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Dépistage du Covid-19

20% de «faux négatifs», un chiffre à contextualiser



«Ce chiffre représente la situation au Luxembourg, où on teste quelque 20% de personnes relativement tôt pendant l’incubation, qui plus tard deviennent positives», explique Claude P. Muller, du LIH. «Ce n’est donc pas un nombre qui est en lui-même bon ou mauvais.» (Photo: Shutterstock)

«Ce chiffre représente la situation au Luxembourg, où on teste quelque 20% de personnes relativement tôt pendant l’incubation, qui plus tard deviennent positives», explique Claude P. Muller, du LIH. «Ce n’est donc pas un nombre qui est en lui-même bon ou mauvais.» (Photo: Shutterstock)

Selon Claude P. Muller du LIH, le chiffre de 20% de «faux négatifs» annoncé par Paulette Lenert ne remet pas en cause la qualité des tests. Il doit en outre être contextualisé, car il dépend pour l’essentiel du moment de réalisation du test, et donc de la stratégie de dépistage du gouvernement.

«20%, en tant que scientifique, je ne sais pas à quoi cela se réfère exactement», estime le professeur Claude P. Muller, chercheur au sein de l’unité consacrée aux maladies infectieuses du Luxembourg Institute of Health (LIH). Une réaction à la récente réponse parlementaire de la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), selon laquelle jusqu’à 20% des tests du Covid-19 pourraient être des «faux négatifs».

«C’est un postulat aléatoire», juge Claude P. Muller. Car tout est question de définition, selon lui. Un «faux négatif», d’un point de vue scientifique et technique, est un test qui ne détecte pas la présence de virus dans un échantillon alors que celui-ci est pourtant présent. Mais, d’un point de vue clinique, il s’agit d’un test qui ne détecte pas comme positive une personne qui est pourtant infectée.

Or, la nuance n’est pas sans conséquence. Lorsqu’une personne est infectée, la quantité de charge virale va augmenter lors des premiers jours de la période d’incubation. Et c’est au-delà d’un certain seuil que le virus devient détectable.

Des tests très sensibles

«Avec les tests très sensibles utilisés actuellement, ce seuil est très bas», assure Claude P. Muller. «Les ‘faux négatifs’, d’un point de vue technique, sont donc très rares. Car si une personne est dans la phase d’incubation au moment du test, il se peut qu’il n’y ait pas encore de virus dans l’échantillon. Le test est alors un ‘vrai négatif’ du point de vue technique. Même si, d’un point de vue clinique, certains diront qu’il s’agit d’un ‘faux négatif’, puisque la personne est déjà infectée.»

La ministre de la Santé se serait ainsi exprimée d’un point de vue clinique. Mais, selon cette définition, le pourcentage de «faux négatifs» peut alors fortement varier selon le moment où les personnes sont testées, et donc selon les spécificités de la stratégie de tests choisie par le gouvernement.

«Admettons que vous testiez un groupe de personnes chaque jour dès le premier jour de leur infection, et qu’en général les personnes infectées deviennent positives à partir du cinquième jour: alors ces personnes seront négatives quatre jours sur cinq, c’est-à-dire que, dans ce cas de figure, 80% seraient ainsi des ‘faux négatifs’ d’un point de vue clinique», illustre Claude P. Muller. «À l’inverse, si votre stratégie consiste à tester une seule fois, par exemple le 10e jour après l’infection, à un moment où plus ou moins tous les infectés sont positifs, vous ne trouverez qu’un pourcentage très faible – moins de 1% – de ‘faux négatifs’.»

Ni bon ni mauvais

Ce chiffre de 20% serait donc à remettre dans le contexte des spécificités de la stratégie de dépistage luxembourgeoise, qui cumule différentes approches en termes de «timing» des tests: le «large scale testing», où le moment du test est aléatoire; le traçage des contacts, où il est recommandé aux personnes de se faire tester cinq jours après avoir été en contact avec une personne testée positive; ou encore le dépistage classique, lorsqu’une personne se fait tester en cas de symptômes suspects.

«Ce chiffre représente la situation au Luxembourg, où on teste quelque 20% de personnes relativement tôt pendant l’incubation, qui plus tard deviennent positives», ajoute Claude P. Muller. «Ce n’est donc pas un nombre qui est en lui-même bon ou mauvais.»

Il permet en tout cas de faire passer ce message: être testé négatif n’est pas la garantie qu’il n’y a pas d’infection. Il s’agit seulement d’une photographie faite à un instant donné. La prudence reste donc de mise en toutes circonstances.