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Perspectives

L’Afrique, futur eldorado du private equity



Aïssata Coulibaly, associate partner au sein du département Private Equity chez EY Luxembourg. (Photo: EY Luxembourg)

Aïssata Coulibaly, associate partner au sein du département Private Equity chez EY Luxembourg. (Photo: EY Luxembourg)

L’Afrique pourrait-elle devenir le futur hub en matière de private equity ou capital-investissement? Oui, si l’on en croit les perspectives d’avenir de ce continent et son évolution depuis quelques années.

Longtemps ignoré par les investisseurs, le continent africain semble, depuis quelques années, susciter un intérêt grandissant en matière de fonds d’investissement, notamment de private equity. C’est ce que révèle le rapport annuel d’activité 2019 de l’Association des sociétés africaines de capital-­investissement et de capital-risque (AVCA).

Au cours de l’année 2019, 3,8 milliards de dollars ont été levés par les fonds actifs sur le continent avec un total de 198 opérations. Ce volume est le plus élevé depuis 2014. Comptant un total de 350 millions de consommateurs issus de la classe moyenne et représentant une locomotive de croissance, l’Afrique devient donc un continent de plus en plus prisé par les investisseurs avertis.

Il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une Afrique, mais d’un continent regroupant 54 États connaissant des conjonctures très variées.
Aïssata Coulibaly

Aïssata Coulibaly,  associate partner,  EY Luxembourg

«Il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une Afrique, mais d’un continent regroupant 54 États connaissant des conjonctures très variées, explique Aïssata Coulibaly, associate partner au sein du département Private Equity chez EY Luxembourg et responsable du segment Afrique. Cet engouement pour le capital-investissement en Afrique s’explique par les rendements non négligeables générés par cette classe d’actifs au cours des 10 dernières années sur le continent, qui demeure une terre d’opportunités, d’innovation technologique et de dynamisme entrepreneurial. Malgré une croissance économique de 3,9% en moyenne sur 2019, selon la Banque africaine de développement, le continent africain reste le moins avancé vis-à-vis des objectifs de développement durable fixés par l’Onu, ce qui se traduit par des besoins en financement estimés par la Banque mondiale à 90 milliards de dollars par an au cours des 20 prochaines années. Aux fonds d’investissement de saisir désormais les opportunités offertes par le capital-investissement sur tout le continent!»

Des perspectives d’avenir prometteuses

15 à 20 milliards de dollars sont accordés annuellement en matière de crédit en Afrique, alors que la demande réelle avoisine les 145 milliards de dollars, estime le Fonds monétaire international. Un écart que l’industrie du capital-investissement permet, en partie, de combler.

«Les besoins en infrastructures en Afrique sont colossaux. Les pouvoirs publics des pays africains n’étant pas en mesure d’assurer le financement intégral de ces besoins, il existe donc une opportunité pérenne pour les investisseurs de se tourner vers un marché africain en forte croissance et peu exploité», explique Aïssata Coulibaly.

Entre 2018 et 2019, le rapport de l’AVCA révèle que les levées de fonds associées au capital-investissement en Afrique ont progressé de 1,1 milliard pour atteindre 3,8 milliards de dollars. «Ce volume reste modeste comparé aux autres marchés émergents, mais illustre tout de même l’engouement grandissant pour le capital-investissement africain.»

Selon la Banque mondiale, près d’un habitant sur quatre vivra en Afrique subsaharienne en 2050, alors que cette proportion était d’un sur treize en 1960. Pour l’associate partner de chez EY, «cette perspective démographique constitue une importante opportunité de croissance avec une potentielle population active très productive et dotée d’une grande capacité d’épargne. L’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine facilitera également de façon significative le commerce intra-africain, qui lui-même générera d’importants retours sur investissement.»

Les taux de rendement interne globaux calculés sur les fonds Afrique de plusieurs institutions financières de développement ont démontré des niveaux de rentabilité meilleurs que ceux réalisés par certains marchés plus mûrs.
Aïssata Coulibaly

Aïssata Coulibaly,  associate partner,  EY Luxembourg

Le continent africain peut aujourd’hui compter sur quelques locomotives, dont l’Éthiopie, le Rwanda, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie. «Dans la dernière édition du baromètre EY dédié à l’attractivité de l’Afrique, publié fin 2019, nous avons noté que les pays qui avaient attiré le plus d’investissements, au-delà du capital-­investissement, en 2018, étaient l’Égypte (12 milliards de dollars), l’Afrique du Sud et le Maroc (5 milliards de dollars chacun)», partage Aïssata Coulibaly. Du côté des investisseurs, la Chine occupe la première place avec un investissement total de 72,2 milliards de dollars répartis sur 259 projets à travers le continent.

