. Mais je me rends compte que mon hôtel n’est pas proche de son domicile. Je décide donc de changer d’hôtel. Personne n’est au courant de cela. Vers 3h du matin, le téléphone sonne dans la chambre et c’est Bill Clinton qui veut m’évoquer un problème entre Airbus et Boeing. Je me suis demandé comment il savait où j’étais. Au matin, je rencontre Jacques Chirac, qui me prend par le bras et me dit: ‘Tu sais, la manière dont tu as parlé à Clinton cette nuit, c’est exactement comme cela que les Européens doivent faire.’»

Et lors d’une  conférence de presse commune  avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson, il a joué des coudes pour se faire entendre des journalistes:

Ses meilleures «punchlines» de l’année

En février, en pleine conférence de presse , il répond à sa femme qui l’appelle au téléphone: «It was the usual suspect … my wife».

Dans une interview à Paperjam en mai , il revient sur les dérives politiques en Europe: «Si vous courez après les populistes, vous finirez par devenir populiste».

Sur Sky News le jeudi 19 septembre , il se dit disposé à abandonner la clause du «backstop» pour obtenir un accord sur le Brexit: «Je n’ai pas une relation érotique au ‘backstop’».

Dans une interview à L’Echo en septembre , il constate un changement des mentalités à la côte belge et regrette la fragmentation du pays: «La Belgique est un État, mais les communautés se considèrent être des nations – je veux parler de la Flandre».

En octobre, devant le Parlement européen , Jean-Claude Juncker fait le bilan des débats sur le Brexit pendant les conseils européens: «C’était une perte de temps et une perte d’énergie.»

Toujours lors de son bilan devant le Parlement européen, il revenait, avec un brin d’amertume, sur le plan Juncker: «Au début, alors qu’on pensait que ce plan resterait un échec, des propos en l’air, on parlait du plan Juncker. Maintenant que c’est un succès, on parle du fonds européen des investissements stratégiques. Ainsi va l’Histoire».