POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Syndicats bancaires

L’ALEBA perd la représentativité sectorielle



Dan Kersch se défend d’avoir fait spontanément droit aux demandes de l’OGBL et du LCGB contre l’ALEBA. Il n’a fait que se conformer à une législation qui ne lui laissait pas la possibilité de faire un choix d’opportunité. (Photo: Archives Maison Moderne/Anthony Dehez)

Dan Kersch se défend d’avoir fait spontanément droit aux demandes de l’OGBL et du LCGB contre l’ALEBA. Il n’a fait que se conformer à une législation qui ne lui laissait pas la possibilité de faire un choix d’opportunité. (Photo: Archives Maison Moderne/Anthony Dehez)

La décision était redoutée: elle est tombée ce vendredi. Dan Kersch (LSAP), sous sa casquette de ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire, a retiré à l’ALEBA sa représentativité sectorielle à la demande des syndicats OGBL et LCGB.

Une décision qui indigne du côté de l’ALEBA (Association luxembourgeoise des employés de banque et assurance).  Laurent Mertz , le secrétaire général de l’ALEBA, parle d’un «triste jour pour la liberté syndicale au Grand-Duché de Luxembourg. «La représentativité, nous l’avons de facto, tous les jours, grâce à nos actions dans les entreprises et au sein de la Chambre des salariés», insiste-t-il. Et il fulmine contre des «syndicats nationaux qui nous ont courtisés pour qu’on les rejoigne. Ce que nous avons toujours refusé pour préserver notre indépendance. Une indépendance que nous jugeons indispensable à tout bon travail syndical. Ils n’ont pas pu nous avoir de cette façon, ils ont essayé la manière forte et la contrainte.» Et d’enfoncer le clou: «L’OGBL veut un syndicat unique. Pourquoi pas? Mais nous, nous refuserons toujours la pensée unique.»

L’ALEBA conteste

Quelles seront les conséquences concrètes pour le syndicat? Laurent Mertz n’en voit pas d’un point de vue organique. «Nous allons demeurer actifs dans les entreprises où nous sommes représentés.» Mais il reconnaît que la mesure étant inédite, on ne peut présager la manière dont OGBL et LCGB vont tenter de tirer profit de la situation. En attendant de voir, «l’ALEBA entame dès aujourd’hui les démarches aux niveaux national et international pour que cette légitime représentativité lui soit reconnue et rétablie».

Pas question pour Laurent Mertz «que, sur base d’une loi discriminatoire, les seuls syndicats nationaux – qui ne réunissent que 26% des suffrages dans les entreprises – puissent se prévaloir de représenter tous les salariés du secteur financier ou d’exclure le premier syndicat de la place financière».

Renégociation compliquée des conventions banques et assurances

Et il y a bien sûr la question de la renégociation des conventions collectives des banques et des assurances à l’occasion desquelles ont éclaté au grand jour les divisions syndicales. Pour Laurent Mertz, cette affaire ne pourra exclure l’ALEBA de la table des négociations. Et la perte de la représentativité sectorielle n’empêchera pas le syndicat de signer seul un accord, selon lui. Ce que redoutaient OGBL et LCGB. Un accord qui risque d’être plus difficile à conclure. D’abord parce que OGBL et LCGB ont des approches plus agressives en donnant priorité aux revendications salariales linéaires politiquement plus vendeuses, mais détachées de la réalité du terrain. Et surtout, Yves Maas , l’actuel CEO de l’ABBL, n’a jamais soigné le contact interpersonnel avec les deux syndicats nationaux.

La controverse sur la représentativité

L’ALEBA détenait la représentativité sectorielle depuis 2005. Un statut qui lui permettait de signer seule des accords. Les élections sociales de 2019 avaient fait perdre la majorité en nombre de sièges à l’ALEBA. Sur les huit du collège services et intermédiation financiers au sein de la Chambre des salariés, elle en détenait encore quatre, contre trois pour l’OGBL et un pour le LCGB. Et, en termes de voix, elle était, avec 49,22% des suffrages, loin devant ses poursuivants, qui totalisaient 26% des suffrages. La représentativité sectorielle est liée à un arrêté ministériel de reconnaissance. Pour l’ALEBA, il datait de 2005 et n’avait jamais été contesté depuis. Après les élections sociales, le syndicat s’était rapproché de Dan Kersch, afin de voir si ce statut était maintenu. Oui, avait alors répondu le ministre .

De l’eau a coulé sous les ponts depuis. L’OGBL, suite à sa «non-victoire» de 2019, qui avait fait beaucoup de bruit en interne, a réorganisé ses services pour créer une branche «finance». Et, surtout, les négociations pour la renégociation de la convention collective des banques ont commencé en ordre dispersé pour les syndicats: OGBL et LCGB reprochant à l’ALEBA de faire cavalier seul, ce dont se défend l’accusée .

Qu’est-ce qui a motivé ce revirement de la part de Dan Kersch? Contacté, le ministre a déclaré qu’il n’a fait qu’appliquer la loi. «À partir du moment où quelqu’un faisait une réclamation sur la question de la représentativité de l’ALEBA, je devais appliquer la loi et me conformer à ses critères. Ce que j’ai fait, après avoir demandé un avis circonstancié de l’Inspection du travail et des mines (ITM)». «Je n’ai eu aucun choix», conclut-il.