Si le berceau de l’humanité est une source d’opportunités non négligeable, il n’en demeure pas moins que ses différents marchés séduisent davantage les investisseurs aguerris, conscients des risques inhérents aux spécificités du continent. Pour Aïssata Coulibaly, «même si l’image de la région s’est considérablement améliorée au cours des dernières années, des préoccupations demeurent en ce qui concerne notamment le risque politique et le risque de change, qui contribuent à une certaine volatilité des marchés africains. Il est capital pour les candidats investisseurs de diversifier de ce fait leurs porte­feuilles.»

Technologie, agriculture et infrastructures

L’optimisme qui prévaut au regard de l’évolution du capital-investissement sur le continent africain trouve tout son sens. Les opportunités sont en effet immenses, le potentiel réel et, qui plus est, durable.

«Les taux de rendement interne globaux calculés sur les fonds Afrique de plusieurs institutions financières de développement ont démontré des niveaux de rentabilité meilleurs que ceux réalisés par certains marchés plus mûrs», assure Aïssata Coulibaly, également membre de LuxAfrica. Cette association promeut l’attractivité de l’Afrique et la création de passerelles entre les professionnels de l’investissement luxembourgeois et africain.

«L’un des objectifs majeurs de l’association est de construire une base de connaissances pour les membres contenant des informations justes et utiles sur l’environnement des affaires africain. L’association aspire à fournir à ses membres un environnement de réseautage professionnel à valeur ajoutée au travers du partage de retours d’expériences concrètes sur le continent.»

La technologie est l’un des secteurs parmi lesquels le volume d’investissements a progressé au cours de ces dernières années. Bon nombre d’acteurs du capital-investissement africain se sont en effet spécialisés dans l’investissement technologique, contribuant notamment au développement de technologies pointues qui permettent de répondre à de nombreux besoins de base, comme les soins de santé ou encore l’éducation.

«Au-delà de la forte émergence du capital-­innovation, qui s’impose fortement dans les stratégies d’investissement sur le continent, on note également un intérêt croissant pour l’agritech et les énergies renouvelables. Il s’agit, pour les investisseurs, d’identifier des secteurs à fort potentiel de création de valeur et de performance.» Le tout, en y intégrant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

On pense souvent, à tort, que les critères ESG n’ont pas ou peu d’écho en Afrique.
Aïssata Coulibaly

Aïssata Coulibaly,  associate partner,  EY Luxembourg

«On pense souvent, à tort, que les critères ESG n’ont pas ou peu d’écho en Afrique. Cependant, les institutions financières de développement ont considéré, à la genèse du capital-investissement africain, cette classe d’actifs comme un levier multiplicateur de la portée de leurs financements, assure Aïssata Coulibaly. En temps de crise, comme celle que nous vivons actuellement, cette prise en compte des critères ESG favorise une gouvernance à même de déclencher et de soutenir la transformation du continent tout en permettant au capital-investissement africain d’être considérablement résilient.»

Le capital-investissement africain a généralement fait preuve de réactivité au début de la crise sanitaire et devra démontrer sa résilience au cours des prochains mois et années. «L’impact du Covid devra être analysé sous deux aspects. Premièrement, certains fonds avec des portefeuilles d’investissement faiblement performants devront mettre un terme à leur activité en raison de leur manque de financement et des levées de fonds qui n’auront pu aboutir, explique Aïssata Coulibaly. A contrario, les gestionnaires expérimentés, qui ont une bonne connaissance des spécificités du capital-investissement sur le continent, parviendront à tirer leur épingle du jeu en saisissant les opportunités d’investissement offertes par la crise.»

Selon le sondage Covid récemment publié par l’AVCA et réalisé auprès de gestionnaires de fonds opérant sur le continent africain, 49% des gestionnaires interrogés ont indiqué pouvoir déployer leur capital entre 6 et 12 mois après les délais initialement prévus. «Cela témoigne du dynamisme de l’industrie sur le continent dans le contexte actuel», conclut Aïssata Coulibaly.

Cet article a été rédigé pour le supplément « Fonds » de l’édition datée « octobre » qui est parue le 24 septembre 2020.

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