ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Un déconfinement perturbé

2.480 voitures à vendre à des prix (parfois) cassés



Privés de clients pendant les quatre mois au cours desquels ils vendent habituellement le plus de voitures, les concessionnaires font de gros rabais pour alléger leur parc. (Photo: Shutterstock)

Privés de clients pendant les quatre mois au cours desquels ils vendent habituellement le plus de voitures, les concessionnaires font de gros rabais pour alléger leur parc. (Photo: Shutterstock)

Les concessionnaires ont environ 2.480 voitures à vendre. Déjà payées, elles plombent leur trésorerie, ce qui explique pourquoi il y a de bonnes affaires à faire. 

10.000 euros de rabais sur 23.500 euros. Losch a baissé de près 50% le prix de sa Skoda Citigo , selon son site internet. Sur le sien, Renault propose 879 voitures neuves sur lesquelles le constructeur a baissé les prix et propose de ne commencer à payer que dans trois mois. Peugeot offre jusqu’à 8.300 euros de réductions jusqu’à la fin juillet .

Partout, les prix sont barrés, quand les avantages ne sont pas exprimés en milliers d’euros. 

«Pour les constructeurs, il s’agit de récupérer de la trésorerie», explique le porte-parole de la Febiac, Guido Savi. À moins de commander un modèle sur mesure, avec sa couleur favorite, sa motorisation préférée ou ses options particulières. Quand un  client achète une voiture, il pioche dans le stock acheté par le concessionnaire, soit directement, soit par l’intermédiaire de son importateur.

Le confinement a vu le nombre d’immatriculations reculer de 32,6% de janvier à juin (20.793 voitures). Or, mars, avril, mai et juin sont généralement les quatre mois où l’on vend le plus de voitures au Luxembourg.

50% à des professionnels

Et quand les concessionnaires pensaient pouvoir redémarrer leur activité «normalement», le ministre de l’Énergie, Claude Turmes (Déi Greng), a un temps mis tout le monde à l’arrêt avec ses déclarations sur une obligation de passer, à court terme, à la voiture électrique pour les flottes d’entreprise , mais M. Savi rappelle aussi que le dialogue est constant avec les autorités.

«Au Luxembourg, chaque année, 50% des nouvelles immatriculations sont effectuées via un numéro de TVA», explique M. Savi. Autrement dit, elles sont soit achetées par des indépendants, par des entreprises ou par des leaseurs (25% pour ces derniers). «Quand le ministre fait ces déclarations, tout le monde du leasing s’arrête, dans sa stratégie de renouvellement de son parc, pour voir ce qui va se passer.»

Même avec un meilleur prix qu’habituellement, il n’est pas dit que ces 2.480 fins de série – une estimation de la Febiac – trouvent preneur. En septembre, l’Europe passera à une nouvelle norme antipollution, et les concessionnaires auront alors la possibilité d’enregistrer à la Société nationale de circulation automobile (SNCA) 10% du même modèle, directement ou, généralement, via leurs importateurs. «Généralement, cela suffit», explique encore le porte-parole, «pour que ces voitures puissent être vendues plus longtemps et donc immatriculées». Ce sont les «fins de série».

Ou les concessionnaires peuvent les immatriculer pour les vendre plus tard. Tant qu’elles n’ont pas effectué 6.000 kilomètres ou qu’ils ne les ont pas immatriculées depuis plus de six mois, ils pourront revendre ces voitures comme des voitures neuves.

La nouvelle norme peut-elle avoir un impact sur le consommateur? Non, pas vraiment, dit encore notre interlocuteur. «L’an prochain, nous aurons 200 modèles différents de voitures électriques, hybrides ou en plug-in. Mais les ventes atteignent à peine 3,4% pour les 100% électriques. Le ministre le sait parce que nous travaillons à la transition, cela ne se fera pas du jour au lendemain.»

Pour lui, il y a même un double effet de bord de ses déclarations. «Certains modèles sont moins polluants avec les nouvelles technologies. Bloquer le renouvellement de parcs de leasers laisse sur les routes des modèles plus polluants. Et quand le gouvernement allemand a décidé de sponsoriser la voiture électrique, les gens n’ont pas remplacé leur voiture par une voiture électrique. Ils ont acheté une deuxième voiture.»

Ce qui a moins de chance de se passer au Luxembourg, qui détient le record mondial de voitures par ménage. Pour M. Savi, d’ici deux à trois ans, le prix des modèles électriques sera descendu au niveau de celui des moteurs thermiques actuels. Ce qui dopera leur adoption.