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investissements pour l’avenir

+15,34% pour le Fonds souverain intergénérationnel en 2019



Le ministère des Finances assume l’impossibilité d’exclure toutes les sociétés figurant sur la liste noire des investissements du FSIL. (Photo: Sebastien Goossens/archives Maison Moderne)

Le ministère des Finances assume l’impossibilité d’exclure toutes les sociétés figurant sur la liste noire des investissements du FSIL. (Photo: Sebastien Goossens/archives Maison Moderne)

Le fonds créé en 2015 affichait un actif total de 326,7 millions d’euros fin 2019. Une performance qui ne lui épargne pas les interpellations sur sa stratégie d’investissement.

Mis sur les rails par la coalition DP-LSAP-Déi Gréng dans l’optique de ménager un matelas financier pour l’avenir du pays, le Fonds souverain intergénérationnel du Luxembourg (FSIL) vise la réussite de son cousin norvégien – plus de 1.000 milliards de dollars d’actifs avant la crise sanitaire.

Abondé chaque année par l’État à hauteur de 50 millions d’euros (52,58 millions en 2019 afin de tenir compte des variations de l’inflation), le FSIL est censé prospérer au gré d’une stratégie d’investissement prudente, mais performante. Ce fut le cas jusqu’à maintenant. Selon son rapport annuel 2019, publié récemment, la conjoncture économique mondiale s’est détériorée sous l’effet combiné de la menace de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, des conflits géopolitiques au Moyen-Orient, de l’instabilité de plusieurs pays d’Amérique latine et de l’approche du Brexit.

Le FSIL a toutefois réussi à tirer son épingle du jeu grâce à des marchés boursiers empreints d’une «certaine euphorie suite à une année 2018 moins porteuse». Les indices MSCI World et MSCI Europe ont ainsi respectivement progressé de 30,21% et de 26,05% l’an dernier.

Le FSIL est tenu de s’approcher d’une allocation stratégique décomposée en 3% de liquidités, 57% d’obligations (29% libellées en euros et 28% en dollars) et 40% d’actions (25% en actions des pays développés et 15% en actions européennes). L’allocation actuelle s’appuie davantage sur les actions qu’elle ne le devrait.

Au 31 décembre 2019, le FSIL présentait un actif total de 326,7 millions d’euros, contre 311,4 millions au 30 juin 2019 et 234,9 millions fin 2018. Il en ressort une performance de 15,34% en «time-weighted return» et de 14,55% en «money-weighted return» sur un an, et de respectivement 16,95% et 18,94% si l’on se réfère au chemin parcouru depuis le premier investissement.

327 millions d’euros investis dans des sociétés actives dans la défense

Une progression encourageante et s’appuyant sur l’investissement responsable, puisque 14% des actifs sont placés sur des ETF qui répliquent les indices boursiers MSCI Socially Responsible Investing, souligne le rapport annuel du FSIL.

Mais comme son cousin, le Fonds de compensation commun au régime général de pension (FDC), le FSIL voit sa stratégie d’investissement questionnée. Ses premiers pas avaient donné lieu à des débats en commission parlementaire en 2017 , la question centrale étant de savoir comment éviter d’investir dans des sociétés ne correspondant pas aux critères éthiques et environnementaux que défend le Grand-Duché.

Une critique que réitère un article du Luxembourg Times qui cite 17 sociétés actives dans le domaine militaire parmi les investissements du FSIL en 2019, pour un montant de 326 millions d’euros. Des entreprises qui figurent pourtant sur la liste d’exclusion s’imposant au FDC comme au FSIL. Lockheed Martin et Raytheon par exemple comptent parmi leurs clients l’Arabie Saoudite impliquée dans un conflit armé meurtrier au Yémen.

Les ETF répliquent la performance de l’indice de marché le plus répandu pour chaque classe d’actifs. (…) Le FSIL ne peut pas s’appuyer à ce stade sur des listes excluant des sociétés individuelles ou des secteurs.

ministère des Finances

Il est toutefois erroné de pointer du doigt les investissements du FSIL au même titre que ceux du FDC. «Le FDC combine une gestion d’actifs active et passive tandis que le FSIL suit une stratégie de gestion purement passive», explique le ministère des Finances à Paperjam. «Le FSIL investit presque exclusivement dans des ETF et, à la différence du FDC, ne tient pas de positions directes dans des titres individuels (obligations et actions). De plus, le FSIL détient un montant limité de liquidité en permanence.»

Mise à jour du mercredi 3 juin à 18h30:

Le ministère des Finances fournit davantage de détails sur la gestion du FSIL.

«En ce qui concerne le FSIL, un fond relativement petit, qui a seulement commencé à investir en 2016 avec des montants limités en comparaison avec des fonds plus grands comme le FDC, il était approprié de remplir ses objectifs de la manière la plus efficiente, c’est-à-dire en investissant dans des ETF plutôt qu’à travers un portefeuille de titres individuels. La gestion passive a l’avantage d’assurer une diversification significative afin de réduire les risques, de garantir un haut degré de liquidité et de minimiser les coûts.»

Des réflexions en cours pour passer à une gestion active

Les ETF «répliquent la performance de l’indice de marché le plus répandu pour chaque classe d’actifs», poursuit le ministère des Finances, ce qui induit que «le FSIL ne peut pas s’appuyer à ce stade sur des listes excluant des sociétés individuelles ou des secteurs. En effet, en matière d’ETF, ce n’est pas faisable dans la pratique pour un investisseur d’exclure des sociétés sélectionnées, contrairement à un portefeuille de titres individuels tenu par l’investisseur en tant que tel comme dans le cas du FDC.»

Et le FSIL a d’autant moins la main sur ses investissements que «les ETF eux-mêmes ne placent pas des investissements dans les titres des sociétés incluses dans le panier de l’indice», ajoute le ministère des Finances. «La stratégie précise de réplication de la performance de l’indice tient au promoteur du fonds qui peut choisir de prendre des positions dans certains titres qui reflètent largement la performance générale de l’indice (ETF physiques), (…) voire dans des instruments dérivés (ETF synthétiques).»

Le ministre des Finances lui-même avait indiqué en 2017 aux députés de la commission des finances et du budget que ses services réfléchissaient à «une politique d’investissement plus proactive», incluant des critères déontologiques et éthiques. Le FSIL n’a manifestement pas encore atteint la taille critique pour basculer dans une gestion plus active et donc plus coûteuse.