Le photographe David Schalliol a photographié le territoire d’Alzette-Belval, comme ici à la piscine de Micheville et Audun-le-Tiche. (Photo: David Schalliol)

Le photographe David Schalliol a photographié le territoire d’Alzette-Belval, comme ici à la piscine de Micheville et Audun-le-Tiche. (Photo: David Schalliol)

Comment la recherche en géographie peut-elle s’enrichir d’expériences sensibles menées par les artistes? Telle est la question que se sont posée un groupe de chercheurs de l’Université du Luxembourg et des artistes autour de l’espace transfrontalier Alzette-Belval. Une expérience multidisciplinaire qui aide à mieux comprendre et saisir l’attachement à ce territoire.

Estelle Evrard est chercheuse en géographie à l’Université du Luxembourg. Depuis près d’une quinzaine d’années, elle travaille sur l’espace transfrontalier Alzette-Belval et en particulier sur les questions de coopération institutionnelle. Elle a vu dans l’année culturelle une opportunité de construire des méthodes de recherche participative, mêlant la recherche scientifique et les interventions artistiques, pour mener une réflexion sur le devenir de ce territoire et l’occupation de l’espace public.

Pour cela, un collectif de chercheurs en géographie s’est constitué autour d’elle et a travaillé avec une dramaturge (Monika Dobrowlanska), un photographe (David Schalliol), et un artiste sonore (François Martig). Ensemble, ils sont allés de différentes manières à la rencontre des habitants de la région transfrontalière Belval Alzette pour tenter de comprendre quel est leur attachement à ce territoire et ce qui motive les habitants à s’engager pour lui ou non. Cela a abouti au développement du projet .

«La Grande Région est un laboratoire intéressant et nous avons voulu mieux comprendre comment les habitants vivent cet espace», explique Estelle Evrard. «Le développement économique du Luxembourg est tel qu’il joue un rôle d’attraction très important, mais la frontière reste un marqueur d’inégalité territoriale. Nous nous sommes donc demandé ce qui, finalement, crée de l’attachement pour ces personnes qui viennent du monde entier pour travailler ici, mais aussi pour ces familles qui sont ici depuis plus longtemps?»

Du terrain et de la création

Pour tenter de répondre à ces questions, les chercheurs sont allés à la rencontre de la population. Par des enquêtes menées à l’occasion de rencontres spontanées dans la rue, via des «Agora Cafés», ou programmées avec l’aide d’associations ou encore à travers leurs propres réseaux (ce qui a abouti, par exemple, à des ateliers d’écriture avec des seniors), les universitaires ont récolté une importante somme de données qu’ils ont consignées et ont commencé à analyser selon un protocole de recherche.

«En parallèle de ces entretiens, nous avons fait appel au photographe David Schalliol, qui est également sociologue, pour qu’il photographie la région et ses habitants», explique Estelle Evrard. Son travail est présenté dans . Par ailleurs, François Martig a réalisé  à partir de paroles recueillies et Monika Dobrowlanska a écrit une », dont les représentations sont programmées les 29, 30 et 31 juillet à la Maison des Arts et des Étudiants à Belval. «Ces trois interprétations différentes du territoire viennent apporter un autre regard et mettent en perspective la recherche universitaire. Cette collaboration est enthousiasmante et enrichissante pour nous en tant que chercheurs. Mais il faut aussi que nous prenions du recul pour comprendre les limites de la démarche.»

Suite à cela, le collectif souhaite réaliser une publication qui permettra d’expliciter l’intérêt de cet échange interdisciplinaire et de creuser cette interface entre art et recherche.

Estelle Evrard a aussi été en contact avec des aménageurs du territoire qui se sont montrés intéressés par leurs recherches et poursuit la discussion avec eux. «Tous ces éléments permettent de participer à la justice spatiale, c’est-à-dire à donner l’opportunité aux habitants de s’exprimer sur la manière dont ils vivent un territoire et que leur opinion soit prise en compte dans les choix des aménagements de l’espace public», conclut la chercheuse.