POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

édito - mai 2019

À la table des grands chefs



Thierry Raizer, rédacteur en chef de Paperjam. (Photo: Maison Moderne / Archives)

Thierry Raizer, rédacteur en chef de Paperjam. (Photo: Maison Moderne / Archives)

Imaginer Michèle Detaille, Nicolas Buck et Luc Frieden autour d’une même table de réunion, chacun avec une casquette présidentielle, n’aurait pas encore été envisageable il y a quelques mois.

 Cette configuration patronale est pourtant devenue réalité depuis qu’un ancien ministre CSV des Finances, autrefois désigné comme potentiel, voire probable successeur de l’ancien Premier ministre Jean-Claude Juncker , vient de reprendre la présidence de la Chambre de commerce , occupée pendant 15 ans par Michel Wurth .

Une réalité aussi depuis que Michèle Detaille a été désignée pour prendre le relai ce 25 avril de Nicolas Buck à la présidence de la Fedil. Ce dernier a endossé à son tour une autre présidence , celle de l’organisation faîtière du patronat, l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL).

Dans le cas de M. Frieden comme dans celui de Mme Detaille, le changement de présidence s’est fait en cénacle, avec une approche consensuelle. Si le signal positif envoyé avec l’arrivée d’une femme non luxembourgeoise à la tête d’industriels – la Belge Michèle Detaille – a été immédiat, le «come-back» sur l’avant-scène de la vie publique de Luc Frieden a fait grincer des dents.

La surreprésentation d’un secteur financier (Luc Frieden est par ailleurs avocat chez Elvinger Hoss Prussen et président du conseil d’administration de la Bil) déjà bien servi par l’ABBL ou encore l’Alfi dans les instances patronales a en effet été brocardée par les défenseurs de l’idée d’un président de la Chambre de commerce issu de secteurs «traditionnels» et véritable capitaine d’entreprise.

Le débat semble clos. Rentrez dans les rangs. À charge désormais de chaque nouveau président de faire ses preuves, d’agir avec l’agenda propre à son organisation mais dans l’intérêt général du pays, présent et surtout à venir. À charge de chacun de mettre ses ambitions ou opinions personnelles de côté autant que possible. Car Luc Frieden et Nicolas Buck revendiquent tous deux une position «au-dessus de la mêlée». La patronne du Groupe Alipa a, quant à elle, combattu en d’autres temps les positions du parti de Luc Frieden.

Ces trois nouveaux «patrons des patrons» disposent pourtant d’une longue expérience et de compétences complémentaires. Tous les trois ont évidemment intérêt à agir selon un certain alignement des agendas si le front commun patronal veut se faire entendre auprès du gouvernement. Et jouer son rôle de contrepoids nécessaire vis-à-vis des syndicats.

Après un premier trimestre 2019 durant lequel les patrons ont eu des difficultés à avaler la pilule des deux jours de congé supplémentaires et autres mesures sociales en martelant leur besoin d’écoute de la part de l’équipe -Bettel-Schneider-Braz, le temps est désormais aux propositions. L’UEL sous Nicolas Buck a d’ores et déjà renforcé son équipe et a appelé les forces vives du pays à se projeter dès aujourd’hui vers un Luxembourg de 2040 qui compterait 960.000 salariés, dont 580.000 frontaliers.

Luxembourg, havre de paix… sociale. Pour que la quiétude persiste, l’économie devra continuer à tourner et le pays s’adapter à la donne internationale.

À quelques jours du 1er mai, gageons que les grands chefs patronaux et leurs homologues politiques se mettent d’accord sur les réponses, sinon la méthode à consacrer aux enjeux du pays avant que l’urgence ne les pousse à agir dans la douleur. Retraites, compétences, compétitivité et attractivité composent les plats d’un menu qui pourrait se révéler indigeste s’il n’est pas préparé avec le soin apporté par les chefs étoilés.