ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Selon Georges Rassel (CEO)

2021 a été une «excellente année pour Paul Wurth»



«Ça continue ici!» Malgré la prise de contrôle du groupe, l’an dernier, par la fondation familiale Weiss, bénéficiaire de SMS Group, la présence du groupe au Luxembourg est sacralisée, a expliqué le CEO Georges Rassel. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

«Ça continue ici!» Malgré la prise de contrôle du groupe, l’an dernier, par la fondation familiale Weiss, bénéficiaire de SMS Group, la présence du groupe au Luxembourg est sacralisée, a expliqué le CEO Georges Rassel. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Paul Wurth a bouclé sa première année sous le contrôle complet des Allemands de SMS Group avec un carnet de commandes et un bénéfice records en dix ans. 2022 était aussi prometteuse… jusqu’à ce que Vladimir Poutine décide d’envahir l’Ukraine.

Avec 641 millions d’euros de prises de nouvelles commandes, en hausse de plus de 60% par rapport à 2020, et un bénéfice après impôts à 23,7 millions d’euros (contre 4,9 millions d’euros en 2020), Paul Wurth a signé «une excellente année», a souligné mardi 10 mai son CEO, Georges Rassel , au siège du groupe passé à 100% dans le giron allemand de SMS Group en avril 2021 .

Un record en dix ans qui s’explique, selon lui, par «l’offre élargie de solutions numériques et de technologies de réduction des émissions. La décarbonisation est un élément-clé de notre stratégie de croissance et elle commence à porter ses fruits».

Mais en attendant de pouvoir passer à un acier vert à 100%, le groupe marche sur deux jambes. À un milliard d’euros la capacité de production d’une tonne d’acier, il faudrait investir jusqu’à 100 milliards d’euros pour y parvenir.

Les contrats en Russie gelés jusqu’à nouvel ordre

Seulement, les chiffres se regardent aussi à la lumière… des commandes russes. La plus grosse commande, signée par la russe Magnitogorsk Iron & Steel Works (MMK), est «gelée», a indiqué le CEO de Paul Wurth, depuis le 10 mars et «jusqu’à un terme non défini». Drapeau bleu et jaune de soutien à l’Ukraine en plein milieu de la présentation, l’industriel indique avoir gelé toutes ses opérations en Russie. «Aucun autre travail que de la maintenance critique en matière de sécurité n’est poursuivi», précise-t-il. Le groupe a tout fait pour exfiltrer les cinq membres de ses équipes qui étaient basés à Marioupol. «À cause des problèmes d’électricité, nous n’avons pas eu beaucoup de nouvelles, mais ils avaient réussi à quitter la ville assez tôt. Trois Ukrainiennes sont arrivées au Luxembourg. Nous avons appliqué toutes les sanctions et nous soutenons évidemment tous les Ukrainiens. En interne, nous avons organisé une cagnotte qui nous a permis de récolter 150.000 euros, et la direction a décidé de doubler la somme.»

Si la Russie représente 40% des nouvelles commandes signées en 2021, MMK devait aussi accueillir les technologies de Blue BF: un gaz de synthèse, un mélange d’hydrogène et de monoxyde de carbone, dont l’utilisation peut aider à réduire considérablement la quantité de combustibles carbonés solides nécessaires pour poursuivre la réaction dans le haut-fourneau, et même dans un haut-fourneau existant, ce qui permet d’aller beaucoup plus vite. Le gaz de synthèse est injecté dans la cuve du haut-fourneau, ce qui réduit les émissions de CO2 et augmente la productivité de la fabrication du fer.

Signe de l’intérêt de sa diversification en termes de produits et de clients, Paul Wurth a terminé un projet à Dillingen et un autre en Suède, qui va tourner à 100% sur de l’hydrogène. 2022 devrait rimer avec le lancement d’un carburant vert pour l’aviation, le norsk e-fuel norvégien , et sa probable arrivée au Luxembourg. De quoi montrer l’intérêt de ses technologies.

Une diversification stratégique

Les résultats des deux filiales à 100% en sont une autre illustration, avec, d’un côté, ceux de CTI Systems, dirigée par Bob Greiveldinger, et, de l’autre, ceux de Geprolux, emmenée par Anne-Marie Solvi .

La première, spécialisée dans l’outillage industriel pour charges lourdes, a vu son carnet de commandes passer de 45 à 62 millions d’euros et un ebitda positif avec des clients comme Alunorf ou les avionneurs Airbus ou le chinois Comac, ou encore, au Luxembourg, Ceratizit, Avery Dennison et B Medical Systems.

La seconde, qui fournit conseil et assistance à la gestion de gros projets, a œuvré pour le KAD du Parlement européen, pour le nouveau Centre national d’incendie et de secours à Gasperich et pour le nouveau stade national de football. En 2021, Mme Solvi et son équipe ont signé la gestion de la coordination du trajet du tram vers Hollerich, la gestion du BIM pour la nouvelle gare ferroviaire de Bettembourg ou encore le nouveau complexe scolaire de Reuler à Clervaux. 

«Ça continue ici!», a conclu le CEO de Paul Wurth, pour rappeler que la présence de SMS Group, filiale de la Fondation familiale Weiss, n’y change rien pour les 642 des 1.852 employés qui travaillent au Luxembourg. L’actionnaire unique a non seulement racheté les 40,8% de l’État l’an dernier, mais aussi remis 17 millions d’euros au capital, scellé le lancement d’une chaire Paul Wurth, confiée à Bradley Ladewig , et a favorisé la construction, en 2024, du nouveau siège du groupe, confiée à Metaform, à quelques centaines de mètres du siège actuel .