PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Place incontournable

L’Alfi avance ses atouts



Pour Camille Thommes, moins que sur de nouveaux outils, c’est sur le développement des bonnes pratiques en matière de gouvernance et sur la gamme des services que les efforts doivent porter pour le moment. (Photo: Maison Moderne/Matic Zorman)

Pour Camille Thommes, moins que sur de nouveaux outils, c’est sur le développement des bonnes pratiques en matière de gouvernance et sur la gamme des services que les efforts doivent porter pour le moment. (Photo: Maison Moderne/Matic Zorman)

Forte d’un environ­nement politique et social stable, d’une expérience accu­mulée en matière financière et d’une boîte à outils dédiée, la Place est devenue incontournable dans le paysage du private equity. Et elle entend bien le rester, en continuant à innover.

Bien sûr, il y a les éléments traditionnels de ­l’attractivité luxembourgeoise: la stabilité ­politique et financière (le triple A), la culture de la recherche du consensus sur les questions essentielles, ­l’attitude «pro-business» des gouvernements successifs et la force d’un secteur bancaire et financier bien installé. Mais aussi le passeport unique qui permet aux professionnels de ­commercialiser leurs produits auprès des ­investisseurs professionnels dans l’ensemble de l’Union européenne, voire au-delà.

Et puis, surtout, il y a la boîte à outils: une panoplie d’instruments modernes répondant aux besoins des professionnels.

Si, au tout début, c’était la holding qui ­servait à gérer et à structurer ses participations, elle a cédé la place, au début des années 2000, à toute une série d’instruments plus ciblés et adaptés aux besoins spécifiques du secteur. Le premier a été la sicar (société d’investissement en capital à risque), créée par la loi du 15 juin 2004. Cet outil se voulait un facilitateur pour les levées de fonds destinées au capital-risque. Il remplissait un vide entre les fonds Ucits, réglementés et ouverts au grand public, et les fonds non réglementés. Le deuxième acte s’est joué le 13 février 2007, avec l’adoption de la loi créant le FIS (fonds d’inves­tissement spécialisé), une forme juridique réglementée destinée aux fonds alternatifs. On peut y voir une anticipation de la ­directive AIFM (Alternative Investment Fund ­Managers) sur les fonds alternatifs, dont on commençait à parler sérieusement du côté de Bruxelles.

Cette directive verra le jour le 8 juin 2011 et sera transposée en droit luxembourgeois par la loi du 12 juillet 2013. Et donnera naissance à la société en commandite spéciale (SCSp), l’adaptation du partnership anglo-saxon. Un ­instrument réputé pour sa souplesse.

La dernière pierre à l’édifice fut apportée par la loi du 23 juillet 2016, avec la création du Raif (fonds d’investissement alternatif réservé). Une synthèse combinant les caractéristiques et la flexibilité de structuration des FIS et des sicar, sans avoir besoin d’un agrément de la CSSF. Étant entendu que c’est le gestionnaire qui doit être agrémenté, et non le véhicule, dans le schéma de la directive AIFM. C’est avec ­l’arrivée du Raif que l’on peut dater le début de la croissance exponentielle du secteur.

En attendant la réforme de la directive AIFM

Désormais, rappelle Camille Thommes , le directeur général de l’Alfi, 15 à 18% de l’ensemble des actifs des fonds de la Place – soit 5.050 milliards d’euros – se trouvent dans les classes d’actifs alternatives: le private equity, mais aussi les fonds immobiliers, d’infrastructures et de dette privée. «Le Luxembourg était traditionnellement une Place pour des fonds Ucits. Avec l’arrivée de l’AIFMD, directive dont nous avons été les pionniers pour ce qui est de sa mise en œuvre, la Place a su profiter de son expérience accumulée dans le monde des fonds d’investissement pour se doter de l’ambition de faire de ce segment des produits alternatifs son deuxième pilier de croissance. Et on a constaté que ces actifs ont connu un intérêt croissant auprès de la clientèle institutionnelle et privée qualifiée à la recherche d’un rendement ou de classes d’actifs générant un rendement attrayant. Avec, pour conséquence, un boom du secteur du private equity au niveau mondial. Fin 2020, l’encours total en matière d’investissements de private equity s’élève à environ 5.100 milliards de dollars. Compte tenu de l’environnement actuel et de l’intérêt de la clientèle, on estime que cet encours total pourrait presque atteindre 9.000 milliards de dollars d’ici 2025. Donc, c’est un secteur qui est en très fort développement, et dans lequel le Luxembourg et notre industrie essaient de prendre une part de marché importante.»

La boîte à outils va-t-elle encore s’étoffer?

Pour Camille Thommes, moins que sur de nouveaux outils, c’est sur le développement des bonnes pratiques en matière de gouvernance et sur la gamme des services que les efforts doivent porter pour le moment, ainsi que sur l’implémentation des dernières mesures fiscales internationales et européennes, comme Atad 1 et Atad 2. La question du développement des talents est également jugée comme cruciale. L’Alfi travaille au développement d’une offre de formation pour les personnels de back et de middle-office, qui prendra la forme d’un master orienté sur les activités de private equity et de real estate. «L’amélioration est un processus permanent.»

Le prochain chantier de l’Alfi, c’est la réforme en cours de la directive AIFM. Si l’on n’en est encore qu’au stade de la consultation, l’association se dit très attentive à tous les développements susceptibles de toucher la Place. Et tout particulièrement à la question du cadre de la délégation de certaines activités. Une question sensible. Et ce, d’autant plus avec le Brexit. Maintenant que le Royaume-Uni – un acteur incontournable dans le private equity – est devenu un pays tiers, quid de la délégation d’activités outre-Manche? Camille Thommes pense tout particulièrement aux activités de gestion. Et quid, également, de la question de la distribution des produits luxembourgeois en Grande-Bretagne? «Les activités financières n’étaient pas le sujet au moment des négociations sur le divorce», regrette le directeur ­général de l’Alfi, qui appelle à aller désormais de l’avant et à voir quels cadres de travail instaurer avec Londres.

Cet article a été rédigé pour l’édition magazine de  Paperjam datée d’avril  qui est parue le 24 mars 2021.

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