PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Secret stories: les histoires méconnues de la Place (5/10)

1929: année charnière



L’emblématique porte de la Bourse de Luxembourg, alors installée en centre-ville, avenue de la Porte-neuve. (Photo: Bourse de Luxembourg)

L’emblématique porte de la Bourse de Luxembourg, alors installée en centre-ville, avenue de la Porte-neuve. (Photo: Bourse de Luxembourg)

Cet été, Paperjam vous replonge dans les coulisses de sujets qui ont fait l’actualité de la Place en leur temps. Aujourd’hui, retour sur l’année 1929 où apparaissent deux institutions emblématiques de la Place, la H29 et la Bourse de Luxembourg. Et un état d’esprit.

La Place ne s’est pas faite en un jour. Et si, dans l’imaginaire collectif – surtout hors des frontières –, son évocation renvoie aux années 80, les années de son internationalisation, de l’essor de la banque privée et de l’argent facile, il faut se rappeler que la finance au Luxembourg n’était pas une activité qui allait de soi. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on ne comptait que 10 banques au Luxembourg.

Au-delà des traditionnels atouts de la Place maintes fois évoqués, à savoir le secret bancaire, une fiscalité attractive – ces deux arguments ayant vu leur pertinence décliner… –, la stabilité politique et juridique du pays ainsi que la présence d’une main-d’œuvre qualifiée et polyglotte, le développement spectaculaire des activités financières est à mettre au crédit de la capacité d’innovation et d’adaptation qui, depuis ses origines, fait la force de la Place. La vraie force de la Place, c’est peut-être surtout l’état d’esprit d’un législateur sans préjugés, bien décidé à saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent et à user pleinement de ses prérogatives pour leur forger le cadre le plus accueillant qui soit.

Pragmatisme pour les uns, laxisme pour les autres, le débat n’est pas clos. Il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre d’attaques subies par la Place ces dernières années. Pas toutes pleinement fondées, comme par exemple l’affaire des «Lux Letters» qui a fait long feu quasiment dans la journée. Nonobstant, la Place a non seulement apporté une grande richesse au pays, mais aussi une influence et une visibilité internationales sans commune mesure avec ses dimensions. Répondant en cela à l’un des objectifs des politiques de l’époque de ne pas se laisser écraser par leurs grands voisins.

Pragmatisme juridique

1929 est un bon exemple de ce pragmatisme juridique. Cette année voit la naissance de deux institutions qui contribueront à l’émergence de la Place: la Bourse et la Holding 29. Deux institutions bénéficiant d’une fiscalité inexistante. L’émergence des paradis fiscaux est un héritage de la Première Guerre mondiale. L’économie souffre, le système monétaire international est détruit, les grands pays alourdissent leur fiscalité pour financer leur reconstruction tandis que les petits États pâtissent du tarissement des échanges internationaux. Le terreau était là, et le Luxembourg suit un mouvement initié par deux États précurseurs, la Suisse et le Liechtenstein.

L’ouverture de la Bourse de Luxembourg doit, selon ses créateurs, promouvoir les titres luxembourgeois, mais surtout, attirer la cotation de titres étrangers. C’est pour cela que les opérations boursières sont défiscalisées. La vocation de la Holding 29 est de regrouper des participations financières détenues dans diverses sociétés et de leur assurer une unité de direction. Et pour être sûr que le regroupement se fera au pays, les «H29» ne sont assujetties qu’à un droit d’enregistrement, un droit de timbre et à un droit d’abonnement.

Ces avantages fiscaux n’existent plus aujourd’hui. La Bourse est devenue une place de marché reconnue pour les obligations et les fonds d’investissement, et fait figure de référence dans le monde de la finance durable. Quant à la «H29», elle meurt de sa belle mort le 31 décembre 2010 au nom de la transparence fiscale et ne sera jamais vraiment remplacée. La société de gestion de patrimoine familial (SPF), créée en 2007 pour lui succéder, n’aura jamais bénéficié des faveurs de son public cible.

L’imagination ne suffit pas. Il faut également de la patience. Malgré ces instruments, la Seconde Guerre mondiale n’ayant pas arrangé les choses, il faudra attendre les années 50 pour voir la place financière prendre son essor.