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Tribune libre

Accélérer l’utilisation de l’espace en Europe



Environnement, réponses aux crises, protection de l’espace: le nouveau directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, veut que les Européens s’engagent dans ces trois axes. (Photo: ESA)

Environnement, réponses aux crises, protection de l’espace: le nouveau directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, veut que les Européens s’engagent dans ces trois axes. (Photo: ESA)

À la veille de sa première venue au Luxembourg, ce mercredi matin au NewSpace Europe, organisé par l’Agence spatiale luxembourgeoise et le ministère de l’Économie, le nouveau directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher partage ses convictions dans une tribune libre.

Au cours de ses quatre milliards d’années d’existence, la Terre a vécu une multitude de moments historiques. Une évolution vertigineuse. Le premier humain à découvrir l’utilisation du feu, à inventer la roue. Le premier humain à marcher sur la Lune, la création d’internet. La Terre a assisté à la formation de la vie, la destruction des espèces, les avancées de la technologie et de la société, et finalement, la régression de sa propre santé.

Nous vivons en ce moment un autre moment historique. En ce moment, c’est-à-dire au moment où les forêts brûlent, les villes sont inondées, au moment où l’Europe et le monde dans son ensemble font face à des défis sans précédent. Le moment est venu de contribuer à relever ces défis en misant sur des ambitions audacieuses et communes autour de solutions rendues possibles par l’espace.

L’ambition. C’est un mot que j’utilise beaucoup. L’ambition est ce qui a conduit les humains à réaliser des choses capitales, des choses impossibles, des choses inimaginables. C’est elle qui a conduit les Européens à explorer et à traverser l’Atlantique pour découvrir de nouveaux territoires et plus tard à émettre les premiers signaux radio capables de traverser cette même étendue d’eau. Elle a amené les Européens à découvrir la pénicilline et ses propriétés antibiotiques et ainsi permis de sauver des millions de vies. De découvrir la théorie de la relativité générale. D’envoyer une première sonde dans l’espace pour réaliser une étude détaillée d’une comète, de déployer un atterrisseur à sa surface, puis de poser un pied sur la surface de cette même comète au cours d’un final spectaculaire.

L’ambition. La jeunesse de notre planète est pleine d’ambition (mêlée à de la déception, à une pointe d’espoir, ce qui, il faut bien l’admettre, est compréhensible), comme nous l’avons vu récemment dans les rues de Glasgow et ailleurs à l’occasion de la COP26.

L’ambition. Certains disent que l’ambition est la clé du succès, et la persistance est le véhicule qui vous y conduit. Nous devons passer de l’ambition à la persistance et à l’action pour les priorités détaillées dans l’ Agenda   2025 (la stratégie que j’ai développée pour tirer l’Europe de l’espace vers le haut lorsque je suis devenu directeur général de l’ESA) et donc vers des engagements tangibles, programmatiques et systématiques qui favorisent le dialogue, l’inspiration et le changement.

C’est exactement ce que fait le Manifeste de Matosinhos, la résolution adoptée unanimement le 19 novembre 2021 à l’occasion de la réunion ministérielle intermédiaire de l’ESA au Portugal. Il exprime clairement que l’union fait la force. La force d’une Europe unie, engagée à fournir des services à ses citoyens en accélérant l’espace pour améliorer et faire progresser la vie de ses habitants et de la planète dans son ensemble. Une Europe qui place l’utilisateur et le citoyen au centre de ses activités spatiales.

Le manifeste est un engagement à se concentrer sur trois initiatives, baptisées «accélérateurs», visant à augmenter la vitesse de l’utilisation de l’espace et résoudre les plus grands défis actuels. Il précise qu’il y a une urgence spécifique à commencer la mise en œuvre de la première en se concentrant sur l’espace pour un futur écologique afin de mieux comprendre l’état actuel de la Terre, de développer des scénarios et des solutions pour une vie durable sur cette planète et de contribuer efficacement à la neutralité climatique.

Ensuite, nous devons évoluer de la posture d’étude, d’observation et de compréhension de la planète vers des actions basées sur les connaissances profondes que nous acquérons. C’est là qu’entre le deuxième accélérateur en jeu, le besoin de développer un système de réponse de crise rapide et résilient , pour soutenir les parties prenantes et prendre des actions décisives afin de réagir face aux crises auxquelles est confrontée l’Europe. Et nous ne pouvons pas nous concentrer sur les deux premières sans garantir leur protection. C’est précisément l’objet du troisième accélérateur: la protection des ressources spatiales , pour contribuer à sauvegarder et à protéger nos ressources des débris spatiaux et des menaces représentées par la météo spatiale.

Au-delà de ces sujets, nous avons aussi besoin de réaliser notre propre «pas de géant» pour inspirer les jeunes européens à s’intéresser un peu plus aux thématiques liées aux STGM (sciences, technologie, génie et mathématiques). L’objectif est clair: parvenir à renforcer et à améliorer ces domaines pour les générations futures. À travers des missions inspirantes, nous contribuerons à stimuler l’innovation dans la nouvelle économie de l’espace qui commence à prendre forme.

Les inspirateurs : des missions destinées à catapulter la position de l’Europe en tant que leader mondial de la technologie spatiale, de l’innovation et de l’exploration scientifique de l’espace profond. Elles ont vocation à promouvoir la commercialisation, un paysage entrepreneurial moderne et orienté vers l’avenir, la coopération multilatérale, l’éducation, le développement du capital humain et les STGM. Nous parlons ici de missions vers des lunes glaciaires, pour révéler des secrets sur les origines de la vie ou l’exploration spatiale et emmener les astronautes européens au-delà de la station spatiale européenne.

L’adoption du Manifeste de Matosinhos aujourd’hui a créé la dynamique nécessaire pour aller au-delà de nos ambitions et passer très vite à l’action. Les prochaines étapes et décisions seront formulées et adoptées lors du sommet spatial européen et de la réunion du Conseil de l’ESA au niveau ministériel, qui se tiendront tous les deux en 2022.

Pour en savoir plus sur les accélérateurs et le manifeste de Matosinhos, consultez le site vision.esa.int .